‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 53 sur 142 · V2 i^iLsioincs SUR le pontificat di: rir: vu · texte numérisé non relu

V2 i^iLsioincs SUR le pontificat di: rir: vu

cuUère,et, bien loin que ces divers traités aient produit les heureux effets que nous espérions, nous avons eu au contraire à gémir sur les maux et les pertes toujours croissants de l'Eglise de Jésus- Christ.

Nous ne ferons point ici l'énumération de tous ces maux, qui sont assez notoires, et qui ont excité les larmes de tous les gens de bien ; nous les avons d'ailleurs assez détaillés dans nos deux allocutions consistoriales, l'une du 16 mars, l'autre du 11 juillet 1808, et nous avons pourvu, autant que nous le pouvions dans ces tristes conjonctures, à ce qu'elles parvinssent à la connaissance du public. Tout le monde y connaîtra, toute la postérité y verra quelle a été notre conduite , notre façon de penser au sujet des prétentions audacieuses du gouvernement français sur des choses qui appartiennent à l'Eglise ; on reconnaîtra combien il a fallu de longanimité et de patience de notre part pour garder aussi longtemps le silence ; car, soutenu par l'amour de la paix , et par la ferme espérance qu'enfin nous verrions un remède et un terme à tant de maux, nous différions de jour en jour d'élever publiquement notre voix apostolique. Oui, la postérité saura quelles ont été nos peines et notre sollicitude ; combien par nos actions, par nos prières, nos supplications, nous avons fait de continuels efforts pour guérir les plaies faites à l'Eglise, et combien nous avons imploré le Ciel pour qu'elle n'en reçût pas de nouvelles. Mais enfin nous avons épuisé toutes les ressources que nous ont suggérées l'humilité, la modération et la douceur ; en vain, jusqu'à présent, nous avons essayé de défendre les droits et les intérêts de l'Eglise auprès de celui qui avait formé avec les impies le

liio subacla, tam longe abfuit, ut quos proposueramus nobis, convonlioncs illas ulli salulareseffeclus fuerinl conscculi, ulpolius mala ac deti imciîla Jesu-Cluisli Ecclcsiœ augeii in diesmagisac latius propagari doleamus.

Alque ea quidem hoc loco minime nos singillalim enumerando recensebimus, quoniara el vulgo salis nota, et bonorum omnium lacrymis deplorala sunl ; îiali>que praclerea cxposila a nobis duabus iilloculionibusconsislorialibns fueiunt, quarum alterarababuimus die d6 mailii, alleiamdie 11 julii, anni 1808; quaîciueul ad noliliani publicamperveuiant, quatenus inbisce nostrisangusliislicuil, opporlune providimus. Ex ils cogn.jsccnt omnes, tolaque videbit poslerilas, quai de loi lanlisqneausibus Gallicani gubcriiii in rébus ad Ecclesiam speclanlibus, mens et senlenlia noslra fuerit :agnoscenl cujus longaniniilalis palienliaeque fuerit, quod lam diu silueiimus, quoniam proposilo nobis amoie pacis, firmaquc concepla spe fore ut taniis m;ilis remedium landem ac fmis imponerelur, de die in diem aposlolicam noslram palani exlollero voccm differcbamus, Vidtbunl qui laboies, quae curœ noslrae fuerinl, quamqtie agendo, oblestando , ingcmiscendo nunquam conari cessa verim us, ut illatis Ecclesiae vulneribus medela adliiberetur, ac, ne nova ei infligerenlur , deprecaiemur. Sed frustra cxbaustie sunl omnes liumiiitalis, moderalionis, raansuetudinis raliones , quibus bue u^^que Jluduimns jtiia partosque Ecclesiae apud

DKIXIEME rAlJTlE. DOC» iVlKM S. J 33

complot de la détruire entièrement; de celui qui n'avait fait un pacte d'amitié avec elle que pour la mieux trahir , qui n'avait feint de devenir son protecteur que pour l'opprimer plus sûrement. Longtemps, et plus d'une fois, on nous donna les plus flatteuses espérances, afin de déterminer notre voj^age en France ; ensuite on commença h éluder nos déclarations par des détours adroits, des subterfuges et des réponses astucieuses, qui nous étaient faites soit pour nous tromper, soit pour traîner les discussions en longueur ; enfin, n'ayant plus aucun égard à nos observations, à mesure que le temps approchait d'accomplir les projets tramés contre le Saint-Siège et l'Eglise de Jésus-Christ, on a pris le parti de nous éprouver, de nous fatiguer par des demandes toujours nouvelles, et surtout toujours indiscrètes ou captieuses; demandes dont la nature prouvait assez que l'on voulait nous placer dans Talternative, ou de trahir honteusement notre ministère par une adhésion, ou de fournir par un refus un prétexte à une guerre ouverte contre nous ; deux choses également funestes à l'Eglise et à notre siège apostolique. Comme nous n'avons pu consentir à ce qu'on nous demandait, parce que notre conscience s'y opposait, de là un motif pour envoyer des troupes dans cette ville sainte, traitée en ville ennemie; pour s'emparer du château Saint-Ange, placer des corps de garde dans les rues et sur les places, pour investir d'infanterie et de cavalerie le palais Quirinal que nous habitons, et braquer des canons contre notre appartement. Pour nous, rassuré par ce Dieu en qui nous pouvons tout , soutenu par la convie -

