‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 24 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

vue de cet appareil terrible le pape et le sacré collège, effrayés, auraient fini par accepter les conditions de l'empereur. Mais leur étonnement fut grand de voir la cérémonie continuer avec la plus grande tranquillité, et les cardinaux se retirer ensuite sans montrer aucun signe d'altération.

Le général français ne changea rien au gouvernement, et les ministres dupape^ ainsi que les tribunaux, continuèrent l'exercice de leurs fonctions. Je crois à propos de démentir ici un prétendu bref (lettre) du pape daté du 8 février 1808 et adressé à chacun des cardinaux présents à Rome, ouvrage de quelque bel esprit, qui trompa un grand nombre de personnes et quelques auteurs mêmes qui le citent. Pendant mon séjour en Piémont et en France, j'eus plusieurs fois l'occasion de démentir ce bref apocryphe et calomnieux pour Napoléon, parce que la bonne foi l'exigeait, et que je ne voulais pas d'ailleurs qu'on pût soupçonner qu'il était l'œuvre du gouvernement de Rome, dans le but d'exciter les peuples catholiques à la haine contre l'empereur. Celui qui a quelque connaissance des choses et des usages de Rome s'aperçoit facilement de la fausseté de ce bref, qui contient des expressions et des phrases insolites dans les discours ou les écrits des papes aux cardinaux. La plume acrimonieuse qui avait tracé ce bref ne pouvait pas être celle de Pie VII, toujours dirigée par cet esprit de modération et de douceur qui était le fond de son caractère inaltérable. Quoique je fusse alors à Rome, cet écrit ne me parvint point ni , que je sache, à aucun de mes collègues. Voici un échantillon de ce bref, contenant les plus étranges demandes de l'empereur, toutes inventées : « Le gouvernement français demande un patriarche indépendant de nous ; il le nomme, il le proclame, il nous le propose investi de notre autorité, et nous ordonne de le reconnaître. — Il demande la publication et l'application du Code dans tous nos Etats. — Il réclame la liberté de toute espèce de cultes et leur exercice public. — II cherche à rendre les évêques indépendants de nous. — II exige l'abolition des bulles pontificales concernant la collation des évêchés et des paroisses de notre droit. — Il soUicite l'abolition générale des ordres religieux de l'un et de l'autre sexe, l'abolition du célibat, l'habilité au mariage des personnes déjà engagées dans la vie religieuse par des vœux solennels. » — Tout dans ce bref est faux, et l'imposture est manifeste.

^6 MÉ310IRES SUn LE POMIFICAT DE PIE VII.

Revenons maintenant à la situation de Rome. Le général Miollis distribua ses troupes dans différents quartiers de Rome et leur fit toujours observer une exacte discipline. On n'opéra pas alors le changement de gouvernement, parce que" les instructions du général portaient qu'il devait le faire lentement et sans secousse. Mais bientôt, par l'ordre formel du gouvernement français, commença une série de violences et d'attentats qu'il me serait difficile de croire si je n'en avais été témoin. A la fin de février les cardinaux napolitains reçurent l'ordre de partir pour Naples dans les vingt-quatre heures ; c'étaient Carafa , Trajetto, Pignatelli, Salluzzo, Caracciolo et Rufo- Scilla. Ils répondirent que, leur qualité de cardinal leur faisant un devoir de résider à Rome, ils ne pouvaient partir sans l'ordre du pape qui le leur avait défendu. Ils furent obligés de céder à la force. Un mois après, le même ordre de quitter Rome fut signifié aux cardinaux nés dans le royaume d'Italie ou dans les pays italiens réunis à l'empire français ; on leur accordait trois jours pour se préparer au départ. Le pape leur fit adresser à chacun, par la secrétairerie d'Etat, une lettre qui leur défendait d'obéir, et dans laquelle on remarquait ce passage : «Dans « le cas où la force, après avoir indignement arraché Votre Eminence « du sein du chef de l'Éghse, vous laisserait libre à quelque distance « de Rome , la volonté de Sa Sainteté est que vous ne poursuiviez (( pas le voyage , si la force ne vous conduit pas jusqu'au lieu de votre « destination , afin de constater que la violence seule a pu vous éloi- (( gner du Saint-Siège . »

Les cardinaux obéirent, et la force les conduisit jusque dans leur patrie. On força les troupes pontificales à s'incorporer aux troupes françaises. Les officiers qui voulurent rester fidèles à leur souverain légitime, et nommément D. Pompeo Gabrielli, d'une famille princière romaine , les comtes Aldicino délia Porta et Alderano Porti , furent arrêtés et conduits dans la forteresse de Mantoue ; et au contraire, un officier au service du pape, nommé Prias, Corse d'origine, qui de bonne heure avait passé aux Français et portait les autres à la plus déloyale désertion, fut nommé colonel par Miollis, pour son double mérite de transfuge et d'embaucheur ; le vice-joi Eugène, en confirmant cette nomination, daigna lui écrire lui-même pour le complimenter sur sa conduite, et lui annoncer qu'il recevrait la décoration de la Couronne de Fer. Mais Dieu permit bientôt que cçux qui en-

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