‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 17 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE (1804 — I8O · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE (1804 — I8O

« cour de Rome*, et jamais Louis-le-Débonnaire... Jésus-Christ n'a « pas institué un pèlerinage à Rome, comme Mahomet à la Mecque. « Tels sont mes sentiments, mon fils. Je n'autorise plus qu'une seule « lettre de vous à Sa Sainteté, pour lui faire connaître que je ne puis « consentir à ce que les évêques italiens aillent chercher leur institu- « tion à Rome, n

Le Saint-Père, le cœur plein d'amertume etd'aflliction, répondit lui-même au vice-roi , se plaignant avec dignité d'avoir été traité d'une manière si indigne. « Nous ne devions pas nous attendre, di- (( sait-il, à ce que l'Eglise pût voir dans notre personne son chef at- « taqué , de la part d'un souverain catholique , par des accusations V telles qu'aucun de nos prédécesseurs n'a jamais été exposé à en suce bir l'humiliation. » A la menace de former des diverses Eglises de l'empire une Eglise séparée de Rome, et de les réunir en concile pour régler les affaires ecclésiastiques sans le pape. Pie Vil répondait : « Nous gémirions profondément en voyant tant d'âmes séparées (( du centre de l'unité catholique, m.ais certainement aucune faute de (( notre part ne pourrait nous faire attribuer un si grand mal. D'ail- « leurs l'Eglise est assurée par les promesses de son divin fondateur « qu'elle ne périra pas, que la barque de Pierre ne sera pas submer- (( gée, quelles que soient les tempêtes qui se déchaînent contre elle. (( La foi lui donne cette assurance, et l'expérience de tant de siècles (( écoulés depuis sa fondation en fournit une preuve constante. Nous « demeurerons ferme et tranquille dans l'accomplissement de nos u devoirs sacrés, et aucune crainte ne pourra nous faire changer. » Puis, à la fin de la lettre, reparaissait encore cet esprit de conciliation et de douceur qui était le fond du caractère de cet excellent pontife ; il disait « qu'instruit par M. Alquier du désir de Sa Majesté, il enverrait à Paris un cardinal pour terminer tous les différends et dispenser du voyage à Rome les évêques nommés , qu'il préconiserait dans le plus prochain consistoire. »

Aussitôt après la campagne de Prusse, l'empereur revint à Paris, et, dans la première audience qu'il donna au cardinal Caprara, il lui dit d'un ton soldatesque, « qu'il fallait qu'il écrivît au pape de lui envoyer sur-le-champ, à lui légat, les pouvoirs nécessaires pour terminer

* Plût au ciel qu'il en eût été ainsi, pour son bien et celui de l'Église !

tous les différends; » ce qui voulait dire, dans la bouche de Napoléon, pour approuver et signer tout ce qu'il lui plairait de prescrire ; et cette demande fut accompagnée de la menace ordinaire de faire occuper par ses troupes toutes les provinces de l'Etat. Le pape, qui ne pouvait pas confier une mission si importante et si délicate au cardinal Caprara, fit répondre à son légat qu'il enverrait un cardinal de Rome, afin que celui-ci pût assurer l'empereur qu'il était le fidèle interprète des sentiments reçus de la bouche même du Saint-Père ; il voulait aussi par là détruire cette accusation injurieuse, et sans cesse renouvelée, de se laisser aveuglément conduire par son cabinet. Quelque temps après, le cardinal Caprara communiqua à Rome une note que lui avait adressée M. de Ghampagny, ministre des affaires étrangères ; note la plus étrange et la plus hostile de toutes celles qu'on avait reçues jusqu'alors, indigne non-seulement d'un ministre d'un grand souverain, mais de tout homme qui a reçu une éducation honnête, surtout parmi une nation qui se distingue par sa politesse et son urbanité. M. de Ghampagny remerciait d'abord le pape, au nom de l'empereur, des félicitations qu'il lui avait adressées pour son heureux retour à Paris ; puis il se déchaînait par une diatribe furieuse et insultante contre les conseillers du Saint-Père. Napoléon et ses ministres savaient très-bien que, dans les grandes affaires de l'Eglise, Pie VII consultait tout le sacré collège ; ainsi, les grossières injures adressées à ses conseillers frappaient directement le vénérable sénat de l'Eglise, dont les écrivains hétérodoxes eux-mêmes ont coutume de parler avec respect. « L'empereur, disait M. de Gham- (( pagny, voit avec peine que les ministres et les conseillers du pape « s'appliquent à surprendre ses bonnes intentions , et le poussent « aveuglément à des actes contraires aux intérêts de la France, actes (( qui entraînent la ruine de son autorité et de ses Etats. En trompant (( Sa Sainteté, dont les intentions sont pures, ils lui font donner une « fausse direction aux affaires, contrairement à ses vues politiques « et à ses principes. Ge qu'il faudrait à Sa Sainteté, ce sont les conte seils judicieux et modérés d'hommes remarquables par leur sa- « gesse et leur expérience, tels que Votre Eminence *. Mais, par une « fatalité inexplicable, les hommes fossionnés, inaptes aux affaires,

* Éloge certainement peu flatteur et honorable pour le cardinal Caprara.

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