‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 36 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Va conduite envers les Français.

t- rentrai au ministère avec les dispositions les plus pacifiques envers les Français, et je dis même à quelques personnes que je ne voulais rien négliger pour éteindre l'incendie qu'avait allumé leur invasion, pour rétablir la bonne harmonie entre le gouvernement français et le Saint-Siège : paroles qui vinrent aux oreilles du général Miollis, et lui firent voir ma nomination avec plaisir. Ce n'est pas toutefois que je me sois flatté un seul instant de pouvoir sauver Rome ; l'arrêt prononcé contre elle était irrévocable, et si Napoléon suspendait pour le moment l'exécution de ses desseins, on savait bien que c'était à cause des affaires d'Espagne qui lui donnaient de sérieuses inquiétudes. Mais je voulais, selon la maxime d'une sage politique, tenter, avant de rompre en visière avec les Français, la voie de la modération et de la douceur, auxquelles j'inclinais d'ailleurs naturellement, afin qu'on fût convaincu que, si je venais à prendre, comme mes prédécesseurs, des mesures fortes et énergiques, ces mesures avaient été provoquées par les Français eux-mêmes. Il me fallut de l'intrépidité pour effectuer cette résolution ; car le peuple irrité devenait tous les jours plus difficile à contenir, et le Saint-Père , à qui l'on peut appliquer l'éloge que TEsprit-Saint fait de Moïse : Erat vir mitissimus super omnes hommes qui morabantur in terra^^ après avoir poussé la condescendance jusqu'aux dernières limites, avait enfin résolu de ne plus ouvrir de négociation et de s'opposer avec fermeté aux exigences des Français, si ceux-ci n'évacuaient ses Etats. D'un autre côté, les Zelantiei tous les

* « C'était le plus doux des hommes qui habitaient la terre. »

DtUXIlbTE PARTIE (1808—1809). 79

gens de bien qui avaient vu avec douleur les éloges que Pie VII avait donnés à Napoléon dans ses allocutions, ses brefs, et dans les consistoires, auraient voulu que le pape, par des protestations énergiques, réparât le scandale qu'il avait, disaient-ils, donné aux autres nations. Tandis que les ambassadeurs étrangers entretenaient les dispositions du public et encourageaient le souverain pontife à la fermeté, les malveillants ne travaillaient qu'à attiser le feu de toute part, dans l'espérance que Napoléon, irrité de la résistance du gouvernement pontifical , consommerait enfin la spoliation qu'il méditait depuis si longtemps. Malgré tous ces obstacles, je ne voulus point renoncer à mon système de modération, et, quoique chaque jour fût marqué par de nouvelles violences, je m'abstins pendant quelque temps de publier aucune note ou protestation, me contentant de faire parler à M. Miollis par un prélat que ses fonctions obligeaient de voir souvent le général français. Mais le Saint-Père me dit dans une audience du matin : «Monsieur le cardi- « nal, on prétend dans Rome que nous dormons : il faut prouver que (( nous sommes éveillés, et adresser au général français une vigoureuse « note sur ses dernières violences K » Obligé par cet ordre de rompre le silence, je rédigeai aussitôt une note modérée, dans laquelle je cherchai à sauver l'honneur du général, en regardant ce qui était arrivé comme l'œuvre ténébreuse de la calomnie qui était parvenue à surprendre sa vigilance. Cet esprit de douceur, qui était peut-être seul capable de calmer l'animosité des Français, déplut à bien des honnêtes gens, et plusieurs personnes pieuses me firent savoir que ce n'était plus le temps d'user de ménagements, et qu'elles attendaient de moi plus d'énergie et de courage. Je souffris ces reproches avec patience, sachant bien qu'ils serviraient un jour à ma justification, et je persévérai dans ma manière d'agir, jusqu'au moment où je reconnus enfin que les Français , toujours plus exigeants , auraient voulu m'entraîner dans la prévarication , comme on le verra par les faits que je vais exposer.

On me présenta un jour à signer, comme préfet du gouvernement (j'en exerçais alors les fonctions) , un passeport adressé aux magistrats des pays situés sur la route de Toscane, pour les inviter à prêter

* Les Français avaient arrêté et emprisonné, au mépris du droit des gens, plusieurs sujet» du Saint-Père. {Note du traducteur.

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