‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 111 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

« vée, et je suis persuadé qu'elles s'empresseront de concourir à tout « ce qui pourra vous en rendre le séjour agréable.

« Je profite de cette occasion pour offrir à Votre Eminence l'assurance de ma très-haute considération.

« Le duc DE RoviGO i.

« A S. E. le cardinal Pacca. »

La lettre que le ministre des cultes écrivit à tous les cardinaux était faite pour prévenir le cas où quelqu'un de nous aurait refusé dé partir de Fontainebleau, d'où le gouvernement voulait nous éloigner, à cause de l'approche des armées alliées qui nous auraient rendu la liberté. Quoiqu'elle fût devenue inutile après notre départ, M. Lepiné voulut néanmoins me la remettre ; elle était ainsi conçue :

* Lorsque, après l'abdication de Napoléon, le sous-préfet d'Uzès reçut du gouvernement provisoire l'ordre de me mettre en liberté, il me communiqua la lettlrf du duc de Rovigo, qui lui avait été remise par M. Lepine. Je la lus avec la plus grande attention, et je l'écrivis ensuite en particulier : elle était à peu près ainsi conçue :

« Celui qui vous remettra cette lettre est M. Lepine, oflBcier de la gendarmerie « impériale, qui conduit le cardinal PaccaàUzès, où il doit séjourner. Vous de- « vez le tenir sous la plus étroite surveillance , et découvrir, au moyen des gefts de « service et de la maison qu'il habite , quelle est sa conduite, quels sont ses dis- « cours , les personnes qu'il voit , auxquelles il écrit et dont il reçoit des lettres , « pour m'informer de tout. Transmettez ces ordres au commissaire de police, afin « qu'il s'y conforme, et dites-lui que, s'il ne remplit pas son devoir, vous pourrez « le faire destituer sur-le-champ. Ne laissez pas le cardinal officier en public; sur- « veillez sa conduite avec vos prêtres , parce qu'elle peut être très-dangereuse «< dans les circonstances actuelles. Tâchez de l'effrayer, et dites-lui ouvertement « que le moindre motif de plainte contre sa conduite peut lui faire perdre entière* « ment sa liberté. »

Voilà la manière aimable dont le duc de Rovigo m'avait recommandé aux autorités d'Uzès. Il était persuadé, disait-il, qu'elles n'oublieraient rien pour me rendre le séjour de cette ville agréable; nous voyons ici la preuve de la sincérité de M. le duc de Rovigo.

368 mk.moires sur lr pomificat de pïr v!ï.

Ministère des Cultes.

^"- — ^« -■'. ""^^i ^ Paris, le 21 janvier 1814.

Cabinet particulier DU Ministre.

« Monsieur le cardinal ,

« J'ai l'honneur de vous prévenir que Son Excellence le ministre « de la police générale est chargé de vous notifier des ordres dont « l'exécution ne peut être différée. Je ne pourrai recevoir aucune « réclamation, et dès lors il serait inutile de demander un délai pour « réclamer auprès de moi. Vous donnerez par votre soumission une « nouvelle preuve de votre respect pour les ordres de votre sou- « verain.

« Agréez, Monsieur le cardinal, l'assurance de ma haute considé- « ration.

« Le ministre des cultes, « Comte Bigot de Préameneu.

« A S. E. le cardinal Pacca. »

L'assurance que j'étais conduit à Uzès, ancienne ville épiscopale, m'avait tranquillisé; car j'avais lieu de craindre, depuis la révocation du concordat, que Napoléon ne voulût m'en fermer de nouveau dans quelque forteresse. Je courus la poste pendant quinze jours. Le gouvernement, en transférant le pape à Savone et les cardinaux dans les villes du Bas-Languedoc pour les éloigner des pays qui allaient être envahis par les armées alliées, nous fit faire à tous un long détour par l'Orléanais, le Limousin et le Quercy.

OUATRIÈME PARTIE (1813 — 1814). S69

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