‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 123 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

pontife, légitime successeur de leurs anciens souverains , rentrerait aussi dans tous ses droits. Plusieurs Avignonais, convaincus que cet acte de justice serait rendu au Saint-Père, vinrent me trouver à Uzès, pour n'être pas oubliés dans la distribution des places et des emplois. Comme j'ignorais alors les intentions des puissances alliées et que je me souvenais de cette maxime que j'avais souvent entendue avec peine de la bouche des émigrés français : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, je leur répondis d'une manière vague, et je crus qu'il était de la prudence de ne pas me montrer à Avignon. Je n'avais pas oublié d'ailleurs que, lors de la translation du pape à Sgivone, les Avignonais avaient fait éclater, à son passage, leur joie d'une manière si énergique et si bruyante que les gardes mêmes de l'illustre prisonnier en furent épouvantés. La multitude l'accompagna hors de la ville, au milieu des applaudissements et des cris mille fois répétés : Vive notre souverain! Le joug' de Napoléon venait d'être brisé ; les populations étaient dans un état d'insurrection , et pour ainsi dire d'indépendance ; les Avignonais , livrés à l'effervescence naturelle à ces contrées, auraient donc pu , s'ils avaient appris la présence d'un cardinal, dernier ministre du Saint-Père, me compromettre moi et le Saint-Siège vis-à-vis des alliés et du roi de France. Je renonçai donc, quelque pénible que fût ce sacrifice , à visiter cet antique siège des papes, le tombeau de Laure et tous les lieux que les douces poésies de Pétrarque ont rendus si célèbres.

Je dus aussi, d'après le conseil d'un de mes collègues, pour m'empresser d'aller offrir mes services au Saint-Père à son entrée à Rome, me refuser la satisfaction de passer par Valence , d'y visiter comme un sanctuaire la chambre où Pie VI était mort et l'église où furent déposées les illustres dépouilles de ce saint pontife , mon insigne bienfaiteur. J'emportai du moins la douce consolation qu'en France on conservait pour sa mémoire une grande vénération, et qu'on lui rendait la justice que l'Italie ne lui rend pas encore !...

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