NOTIFICATION ET PROTESTATION DU PAPE PIE VU
« La Sainteté de notre seigneur le pape Pie VII , n*ayant pu adhé- « rer à toutes les demandes qui lui ont été faites de la part du gouver- « nement français, parce que la voix de sa conscience et ses devoirs « sacrés le lui défendaient, a cru devoir subir les désastreuses consé- « quencesdont on l'avait menacé par suite de son refus, et même l'oc- (( cupation militaire de la capitale où il siège. Résigné dans l'humilité « de son cœur devant les impénétrables jugements du Ciel, il remet sa
u cause aux mains de Dieu; mais, ne voulant pas d'ailleurs manquer à (( l'essentielle obligation de garantir les droits de sa souveraineté, il « nous a ordonné de protester , comme il proteste formellement, en « son nom, en celui de ses successeurs, contre toute usurpation de « ses domaines, sa volonté étant que les droits du Saint-Siège soient « et demeurent tout à fait intacts.
« Vicaire sur la terre de ce Dieu de paix qui nous a enseigné par « son exemple la douceur et la patience, il ne doute point que ses su- « jets bien-aimés, qui lui ont toujours donné tant de preuves d'obéis- (( sance et d'attachement , ne mettent tous leurs soins à conserver la <( tranquillité privée et publique ; Sa Sainteté les y exhorte et le leur « ordonne expressément; elle espère que, loin de faire aucun tort, « aucune offense à qui que ce soit, ils respecteront même les indivi- (( dus d'une nation dont elle a reçu tant de témoignages de respect et « d'affection dans son voyage en France ou son séjour à Paris.
« Datée du Quirinal, le 2 février 1808.
« Philippe Gard. Casoni, secrétaire d'état. »
La première rédaction de cette notification contenait quelques expressions de plainte contre la nation française, mais un cardinal ayant fait observer que toutes les vexations passées et la persécution actuelle étaient le fait du gouvernement, et non celui d'une nation qui avait donné au Saint-Père en France tant de preuves de respect, de vénération et d'attachement : « C'est vrai, s'écria alors Pie VII, je ne <( puis me plaindre de cette nation, et je veux que cela soit dit dans la « notification ; » ce qui fut exécuté.
Le 2 février, vers les huit heures du matin, l'armée française entra dans Rome par la porte du Peuple, désarma la garde pontificale, occupa le château Saint-Ange, et, tandis que le pape et le sacré collège célébraient dans la chapelle du Quirinal la solennelle fonction de la fête de la Purification, un gros corps de cavalerie et d'infanterie fut posté sur la grande place du palais pontifical, et dix pièces d'artillerie furent braquées en face des fenêtres de l'appartement du pape K Les officiers français et quelques sujets rebelles avaient espéré qu'à la
1 Ces faits manquent dans l'histoire de M. Artaud.