‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 30 sur 142 · SUR LA PUBLICATION DES MEMOIP.ES · texte numérisé non relu

SUR LA PUBLICATION DES MEMOIP.ES

souvenais de tout ce que j'avais entendu dire dans ma jeunesse , lorsqu'on publia le fameux bref, Dominus et Redcmptor noster, de Clément XIV, qui supprima la Société de Jésus. Les amis delà compagnie^ qui attribuaient en grande partie la destruction de cet ordre à l'inhabileté du général Ricci et des assistants généraux d'alors , ne cessaient de répéter ; « Ah ! si un Lainez , un Acquaviva , un Tamburini eût été à la tête de l'ordre , et qu'un Fabri , ou tout autre semblable , se fût trouvé parmi les assistants, nous n'aurions peut-être pas à déplorer cet événement funeste ; ils auraient su éloigner l'orage , apaiser la fureur des souverains, et triompher de la faiblesse et de la timidité du Pontife. » Je me rappelais aussi tout ce qu'on avait dit à l'époque de la chute de la république de Venise : personne ne pouvait croire que, sans la faute du doge Manin et du sénat, cette puissance , qui avait su conserver sa liberté et son indépendance pendant quatorze siècles, et qui seule avait résisté à la formidable ligue de Cambrai, eût pu tomber aussi honteusement et perdre en un seul jour son existence politique. Tout cela ne servait pas peu à me confirmer dans mes craintes , et je croyais déjà entendre ces paroles retentir à mes oreilles : Ah ! si , dans ces temps , un Jules II , un Sixte V ou un Clément VIII eût occupé la chaire de saint Pierre ; si le sacré collège eût compté parmi ses membres des Contarini , des Moroni , des Poli, des Commendoni ,

Trojaque nunc stares, Priamique arx alta maneregM

Mon amour-propre ne m'a jamais assez aveuglé pour me faire croire que je pusse me comparer à de si grands hommes , et quoique des héros simplement armés de la plume n'eussent pas été plus puissants que moi devant des baïonnettes et des canons 2, je savais trop bien qu'auprès d'eux je n'étais qu'un pygmée à côté de géants. Mais j'étais profondément affligé de penser que je ne vivrais dans la postérité que

1 « Superbe Troie, et vous, palais de Priam, vous subsisteriez encore. »

(ViRG. Enéide, liv. II.)

2 Nos cum homîne omnium nequissimo..,.. bellum gcrimus, sed non pari conditioner contra arma verbis. « Nous combattons contre le plus méchant des hommes, mais avec des moyons inégaux, avec la parole contre les armes. »

(Cir.i'Rox, Leifres fam. 23, liv. XII.) T. I. 5

Page 1