iilum luni , qui cura impiis in so.^ietatcm consiiii vcnerat de ea penilus dcslîuctula ; qui eo animo amiciliam cum illa affccloveiat, ut facilius proderot; cjus pafrocinium simulaveraf, ut securius opprimerel. Mulla saîpe diuquc spctare nos JMSsi fuimus, prœserlim vero cuni nostrum hi Caillas itcr opialum expelitumque fuil; d( inceps ehidi exposlulitiones nostrae cœpla; sunt, callidis lorgiversalio:iibus ac cavfllationibns, rcsponsisque vel ad rem ducendam, vel ad fallendum dalis : nnl!a donique earuui habila ralione, proul lempus maturandis consiiiis, contra s;iuct.ini hanc sedem Clirislique Ecclesiam jam diti initis, conslitutum appropinquaI)al , tentari nos, voxarique novis scniper, tl nunquam non, aul inimodicis, aut capliosis peliiionibus, qnarnm gcnus salis suporque ostondebat, ex duabus leque huic sanchc sedi et Ecclesia; funcstis et exitialibus a!torulru!n spectari, nempe ut, aul lis assenlientes, niinisterium nostrum lurpiter proderomus, aul, si abnuercmus, iudc causa aperle nobis inferondi belli desumcrcUir.

Ac quoniain nos ils peliiionibus, conlradicentccoiT^cientia, adhœrere minime potuimus, en inde rêvera obtenla ratio mililares copias in socram hanc urbem hosliliter iinmiltendi; en capta arx Sancli-Angeli ; disposita per vias, per plaleas priesidia; it'desipsa;, quasincoiimusQuirinales, magna pedilum equilumque manu, bellicisque lotmcnlis niioaciler obsesia-. Nos autcni îi Dco, in qno omnia possi;mus, conforlaî?, ol'li Jiquo noslri con-cieitlia t;uslii)luli, hoc reptnliuo Icrrore ac btil'co ujiparaUi nihil

134 MÉMOIRES SL'ft LE PONTIFICAT DE PIE VU.

tîon de nos devoirs, nous ne fûmes ni intimidé ni troublé par cet appareil menaçant, et conservant, comme il convenait, notre âme calme et tranquille, nous célébrâmes les divins mystères avec les cérémonies usitées en la solennité de ce saint jour, sans que la crainte, la négligence ou Toubli nous fît rien omettre de ce que l'importance de nos fonctions exigeait en pareille conjoncture.

Nous nous souvenions, avec saint Ambroise, que le saint homme Na~ both, possesseur d'une vigne, ayant reçu Cordre de la céder au roi, qui voulait l'arracher pour y semer de vils légumes, répondit : Dieu me garde de LIVRER l'héritage DE MES PÈRES ! De là uous avous jugé combien moins il nous était permis de livrer un héritage aussi sacré, aussi antique, c'est à-dire le domaine de notre Saint-Siège, possédé pendant une longue suite de siècles, non sans une évidente protection de la divine Providence, par les souverains pontifes nos prédécesseurs ; nous avons jugé que nous ne pouvions consentir par notre silence à ce qu'on s'emparât dé la capitale du monde catholique, pour y renverser et anéantir la forme sacrée du gouvernement que Jésus-Christ a laissé à son Eglise, et qu'il a réglé selon les canons dictés par son Saint-Esprit, et cela afin d'y substituer tin code diamétralement opposé aux sacrés canons et même aux préceptes de l'Evangile, afin d'y introduire, comme c'est l'usage, un nouvel ordre de choses qui tend évidemment à mêler et à confondre avec l'Eglise catholique toutes les sectes et tous les genres de superstitions.

admoduin comraoveri, uut de slalu mentis dejici, passi sumus. Pacalo aequabilique, quo par est, animo, slatas cœremonias ac divina mysteria obivimus, quœ sanctissimi illius diei solemnitali conveniebant; neque vero eorum quidquam, aut melu, aut oblivione, aut negligonlia, omisimus, quae muneris nostri ratio a nobis in illo reruin discrimine postulabat.

