PREMIÈRE PARTIE
<( sont ceux qui jouissent d'un grand crédit, qui conseillent et diri- (( gent tout. Vignorance et \di passion paraissent les seuls titres pour « lesquels ils sont en faveur *.... Animés par l'esprit de malveillance, (( ils cherchent à perpétuer les troubles dans le royaume de Naples, et (( voilà comment la ville de Rome est remplie d'ennemis de la France. (( Sa Majesté pense que cette fausse direction des ministres de Rome (( ne peut être attribuée qu'à une -profonde ignorance des véritables « intérêts du Saint-Siège et à de perfides intentions. Ces conseillers « malintentionnés rendront compte à Dieu et peut-être aussi aux « hommes de tous les maux que leur mauvais gouvernement doit at- (( tirer sur leur pays. Mais Sa Sainteté peut encore remédier à tout. » M. de Champagny refusait ensuite, au nom de l'empereur, le cardinal Litta pour nouveau légat, et dirigeait contre sa personne et quelques autres cardinaux des accusations si indignes que Pie VII ne voulut même pas les faire connaître au sacré collège. Mais l'objet principal de cette note était l'étrange et ancienne prétention de faire expulser de Rome les Anglais et tous les ennemis de la France, c'està-dire les individus appartenant à la plupart des nations de l'Europe. Le pape fit communiquer cette note au sacré collège. Les cardinaux entendirent avec la plus froide indifférence les injures dirigées contre eux, et, sachant bien quelle en était la source, ils se crurent honorés plutôt que flétris. Leur avis fut que, le pape ayant promis d'envoyer à Paris un nouveau légat, et l'empereur refusant formellement de recevoir en cette qualité tout autre cardinal que de Bayanne, il convenait de faire encore cette concession ; qu'il fallait donner à ce cardinal des pouvoirs étendus , mais en se tenant toujours dans des limites qui ne permettraient pas une concession contraire aux lois de la discipline universelle de l'Eglise et au droit des gens, lois et droit que le pape, comme père et maître universel des fidèles, devait plus que tout autre respecter et défendre ; qu'il était enfin bien évident, par cette incessante recommandation de donner pleins pouvoirs au nouveau légat, que ce n'était pas un négociateur véritable que désirait Napoléon, mais un prévaricateur à qui il pût faire souscrire tout ce qu'il lui plairait ; enfin les cardinaux fareàient observer
* Comment pouvait-on accuser d'ignorance les cardinaux Litta, de Pietro, Antonclli ! et d'incapacité aux affaires les cardinaux Saluzzo, Somaglia et GousalViî
que toute condescendance ne servirait de rien, et que la mission du cardinal de Bayanne serait nulle, sans aucun résultat.
A la note de M. de Champagny le secrétaire d'État répondit « que le pape était vraiment affligé de voir l'empereur persister dans une fausse opinion si humiliante pour le chef de l'Église , celle qu'il fût entouré d'hommes malintentionnés contre la France , et qu'il se laissât aveuglément conduire par leurs conseils ; que c'était une atroce calomnie d'affirmer que Rome était remplie d'ennemis de l'empire français , et que , pour preuve de la fausseté de cette accusation , il en appelait à l'ambassadeur de France et aux Français qui habitaient Rome ; que le Saint-Père avait été aussi étonné que fâché de la méfiance qu'on avait inspirée à Sa Majesté contre la personne du cardinal Litta; mais que, néanmoins, pour être agréable à l'empereur, il envoyait en France le cardinal de Bayanne , selon les désirs de Sa Majesté. »
De son côté , Pie VII , pour donner encore cette fois à l'empereur un nouveau témoignage de bienveillance et d'amitié , voulut lui écrire lui-même, dans l'espérance de trouver en lui, sinon quelque reconnaissance, du moins quelque compassion. Dans sa lettre, le pape, après une douce plainte de n'avoir reçu aucune réponse à d'autres lettres écrites de sa propre main, assurait l'empereur de la continuation de ses anciens sentiments d'affection pour sa personne, et protestait qu'il était et serait toujours prêt à satisfaire ses désirs, à condescendre à ses demandes dans tout ce qui ne serait pas contraire à ses devoirs sacrés et à sa conscience. Il lui disait qu'il lui en donnait une nouvelle preuve en envoyant à Paris le cardinal de Bayanne , comme Sa Majesté l'avait désiré. Enfin , sur le bruit alors répandu que l'empereur devait se rendre en Italie, et aller à Rome * , il <( l'invitait à descendre dans son palais du Vatican, ne voulant, disait-il , céder à personne l'honneur de recevoir un hôte si illustre 2. »
Le 29 septembre , le cardinal de Bayanne , muni des instructions du pape , venait de partir pour la France , lorsque le cardinal Caprara communiqua une autre lettre de M. de Champagny , laquelle commença à vérifier la prévision des cardinaux, que tout espoir d'accom-
* L'empereur n'a jamais vu Rome.
2 Cette invitation si touchante et les faits suivants si intéressants manquent dans l'histoire de M. Artaud.