SUR LA PUBLICATION DES MEMOIRES
et libre champ s'ouvrir à ces futurs apologistes du Saint-Siège, dont on pourrait dire ce que l'historien Florus a dit du peuple romain : Ut quires ejus legunt, non unius populi, sed generis humanifasta discant <. En effet, chefs suprêmes de l'Eglise catholique, dont la juridiction divine s'étend sur tout l'univers, les papes exercèrent toujours une influence aussi puissante qu'utile dans les affaires les plus importantes des peuples; et, comme princes temporels, on les voit dans l'histoire de notre nation et dans celle de la Germanie , qui fut son alliée pendant plusieurs siècles, jouer toujours le premier et le plus beau rôle ; ce qui a fait dire à un poëte qui certainement ne fut pas L'ami des papes :
Rome, dont le destin, dans la paix, dans la guerre, Est d'être en tous les temps maîtresse de la terre.
Aujourd'hui, me disais-je ensuite à moi-même, pour ternir la gloire de tant de pasteurs zélés et de souverains éclairés, la philosophie et la plume gagée de quelques courtisans ne cessent de nous rappeler la vie scandaleuse de quelques pontifes d'un siècle de ténèbres et de barbarie 2, que de puissantes factions, qui déchiraient les Etats romains, élevèrent sur la chaire de saint Pierre , ou la conduite peu régulière et l'avarice de quelques papes qui siégèrent à Avignon , ou enfin les mœurs blâmables d'un Alexandre VI et les entreprises militaires du belliqueux Jules II. Mais la postérité jettera un coup d'œil impartial sur cette longue succession de pontifes, et verra qu'il en est un grand nombre qui méritent le surnom de grands , surtout si elle les compare aux souverains qui occupaient alors les autres trônes de l'Europe. Elle reconnaîtra que ce sont les missionnaires du Saint-Siège qui ont introduit chez plusieurs peuples les premières lumières de l'Évangile et les premiers principes de la civilisation ; que les papes ont fondé ou protégé en divers lieux une foule d'établissements de bienfaisance , religieux et littéraires ; que plusieurs fois leur médiation mit un terme aux horreurs de l'anarchie et aux guerres meurtrières de quelques princes qui paraissaient irréconciliables. Elle ad-
* « L'histoire du peuple romain n'est pas celle d'un seul peuple, c'est l'histoire du genre humain. »
2 Le X» siècle.