M( mineramus ciun S. Ambrosio, Naboth vinim, possessorem vineœ suce, intevpcUatum peiiiioue regia, iit vineam suam daret, ubi rcx, succisis viiibus, olus vile sercrelf eumdemrespondisse : Absit ut ego patrum meorum tradam h^ereditatemM Multoiiinc minus fas esse nobis judicavimus, tara antiquam ac sacram haeredilaleni (lemporale scilicet suncfœ bujus sedis doniinium, non sine evidenti Providentiae divinae consilio, a romanis Ponlificibus prœdccessoribus nostris tam longa seculorum strie possessum) tradere, aut vel tacite assenliri, ut quis urbe principe orbis calholici poliretur, ubi peiluibala destructaquesanctissima regiminis forma, quae a Jesu- Christo Ecck'siiE sanclai suœ relicta fuir, alquc a sacris canonilius spirituDei conditls ordinala, incjnslocum sufficeret codicem, non modosacriscanonibus, sed Evangelicis etiam pra;ccptis conlrariuni atque rrpugnantcm , invchcrclque, ut assolet, novum hujusmodi rerum ordinem, qui ad coiisociandas confundendasque seclas superstiliouesque omiies cum Ecclcsia calliolica, manifeslissirae tendit.

• te Basil, trad. n-^ 17.

L'ELXIÈME PAHÏiE. — D0CL31ENTS. 135

Sahotli duitiia àu/i sang pour défendre sa vigne : i^onsionà-noiis donc, quoi qu'il pût nous arriver, ne pas défendre les droits et les possessions que nous nous sommes engagé par le serment le plus solennel à maintenir de tout notre pouvoir ? Pouvions-nous ne pas défendre la liberté du siège apostolique, si intimement liée avec la liberté et les intérêts de l'Eglise universelle ? Certes les événements présents, sans qu'il soit besoin d'autres preuves, démontrent assez combien cette principauté temporelle était convenable et même nécessaire au chef suprême de l'Eglise, pour lui assurer l'exercice libre et paisible de cette autorité spirituelle dont Dieu l'a investi par toute la terre. Aussi, quoique les richesses, l'honneur et la puissance du rang suprême n'aient jamais eu aucun charme particulier pour nous, qui fûmes toujours aussi éloigné de le désirer par notre goût personnel que par les devoirs de l'institut respectable dans lequel nous sommes entré dès la plus tendre jeunesse, et que nous avons toujours chéri ; néanmoins nous nous vîmes forcé par les obligations de notre état, dès le jour même du 2 février 1808, malgré la position critique où nous nous trouvions, de faire publier, par notre secrétaire d'Etat, une protestation solennelle qui fît connaître la cause de nos tribulations, et notre intention ferme de maintenir dans toute leur intégrité les droits du siège apostolique.

Cependant les usurpateurs, ne gagnant rien par les menaces, résolurent d'employer une autre tactique contre nous ; ils essayèrent, par un genre de persécution plus lent, plus pénible, et par conséquent plus

Nabotli vîtes suas vel pvoprio cruore défendit * : num poteraraus nos , quidquid tandem eventurum esset nobis , non jura possessionesque sandre Romanae Ecclesiae defendere, quibusscrvandis, quantum in nobis est, soicmnis jurisjurandi nos obslrinximus religione? vel non libertatem apostolic» sedis, cum libertalcatque utilitale Ecclesiae universae adeo conjunctam , vindicare ? At quam magna rêvera sit temporalis hujus principaluscongrurnlia alque nécessitas, ad asserenduni suprême Ecclesiae capili tutum ac Jiberura exercitium spirilualis illius quae divinitus ilii tolo orbe Iradila est potestalis, ea ipsa quae nunc eveniunt (etiamsi alia deessent argumenta) nirais jam nmlta demonslrant. Quamobrcm, elsi supremi hujus principatus neque honore , neque opibus , neque poleslale , unquam nos obleclavimus, cujus scilicct cupiditas, et ab ingonio nostro, et ab inslitulo sanclissimo, quod ab ineunte œlate inivimus semperque dileximus, abhorrel quam maxime, obslringitamen ofilcii noslri dcbilo plane sensimus, ut ab ipja die Kecnnda ftbruarii anni 1808, tanlislicet in angustiis constituti, per cardinalem nosirum a secrelis status, solemnera prottstationcm emilteremus, qua, Iribulationum quaspatinu;r , causa? palerent publica; , et jura sedis apostolioaî intégra intaclaque mancre nos velle declararelur.

Quum inierea nihil minis proficerent invasores, aliam sibi nobiscum esse ineundam rationem staluerunt. Lento quodam, licet moleslissiraô alque adeocrudili -

* 5, Ambr. trad. n. 17.

