PREMIÈRE PARTIE
cardinal de confiance, dont le caractère et la manière de penser lui seraient bien connus, promit de faire encore cette concession , et quelques jours après il nomma pour nouveau légat le cardinal Litta. Alquier fit semblant d'applaudir à ce choix , et à cette occasion il donna un splendide repas auquel furent invités des personnages considérables.
Tandis qu'on délibérait à Rome sur l'envoi d'un nouveau légat et sur les pouvoirs qu'on pouvait lui donner, une autre affaire douloureuse occupait le Saint-Siège, la nomination aux sièges épiscopaux vacants dans le royaume d'Italie. Je vais prendre les choses d'un peu loin pour mieux faire comprendre la difficulté de cette importante affaire *.
Le gouvernement français, dans la promulgation faite en 1801 du concordat conclu avec le Saint-Siège, avait ajouté aux articles convenus d'une et d'autre part d'autres articles dits organiques, inconnus au pape et contraires à la discipline de l'Eglise. Par la même mauvaise foi, le gouvernement d'Italie, à Milan, de sa propre autorité, sans l'autorisation du pape, inséra dans le concordat particulier à l'Italie diverses dispositions contraires aux saints canons, lesquelles détruisaient même les avantages qu'on pouvait espérer des articles du véritable concordat. Le pape fit d'instantes réclamations, déclarant qu'il ne pouvait exécuter le concordat si le gouvernement ne révoquait et ne supprimait l'intrusion de ces dispositions anticanoniques. Les réclamations du pape ne furent pas écoutées. Bientôt Pie VII donna au monde entier le plus grand témoignage de bienveillance et de déférence pour Napoléon en se rendant à Paris pour son couronnement. Pendant son séjour dans cette capitale, le pape renouvela de vive voix ses réclamations, et l'empereur, ne voulant ni se rétracter, ni affliger l'hôte illustre qu'il avait reçu dans son palais, se tira d'embarras en disant au pape qu'à son retour à Rome il donnerait au cardinal Fesch, son ministre, les pouvoirs nécessaires pour terminer tous les différends entre le Saint-Siège et le gouvernement d'Italie. Sous le ministère du cardinal Fesch, rien ne put se conclure, et quelque temps après vinrent les nominations, faites au nom de l'empereur par le ministre du culte à Milan, des évêques destinés aux sièges vacants d'Italie. Le cardinal Casoni, secrétaire d'Etat, ré-
» Ces faits et les suivants manquent dans l'histoire de M. Artaud.
pondit au ministre Bovara « que personne ne désirait plus vivement que le Saint-Père de donner des pasteurs aux Eglises veuves, mais que, la nomination aux évêchés étant un des articles du concordat, Sa ■ Sainteté ne pourrait rien faire tant qu'on laisserait subsister les violations si graves contre lesquelles on avait tant de fois réclamé en adressant à Sa Majesté l'empereur et roi d'instantes représentations par écrit, et de vive voix aussi à Paris. »
Quelque temps après, le pape reçut une lettre du vice-roi d'Italie, dans laquelle celui-ci se plaignait hautement de la réponse du secrétaire d'Etat et du refus de donner l'institution canonique aux évêques nommés par l'empereur. Il rapportait que Napoléon, étonné de cette opposition du pape, s'était écrié : « Le pape ne veut donc plus qu'il « y ait des évêques? A la bonne heure! Si cela s'appelle servir la « religion, que doivent donc faire ceux qui veulent la détruire? » Le vice-roi poursuivait ses instances avec le ton insultant de l'ironie et du sarcasme, accusant non le pape, mais ses ministres, de tout ce qui arrivait, et lui conseillant de les éloigner du trône pontifical.
Il fallait que Pie VII essuyât encore cette humiliation de recevoir des reproches de négligence, des leçons pour l'administration de l'Eglise, de la part d'un jeune homme qui avait toujours vécu dans les camps, après avq|r été élevé au milieu de la tempête de cette révolution impie qui avait proscrit tout culte chrétien.
Cependant le Saint-Père voulut répondre lui-même à cette lettre du vice-roi. Il justifia pleinement sa conduite, prouva que l'inexécution du concordat ne provenait pas de son côté, mais de celui de l'empereur. « Et toutefois, disait-il, nous conservons encore l'espé- « rance que Sa Majesté écoutera enfin nos prières, remédiera aux « funestes innovations introduites en Italie , et ne nous réduira pas « à la dure nécessité de faire connaître aux fidèles scandalisés de « notre silence tout ce que nous avons fait , quoique sans succès, (( pour le soutien de la discipline de l'Eglise. )> Ensuite il réfutait cette accusation, devenue banale, qu'il suivait aveuglément les suggestions de ses ministres. Et enfin, voulant encore donner une nouvelle preuve de sa condescendance, en présence même du mépris de ses justes réclamations, il annonçait qu'il donnerait l'institution canonique aux évêques nommés par l'empereur, et que ceux-ci pouvaient venir à Rome pour remplir les formalités d'usage, assurant