QUATRIÈME PARTIE
nées. Curieux de savoir la cause de cette illumination , je demandai si le roi de Sardaigne était rentré dans le Piémont? On me répondit que non. « Pourquoi donc, ajoutai-je, ces illuminations ? — C'est pour « le passage de Leurs Eminences les cardinaux , » me répondirent plusieurs personnes qui m'entouraient. Je fus ému de ces témoignages de respect et d'attachement , et je remerciai avec des expressions qui partaient du fond de mon cœur. Nous continuâmes à marcher vers Coni, oii nous arrivâmes à minuit. Le lendemain une députation du clergé vint nous complimenter, et nous prier d'appuyer auprès du Saint-Père et de la cour de Sardaigne les démarches qu'on faisait pour avoir un siège épiscopal dans cette ville , plus considérable que bien d'autres villes du Piémont auxquelles on avait accordé cette faveur. Je le leur promis, et, en effet, en 1817 un nouvel évêché fut érigé à Coni.
Le même jour j'arrivai à Turin , et j'y séjournai le lendemain. Je demandai des nouvelles du pape , et l'on me dit que, depuis qu'il avait passé le Taro , on n'en avait plus entendu parler. Mes collègues et moi nous eûmes lieu d'être étonnés que les personnes de sa suite n'eussent adressé aucune lettre à Turin , pour faire connaître les intentions et les ordres de Sa Sainteté aux membres du sacré collège , qui depuis la chute de Napoléon avaient pris le chemin de l'Italie.
Je partis le 3 mai, j'allai coucher à Verceil, et le lendemain, vers les cinq heures après midi, j'arrivai à Milan. J'y séjournai trois jours chez le marquis Crivelli , frère de ma belle-sœur. J'appris que le pape s'était dirigé vers la Romagne , où l'on supposait qu'il s'était arrêté pour attendre les cardinaux.
Le 7 je partis pour Parme , où je passai la nuit. Le 8 j'arrivai à Modène, et l'aimable famille Marchisio me reçut chez elle. Je ne dois pas passer sous silence une action qui honore singulièrement les habitants de cette ville. Les bons Modénois voulurent , dans cette circonstance , donner l'hospitalité à tous les ecclésiastiques , à tous les sujets des États pontificaux qui , pour refus de serment à l'empereur, ou pour d'autres motifs honorables, avaient été chassés , exilés , jetés dans les prisons par les Français. Des personnes postées près de la porte de Modène étaient chargées de demander aux voyageurs s'ils étaient sujets du souverain pontife , d'où ils venaient , et s'ils avaient été exilés. Selon leur réponse, on leur donnait un billet qui leur indi-
406 ni'.:Mor. r.s siin t,e roNru-icAT de pie vit.
quait la maison destinée à les recevoir. Ils étaient accueillis par leurs hôtes avec la plus grande tendresse , logés et admis à la table. S'ils étaient prêtres, on leur offrait des honoraires pour dire la messe; et s'ils étaient pauvres, on payait leurs places dans une voiture publique jusqu'à Bologne. Des médecins et des chirurgiens soignaient gratuite* ment ceux qui avaient besoin de leurs secours.
J'appris, dans la maison Marchisio , que le pape avait envoyé des légats apostoliques prendre possession de Rome et d'une partie des Etats ; je lus aussi la proclamation publiée en ces circonstances , et je n'en fus pas pleinement satisfait. Je connus à Modène plusieurs personnes , distinguées par leur mérite , qui étaient demeurées attachées à l'ancien ordre de choses , telles que le bibUothécaire Joseph Baraldi , le professeur Gallinari et Ponziani.
Le 9, je me séparai avec peine de mes aimables hôtes et je me dirigeai vers Bologne , oia je passai la nuit. J'appris en cette ville que le pape avait pris la route de Rome , ce qui annonçait l'étrange détermination prise par les personnes de sa suite de le faire entrer à Rome avant que les cardinaux l'eussent rejoint. Je partis de Bologne le 10, et je fis peu de chemin, faute de chevaux de poste. Ce désagrément était causé par les troupes napolitaines qui se repliaient vers leurs Etats et qui mettaient partout le désordre et la confusion. Je passai la nuit à Césène , et je fus accueilli de la manière la plus cordiale par le chevalier Galeffi , frère du respectable cardinal de ce nom. Le 12 au matin , je vis le pape à Sinigaglia ; je me réunis à sa suite , et je l'accompagnai dans sa marche triomphale. Le pape s'arrêta à Ancône , à Lorette , à Macerata , à Tolentino , à Fuligno , à Spolète , à Terni et à Nepi. Enfin , le 24 , il fit son entrée solennelle à Rome.
Arrivé à une maison de campagne appelée la Justinienne, environ à huit milles de Rome , Pie VII rencontra le roi d'Espagne, Charles IV, la reine Marie-Louise , son épouse , la reine d'Etrurie , leur fille , l'infant D. Ludovico, appelé alors ie roi d'Etrurie, et la duchesse de Chablais. Toutes ces personnes royales , chassées aussi de leurs Etats -, habitaient Rome depuis quelque temps.
En sortant de la Justinienne , le cardinal Mattei et moi , nous eûmes l'honneur de monter dans la voiture du Saint-Père et d'avoir part à son glorieux triomphe. Au pont Milvio , appelé vulgairement Ponte* Molle, nous trouvâmes la commission d'Etat , c'est-à-dire les prélats