DEUXIÈME PARTIE ( 1 808— -i
je priai le Seigneur d'éloigner de moi le calice d'amerLumes. Dans des temps plus tranquilles, je serais demeuré inébranlable dans la résolution que j'avais prise, longtemps auparavant, de ne pas accepter le ministère, et il m'eût été facile de justifier mon refus auprès du public. Mais dans des circonstances aussi affreuses , ce refus aurait été taxé de faiblesse et de pusillanimité , et quelques personnes même auraient pu le croire dicté par une espèce de ressentiment *. Cette réflexion, et bien plus encore le souvenir des serments que j'avais prêtés au pape lors de ma promotion au cardinalat, me firent surmonter toutes mes répugnances. Je prononçai donc le fatal oui, et dès ce moment le Seigneur, qui donne, selon les besoins, des forces à ses serviteurs, me remplit d'un courage extraordinaire qui ne m'abandonna jamais au milieu des peines et des inquiétudes, fruits amers de mon malheureux ministère.
* Ces mots demandent une explication. On sait à Rome que les premières dignités, les légations, les postes palatins, les meilleurs archevêchés ou évêchés de l'État, sont ordinairement destinés aux cardinaux qui ont fait le cours entier des nonciatures. Avant mon retour du Portugal, on avait beaucoup parlé de ma destination future, et le Saint-Père avait manifesté plusieurs fois ses sentiments de clémence envers ma personne ; mais la Providence ne permit point à cet excellent pontife d'accomplir ses désirs, et pendant six ans il ne sortit pour moi de lasecrétairerie d'État d'autre bref que celui qui m'appelait au ministère. J'avais même été privé pendant tout ce temps de la faible pension que la Batterie m'avait assignée. Je ne serai pas démenti en assurant qu'on n'entendit jamais sortir de ma bouche la moindre plainte contre Sa Sainteté. Cependant le public me croyait mécontent, ou du moins craignait que je ne le fusse ; je dis qu't/ le craignaif^ parce que les Piomains, je ne sais par quel motif assurément bien gratuit, avaient pour moi un grand attachement, et ils m'en ont donné des preuves en plusieurs occasions. Or mon refus, à cette époque, aurait sans doute justifié les soupçons ou la crainte du peuple romain.