PIE VII, PAPE
Informé qu'en différents endroits de nos États quelques malintentionnés, ennemis de l'ordre et de la tranquillité publics, se sont oubliés et s'oublient encore, au scandale de nos autres sujets fidèles et chéris, jusqu'à s'enrôler dans des corps appelés troupes civiques^ sous la dépendance d'un chef militaire étranger; démarche par laquelle non-seulement ils se soustraient à leur sujétion naturelle et légitime, mais ils se mettent de plus en état d'agir contre notre puissance temporelle et spirituelle , toutes les fois qu'on voudra diriger la force armée, soit contre les ministres de notre gouvernement pour détruire l'autorité légitime, soit contre les ministres du sanctuaire, en foulant aux pieds les lois les plus sacrées, comme déjà nous avons eu la douleur d'apprendre qu'il est arrivé en quelques endroits ;
Nous, en qualité de souverain légitime, prohibons, désapprouvons et défendons à tous nos sujets toute espèce d'enrôlement, de quelque dénomination que ce soit, sous la dépendance d'un chef militaire étranger; et tandis que, par la présente, nous accordons une amnistie générale à ceux qui, étant entrés inconsidérément dans les gardes civiques, se hâteraient d'en sortir, nous déclarons coupables de félonie et de rébellion tous ceux qui y resteraient incorporés et ceux qui pourraient s'y enrôler par la suite.
124 MÉMOIllES SLi: LE rOMlFlCAT DE l'IE VU.
Et comme par cette conduite les uns et les autres déclareraient être dans la disposition de coopérer par la force aux mesures qui pourraient être prises contre le sanctuaire, ses lois sacrées et ses ministres de tout ordre et de toute dignité, qu'ils sachent que, par leur coopération à des actes de cette nature, ils encourraient véritablement les censures fulminées par les sacrés canons, que nous rappelons dans leur entière vigueur à la mémoire de tous , comme déjà les ont encourues ceux qui se sont prêtés à l'exécution de semblables mesures.
Et afin que personne ne puisse révoquer en doute la déclaration qUe nous faisons, elle sera signée de notre propre main et revêtue de notre sceau pontifical.
De notre palais apostolique du Quiiinal, le 24 août 1808.
Pie vu, pape.
Note du cardinal^ pro-secrétaire d'État, à MM. les ministres étrangers, sur l'arrestation du cardinal Pacca et sur sa délivrance.
Du palais Quirinal, le 6 septembre 1808.
Ce matin, vers les quatre heures et demie, deux officiers français, accompagnés d'un sergent, sont entrés dans l'appartement du cardinal Pacca, pro-secrétaire d'Etat de N. S. P. le pape Pie VII, et lui ont intimé, au nom du général Miollis, l'ordre de partir dans les vingt-quatre heures pour Bénévent, sa patrie, en lui défendant de la manière la plus expresse de sortir de son appartement, où est resté un officier pour le garder à vue. Le soussigné a répondu qu'il ne connaissait d'autres ordres que ceux de Sa Sainteté, son souverain légitime, et que, si elle lui ordonnait de rester, il ne partirait certainement pas. Ne pouvant monter à l'appartement du Saint-Père pour lui demander ses intentions suprêmes, il lui a fait connaître, par un billet écrit en présence de l'officier, les termes de l'ordre qu'il avait re(;u. Le pape, après avoir lu cet ordre, a daigné descendre dans l'appartement du soussigné, et là, d'un ton ferme et plein de dignité, il a ordonné à l'officier français d'aller dire de sa part au général Miollis « qu'il était las de souffrir les insultes et les outrages prodigués chaque jour à son caractère sacré; qu'il voyait bien qu'on voulait lui arracher successivement tous ses conseillers et ses ministres, qui le servent, non-seulement en sa qualité de souverain
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temporel, mais encore en qualité de chef de l'Eglise; qu'il ordonnait à son secrétaire d'Etat de ne point obéir aux ordres d'une autorité illégitime, et de le suivre dans ses appartements pour y partager sa captivité ; que, si la force voulait rarracherde son sein, elle n'y parviendrait qu'après avoir brisa toutes les portes qui conduisent à son appartement l^ontifical, et qu'en pareil cas il déclarerait le général responsable de toutes les conséquences de cet attentat, inouï tant à Rome que dans le monde catholique. »
Après ces paroles, que l'officier a promis de rapporter fidèlement à son général, Sa Sainteté a pris le soussigné par la main et l'a conduit dans son appartement, où elle lui a ordonné de vivre comme elle en qualité de prisonnier.
Le Saint-Père a fait défendre ensuite à sa garde suisse de laisser désormais entrer dans le palais aucun soldat français, et lui a ordonné, s'il se présente quelque officier français, de lui déclarer que, le cardinal soussigné habitant l'appartement de Sa Sainteté, la décence s'oppose à ce qu'il reçoive les officiers français, mais qu'on est libre de communiquer avec lui par écrit. Sa Sainteté a enfin ordonné au soussigné de faire connaître ce nouvel événement à MM. les ministres étrangers rés dint près le Saint-Siège, afin qu'ils puissent instruire leur cour de cette nouvelle violence, ainsi que des résolutions du Saint-Père et de ses protestations.
Le cardinal soussigné, fidèle exécuteur des ordres qu'il a reçus, prie Votre Excellence d'agréer les sentiments d^sa c )!isidération la plus distinguée.
Le cardinal Barthélemi Pacca.