‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 119 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE (l8l3— 18{4). H · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE (l8l3— 18{4). H

ques personnes pieuses s'empressèrent de lui faire visite , et il les avertit que l'évêque d'Avignon , dans le diocèse duquel Uzès se trouvait alors , ayant été nommé par Napoléon et confirmé par le pape en vertu du concordat de 1801, n'était pas leur légitime pasteur, mais un intrus et un schismatique ; que le curé nommé par cet évêque , et tous les ecclésiastiques qui communiquaient avec lui , étaient également des schismatiques et des intrus ; qu'on ne pouvait communiquer avec eux in divinis; que mieux valait s'abstenir de fréquenter l'église et de recevoir les sacrements. Ces bonnes personnes , qui croyaient parler à un prêtre persécuté pour la cause de Dieu et de l'Église , reçurent ces paroles avec le respect et la vénération qu'inspire un confesseur de la foi , et suivirent imprudemment ces étranges conseils. Quelque temps après mon arrivée , M"" Mélanie d'Amoreux , affligée de la résolution qu'elles avaient prise, les engagea à venir me trouver, et je fus assez heureux pour les détromper; le même jour elles reparurent à l'église. Je reçus quelques jours après, d'une demoiselle de Toulouse , une lettre par laquelle elle m'annonçait que plusieurs personnes de cette ville refusaient de se soumettre au concordat de 1801, et entre autres un ecclésiastique , d'ailleurs recommandable par sa science et par sa piété. Elle me demandait des lumières pour les détromper, en me disant que je pouvais lui écrire en italien. Je lui adressai la lettre suivante :

« Mademoiselle ,

« Votre lettre du 3 mars a été tout à la fois pour moi un sujet d'af-* « diction et de consolation. Je vois avec la plus grande joie votre « zèle pour la paix de l'Église, auquel vous joignez une érudition peu « commune, et une force de raison qui est bien rare ; je vous en féli- « cite, Mademoiselle , et j'en rends grâce au Ïrès-Haut. Mais ce qui (( m'afflige profondément , c'est d'apprendre qu'un prêtre respecta- «bleet zélé, qui pourrait travailler utilement à la vigne du Seigneur, (i oia l'on voit aujourd'hui si peu d'ouvriers, vit séparé de soo légitime « pasteur, de la majorité, pour ne pas dire de la totalité du clergé de '« France et des autres pays ; qu'au lieu de chercher tous les moyens « d'éteindre le funeste schisme qui déchire le sein de l'Église gallicane, (( il aime mieux suivre son opinion particulière que d'obéir à la voix

(( du souverain pontife qui nous gouverne. Humilions-nous devant (( Dieu, Mademoiselle ; apprenons par cet exemple à nous défier de « nos propres lumières et à nous tenir étroitement unis à la chaire de (i Pierre. Que ces belles paroles du grand docteur saint Jérôme au « pape saint Damase soient notre règle : Je me tiens uni à Votre Sain- « tetè, c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je ne connais point Vital , je « rejette Melèce^ j'ignore quel est Paulin. Celui qui ne recueille pas « avec vous dissipe^ et celui qui n'est pas avec vous n'est pas avec le « Christ. Quelles que puissent être les conséquences du concordat de {( 1801, il est certain que le souverain pontife avait le droit de lecon- (( dure ; que les pasteurs institués par le Saint-Père sont légitimes, et « qu'on ne peut plus recourir aux anciens évêques , puisqu'on leur a « ôtéleur juridiction. Quelque misérable pécheur que je sois, je n'ou- « blierai jamais de recommander au Seigneur, dans le saint sacrifice, « la cause que vous défendez avec tant d'énergie, et j'espère avoir un (( jour la consolation d'apprendre que vos paroles , fortifiées par vos « prières , aurant produit l'heureux eftet que nous devons tous dé- « sirer.

(( Je suis avec respect et la plus haute estime, etc. ...»

Quelque temps après, je reçus de la même personne une lettre écrite en italien, d'une pureté de style que l'on admirerait en Italie même. Elle m'annonçait qu'elle avait communiqué ma réponse à différentes personnes et à des ecclésiastiques même , et que ces personnes l'avaient acceptée comme une véritable décision à laquelle elles devaient soumettre leur opinion particulière.

Pendant que je passais ainsi des jours tranquilles à Uzès , les alliés envahissaient les frontières de la France du côté de l'Allemagne , de la Suisse et de l'Espagne ; car lord Wellington , après avoir forcé les Français à évacuer la Péninsule, était entré sur le territoire de France. Napoléon tenta un dernier effort pour réveiller l'énergie nationale et repousser l'invasion étrangère ; mais alors la lassitude était générale, et la nation française, toujours invincible quand un même sentiment la réunit, refusa de s'engager dans cette nouvelle lutte. Les uns l'envisagèrent avec indifférence , d'autres la saluèrent même comme l'aurore d'un beau jour , qui leur présageait la chute de Napoléon. Les nouvelles pénétraient difficilement à Uzès, les préfets ayant soin d'en

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