‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 29 sur 142 · G4 LETTRE AU MARQUIS J. PACCA · texte numérisé non relu

G4 LETTRE AU MARQUIS J. PACCA

mirera surtout leur grandeur d'âme et la sagesse de leur administration dans Rome, où, siégeant à côté du trône des Césars, ils semblèrent vouloir leur disputer le soin de rendre cette ville plus imposante et plus belle ; et peut-être conviendra-t-elle qu'à proportion des moyens les empereurs romains furent surpassés par les papes. Elle comparera le siècle si célèbre d'Auguste et le siècle également glorieux de Léon X, et elle ne pourra jamais assez admirer la grandeur d'âme de mon insigne bienfaiteur Pie VI , qui , dans des temps peu favorables , osa reprendre, et termina, pour ainsi dire, ce bel ouvrage qu'Auguste ^ alors maître du monde connu , avait déjà exécuté au grand étonnement de ses contemporains , et qui lui a mérité les éloges immortels du Yenousin dans ces beaux vers :

Régis opus ; sterilisve diu palus, aptaque remis, Vicinas urbes alit, et grave sentit aratrum^

Mais ce ne sera que longtemps après la chute du pouvoir papal qu'on pourra bien apprécier tout le mérite des souverains pontifes : alors Rome et l'Italie connaîtront mieux quels grands princes furent les papes ; combien leur gouvernement fut sage , paternel , digne d'envie ; et elles avoueront , ce que tant d'écrivains hétérodoxes et ennemis de l'Éghse romaine ont avoué , ce que la vérité arracha de la bouche même de Napoléon , (( que le gouvernement pontifical fut le chef-d'œuvre du génie de la politique humaine. »

Au milieu de ces réflexions auxquelles je m'arrêtais souvent dans ma solitude, j'étais toujours troublé par une pensée aflligeante , dont je ne pouvais me.défendre (je l'avoue à ma honte), malgré les consolations que je cherchais dans les maximes de notre sainte religion et dans la philosophie morale; je craignais, comme je l'ai déjà dit, que la postérité n'accusât le pape , le sacré collège , et surtout le premier ministre de Sa Sainteté , d'inexpérience et d'incapacité. Je me

* « Entreprise royale ; un marais longtemps stérile et que fendit la rame, est maintenant sillonné par le soc et nourrit les villes voisines. »

Le dessèchement des Marais Pontins, dont il est ici question, fut si peu stable que ce travail a été souvent repris depuis Auguste, et à grands frais même, sous le pontificat de Pie VI, sans qu'on ait pu obtenir un succès complet et durable. Loin de nourrir les villes voisines, ces marais les dépeuplent par leurs exhalaisons pestilentielles. ,{Sote du traducteur.)

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