‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 21 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« 6. Le nombre des cardinaux de l'empire français sera porté au tiers du nombre total des membres du sacré collège. Seront considérés cardinaux français ceux qui sont nés dans les ci-devant États de Piémont, de Parme et de Gênes. Les cardinaux français ne pourront être privés dans aucun cas du droit d'assister au consistoire. Il n'y aura entre eux et les cardinaux italiens aucune distinction.

« 7. Le concordat établi pour le royaume d'Italie recevra son exécution dans l'ancien État de Venise , dans tous les pays annexés au royaume d'Italie et dans tous les États de Leurs Altesses impériales ET sÉRÉNissiMES les pHnces de Lucques et de Piombino. Aucun des évêques d'Italie ne sera obligé d'aller à Rome pour y être consacré.

« 8. Sera immédiatement négocié et conclu un concordat, à Paris, entre Sa Majesté et le Saint-Siège , pour tous les États allemands compris dans la Confédération du Rhin. )>

A ce projet de traité devaient être ajoutés les deux articles suivants, selon l'ouverture que M. de Champagny en fit au cardinal de Bayanne :

(( 1. Le Saint-Siège s'oblige à ne faire aucune protestation contre les libertés de l'Église gallicane, à n'y porter aucun préjudice, et à ne faire aucun acte, soit public, soit secret, qui leur soit contraire.

« 2. Le Saint-Siège s'oblige à ne faire ni permettre aucun acte contenant des clauses positives ou réserves propres à troubler les consciences ou à semer quelque division dans les États de Sa Majesté. »

On a lieu d'être étonné que des hommes de sens et de portée, tels que les ministres de Napoléon, n'aient pas senti l'impossibilité d'obtenir du chef de l'Eglise la concession de si étranges et si absurdes demandes; mais ce qui est bien plus étonnant encore, c'est que les cardinaux de Bayanne, Caprara et Fesch aient pu être d'accord pour envoyer un pareil projet à Rome'. Dans toute négociation d'un nouveau projet d'accommodement , les articles primitifs sont toujours modifiés par esprit de conciliation ; on adoucit ou l'on supprime co qu'ils ont de trop dur, de trop exigeant, et le rapprochement s'opère peu à peu dans les paroles et dans les faits. Dans ce projet, nu contraire, il y avait progression d'exigences, et aux premières prétentions, déjà intolérables, on en ajoutait d'autres qui étaient encore

52 MÉMOinES SUR LE PONTIFICAT DE PIE VII.

pires. On ne se contentait pas de faire du pape un homme-lige, de le dépouiller de la puissance temporelle, de faire de l'Etat pontifical une colonie de l'empire français ; on avait encore la prétention de limiter la divine juridiction du chef de l'Eglise, et de la soumettre au pouvoir sécuHer en enchaînant le pape dans l'exécution de ses droits et de ses devoirs. Quelle insolence surtout dans les deux derniers articles scandaleux qu'on voulait ajouter au traité ! Par le premier on voulait évidemment mettre Pie VII en contradiction avec ses glorieux prédécesseurs qui avaient toujours réprouvé les prétendues libertés de l'Eglise gallicane ; par le second, on avait l'impertinence de faire croire que le chef visible de l'Eglise, le maître, le docteur des fidèles, était capable d'actes ou de décrets propres à troubler les consciences ; on prétendait même lui donner des lois dans l'exercice des réserves pontificales, dans l'usage des anciennes clauses, et l'obliger en quelque sorte à soumettre ses rescrits, les actes de sa juridiction, à l'approbation de Sa Majesté l'empereur des Français. Quoiqu'il fût bien inutile de discuter un pareil projet, le Saint-Père voulut réunir les cardinaux près de sa personne et le leur communiquer. Le sacré collège frémit d'indignation en entendant les demandes si étranges de l'empereur, rejeta avec horreur cet infâme projet, et conclut qu'en présence d'une usurpation sacrilège il ne restait plus qu'à courber un front résigné devant les impénétrables décrets du Ciel , et compter sur les promesses du Seigneur de ne jamais abandonner son Eglise.

Ensuite le Saint-Père écrivit de sa propre main la réponse au cardinal de Bayanne, lui témoignant sa surprise et son indignation d'un projet dans lequel on exigeait des conditions qu'il ne pourrait jamais admettre, ni comme chef de l'Église, ni comme prince temporel. Il rejeta ce projet avec énergie, mit fin à la légation illusoire de ce cardinal, et se prépara à souffrir avec résignation et avec calme la persécution que les ennemis de l'Église méditaient depuis longtemps. Quelques jours après, le bruit vint de loin qu'un corps de troupes marchait sur Rome ; et, en effet, le général Miollis, qui le commandait, annonça son passage pour se rendre dans Le royaume de Naples, Le 1*' février on apprit que l'avant-garde de l'armée française approchait de Rome, annonçant qu'elle avait l'ordre d'entrer dans la capitale. Le même jour le pape réunit le sacré collège près de sa personne, lui

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