‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 118 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

leur ministère pastoral. Ils vivaient presque toujours à Paris ou à Versailles, fréquentaient la cour, les antichambres des ministres, et se montraient si sourds à la voix de ceux qui leur parlaient de résidence que l'on répétait souvent en France ce vers de Boileau , déjà cité :

C'est aux prélats de cour prêcher la résidence,

pour dire prêcher dans le désert.

Mais ce grave désordre cessa après le concordat de 1801. Napoléon, alorspremier consul, voulut que les évêques, conformément aux saints canons , résidassent dans leurs diocèses. En traversant la France, dans mes deux voyages, je trouvai des évêques qui remplissaient les fonctions de leur ministère de la manière la plus louable. Ils n'avaient plus , il est vrai , aucune influence dans les affaires temporelles de l'État, et, loin d'être riches, ils étaient véritablement pauvres, avec le chétif traitement qu'ils recevaient de l'État. Mais cet abaissement , comparé avec leur ancienne puissance , faisait taire l'envie et la haine dont la magistrature était animée contre eux , et ce résultat seul était immense. Si des prêtres respectables ne me l'eussent assuré , si je ne l'avais lu dans des auteurs dignes de foi , jamais je n'aurais cru possible la manière indigne dont les tribunaux ecclésiastiques et les cours épiscopales étaient traités par les parlements. Jamais, dans les 'pays hétérodoxes, ni même chez les Turcs, l'autorité épiscopale n'a été avilie, foulée aux pieds, comme elle l'était par les parlements. Les magistrats de ces cours judiciaires s'immisçaient dans toutes les affaires spirituelles , et, à la moindre opposition de la part des pasteurs , ils chassaient les évêques de leurs sièges, les condamnaient à l'exil, et séquestraient leurs biens. Ils poussaient leur sacrilège audace jusqu'à faire brûler les ordonnances des évêques par la main du bourreau. Ils ordonnaient l'administration des sacrements à ceux-là même à qui les pasteurs légitimes les avaient justement refusés. Plus d'une fois ils employèrent la violence pour faire enlever du tabernacle l'hostie sans tache, et la faire porter, au milieu des gendarmes et des baïonnettes , à des excommuniés. C'est ainsi qu'ils entendaient la liberté de l'Église gallicane , qu'ils faisaient sonner si haut dans leurs arrêts, comme pour ajouter à l'op- T. I. , 2ô

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pression la plus affreuse le sarcasme et l'outrage les plus sanglants. L'abbé Fleury, cet ardent défenseur des prétendues libertés gallicanes, a cependant écrit de sa main cet aveu remarquable : « Si quelque étranger, zélé pour les droits de l'Eglise , et peu disposé à flatter les puissances temporelles, voulait faire un traité des servitudes de l'Eglise gallicane , il ne manquerait pas de matière *. » Après tout cela , il est curieux d'entendre les évoques français vanter dans leurs écrits les libertés de l'Eglise gallicane 2 !

Je termine cette digression par une réflexion digne de remarque. La divine Providence a permis de nos jours , par un concours de circonstances extraordinaires, que le pape Pie VII ait exercé en France des actes d'une juridiction et d'une autorité si étendues que jamais ses prédécesseurs n'en avaient entrepris de semblables, ni en Espagne, ni en Portugal , ni même dans les Etats romains ; et ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que l'Eglise gallicane avoue aujourd'hui ellemême qu'elle doit à ces actes de la suprématie pontificale son union avec le centre de l'unité catholique; ce que les prêtres puristes (ou de la petite Eglise) refusent obstinément de reconnaître. J'ai déjà parlé de ces schismatiques ; je rapporterai une anecdote qui pourra donner une idée de leur fanatisme. Un prêtre puriste, que l'on transférait de Pierre-Ghàtel dans une autre forteresse plus éloignée des frontières , passa par Uzès quelque temps avant mon arrivée. Quel-

* Nouveaux opuscules de M. l'abbé Fleury <, à Pïiris, chez la veuvô Nyoû, 1807, page 71.

2 Ceci me rappelle l'anecdote suivante %

Au mois de septembre 1793, je me promenais à Louvain, avec le comte Fernand Nuguez, ex-ambassadeur d'Espagne à Paris, et avec M. l'abbé de Vichy, aujourd'hui évêque d'Autun. Nous rencontrâmes quelques centaines de soldats français, qui avaient été faits prisonniers par le général Beaulieu , et que l'on conduisait en Hongrie. Ils étaient couverts de haillons, sans chaussure, épuisés par la marche et par la faim, et traités avec brutalité par les soldats allemands qui les escortaient. Le comte Nuguez, après leur avoir fait quelques questions, leur dit, non pas sur le ton du reproche, mais plutôt sur celui de l'intérêt et de la compassion : « Voyez en quel état vous êtes réduits ! Eh , qu'avez-vous gagné à votre révo- « lution?» Un de ces soldats leva la tôte^ enfonça son chapeau de la main droite, et répondit avec fierté : «Monsieur, nous sommes libres ! » Libres ! dis-je alors en moi-même : voilà une image fidèle de la liberté de l'Eglise gallicane sous le joug des parlements jansénistei»....

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