‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 125 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE (1813- I8l · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE (1813- I8l

Je laisse à penser quelle devait être mon émotion! Des larmes d'attendrissement coulaient sur mes joues, et je ne pouvais témoigner que par des signes ma sensibilité et ma reconnaissance. Les juges du tribunal et les quarante jeunes gens à cheval m'accompagnèrent jusqu'aux confins du territoire d'Uzès. Là, l'un d'eux, au nom de tous , m'adressa la parole pour me complimenter, et pour m'exprimer combien ils désiraient que mon voyage fût heureux. Mes regards furent plus éloquents que mes paroles , et je m'acheminai vers Nîmes, absorbé dans une douce mélancolie.

A mon entrée dans Nîmes, les habitants me saluaient respectueusement et criaient Vive le cardinal! Je descendis à l'hôtel deLuxem" bourg ^ où j'avais logé à mon premier passage. Je dînai chez M. le conseiller d'Amoreux avec une société choisie d'ecclésiastiques et d'hommes remarquables du pays. J'eus le plaisir de faire la connaissance de M. Trainquelaique, homme de mérite ec dévoué à la dynastie des Bourbons. J'allai ensuite, accompagné de M. Trainquelaique et de deux prêtres , visiter les monuments antiques et modernes de cette ville. Deux surtout sont remarquables : V Amphithéâtre et la Maison-Carrée. Le savant marquis Maffei parle de ces deux monuments dans l'ouvrage déjà cité : Gallia antiquitates quœdam selectœ atque in plures epistolas distributœ (Paris, 1733). V Amphithéâtre de Nîmes n'a dans sa hauteur que deux arcades , et l'extérieur est bien conservé. A mon passage, on pouvait en observer facilement l'intérieur, parce que Napoléon , qui le faisait restaurer, avait fait démolir plusieurs masures qui le masquaient. Voici comment s'exprime le marquis Maffei au sujet de la Maison-Carrée :

« On voit à Nîmes un temple antique, et j'avoue qu'un voyage exprès serait bien employé pour voir cette merveille , faite pour inspirer le goût de l'art aux esprits les plus rebelles. Il est impossible de voir un édifice mieux proportionné, et plus orné dans ses détails. Ce temple est d'ordre corinthien , tout isolé, de la figure d'un carré long. On ne sait comment ce temple était disposé à l'intérieur, parce que l'on en a fait une église , ce qui a nécessité des changements considérables *. »

En parlant de l'inscription qu'on y lisait autrefois, il dit ;

* Lorsque je la vis elle était convertie en magasin à foin.

« On n'en voit aucune lettre ; mais dans la frise il y a une grande quantité de trous, ce qui peut faire penser que l'inscription ne fut point sculptée , mais faite de lames de métal doré , comme il est croyable, et attaché par des clous à la pierre, et que dans la suite elles ont été enlevées. La figure et la disposition de ces trous sont si embrouillées qu'il n'y a pas moyen d'y reconnaître un seul mot. »

Quelque temps après , on a tenté de deviner l'inscription entière. Les Français ont vanté la pensée de regarder les trous comme les traces des clous qui formaient les paroles de l'inscription ; ils en ont fait l'honneur à un de leurs compatriotes ; cependant les paroles de Maffei nous prouvent que d'autres l'avaient soupçonné avant eux, mais que cette pensée n'avait pas eu de résultat *.

Je rencontrai, dans les rues de Nîmes, une troupe d'enfants qui traînaient dans la boue le buste de Napoléon et qui allaient le jeter dans un cloaque. Ces scènes ont eu lieu dans plusieurs villes du Languedoc et de la Provence.

Le lendemain, je dis la messe dans une chapelle que la maîtresse de l'hôtel avait proprement ornée pour le cardinal Litta, qui avait habité cet hôtel pendant son séjour à Nîmes. Il y eut un concours considérable de fidèles, et plusieurs dames désirèrent recevoir la communion de ma main. Je dis adieu à plusieurs personnes d'Uzès qui m'avaient sujvi jusqu'à Nîmes, et je repris le chemin de l'Italie.

Le 2/i, second dimanche après Pâques, j'arrivai de bonne heure à Aix, ancienne capitale de la Provence. J'entrai dans une église paroissiale, ancienne église des Chevaliers de Malte, au moment où l'on commençait la messe du prône. Le curé ne tarda pas à monter en chaire, et fit son sermon sur le bon Pasteur. Il termina son exorde par cette improvisation :

1 Depuis l'époque à laquelle écrivait le cardinal , un savant français , M. Séguier, a restitué l'inscription en s'étudiant à dessiner les lettres qui la composaient , au moyen d'un calque exact des trous qui existent sur la frise , et il est parvenu à reconstruire l'inscription en ces termes :

C. CAESARI. AVG. F. COS. CAESARI. AVGVST. F. COS. DESIGNATO. PRIISCIPIS. IVVENTVTIS.

D'après ce texte, le temple, construit ou plutôt consacré vers l'an de Rome 75/», aurait été dédié aux deux fils adoptifs d'Auguste , Caïus et Lucius Ciesar, princea de la jeunesse. {Noie de l'éditatr.)

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