136 MrÎMuuiiîs suu le ruNiiiiCAi dk ime mi.

cruel, d'affaiblir insensiblement notre courage qu'ils n'avaient pu ébranler par une terreur soudaine. Aussi, depuis le 2 février, époque de notre captivité dans ce palais, à peine s'est-il écoulé un seul jour qui n'ait été marqué par quelque nouvel outrage contre le Saint-Siège, ou par quelque chagrin à dévorer au fond de notre cœur. Tous les soldats qui nous servaient à maintenir l'ordre et la discipline de l'Etat nous été enlevés pour être incorporés dans les troupes françaises ; nos gardes du corps eux-mêmes, l'élite de la noblesse, ont été conduits à la citadelle ; les uns y ont été détenus pendant plusieurs jours, les autres ont été licenciés et dispersés ; des corps de garde ont été placés aux portes de la ville et dans les endroits les plus importants; les bureaux de la poste aux lettres, toutes les imprimeries, et particulièrement celle de notre chambre apostolique et de la congrégation de la Propagande, sont devenus subordonnés à la force et au caprice militaire, et c'est ainsi qu'on nous a ôté la liberté, soit de faire imprimer, soit de faire parvenir par lettres l'expression de notre volonté. On a bouleversé et entravé la marche des administrations et des tribunaux ; la fourberie, la ruse, tous les genres d'artifices ont été mis en œuvre pour engager nos sujets à grossir un .corps de rebelles, soi-disant gardes civiques; on a vu ce qu'il y avait de plus audacieux et de plus corrompu dans ce ramas d'hommes arborer la cocarde tricolore française ou italienne, et, s'en parant comme d'un bouclier, se porter çà et là comme des furieux, tantôt par bandes, tantôt isolément, et se livrer impunément à toutes sortes d'attentats contre les ministres de l'Eglise, contre le gouvernement, contre tous les gens de bien, sui-

pimo, perseculionis gencre, noslram paulalim debilitare constantiain aggrcssi sunl, quain subito terrore infringere minime poluerant. Ilaque nobis in hoc palatio nostro tanquam in custodia delenlis , vix ullus a postridie kalendas februarii interccssit dies , quem nova aliqna, aul huicsanctœ sedis injuria, aut animo nosiro iilala mo- Ic.'tia non insigniveril. Mililes onincs , quibus ad ordincm disciplinanique civileni scrvandam ulebamur, nobis crepti, G..llitis copiis adinixli ; custodes ipsi nostii corporis, Icclissimi nobilcsque viri, in Rnmanam arcem dctrusi , dicsquc iiiibi pluies dclenli, tum dippcrsi dissolutique ; poitis locisqiie nrbis ctkbrioribus prcesidia imposila; diribiloria lilterarum et typographea omnia, pnesertim nosîraecaincrae apoj;lolicae et congregationis de propaganda fidc , militari vi arbilriotjuo swbjrcla ; nolns proplerea quae vellemus, aul vulgandi lypis, aut alio prcscrbciidi libcrlas adompta; rntior.es adrainistrationis justitiœque publicae pertiiibaî.-c atqiie impcdila;; sollidia i fiaude , doio , quibusvis malis arlibus subdill ad conflandas copias civicorum m lilum nomine nuncupalas, et in legilinium principeni rebelles, et e subdilis ipsis andacissimi quique et perdilissimi, Gallico Italicovc leuinisci Iricoloris insigni donali, et tanquam clypeo prolecti, impune hac iilac, nunc coacla manu, nunc soli grassari, et in quaevis Jlagilia contra Ecc'esiae ministros, couira gubernium , con'ra onincs bonos erumpiiT, aul jussi, aut peiujissi. Ephcmcridcs, i?eu, ut aiu t, folia pciiu-

DELXl£31i: i'AIillE. DOCt.AlKMS. 137

vaut leurs passions ou Timpulsion qui leur avait été donnée. Malgré nos réclamations, on se mit à imprimer à Rome, à faire circuler parmi le peuple, à répandre dans l'étranger des journaux ou feuilles périodiques remplis de temps à autre d'invectives, de reproches et de calomnies môme contre la puissance et la dignité pontificale; plusieurs de nos déclarations de la plus haute importance, signées ou de notre main ou de celle de notre ministre, et affichées par notre ordre dans les lieux accoutumés , ont été arrachées, lacérées et foulées aux pieds par une vile horde de satellites, au milieu de l'indignation et des gémissements de tous les gens de bien ; une jeunesse sans expérience, des citoyens de toutes les classes, séduits ou entraînés, ont été agrégés à des assemblées su.^pectes, sévèrement prohibées par les lois civiles et ecclésiastiques, et même sous peine d'anathème, par nos prédécesseurs Clément XII et Benoit XIV; nos ministres et la plupart de nos officiers, soit à Rome, soit dans les provinces, hommes recommandables par leur intégrité et leur fidélité, ont été tourmentés, incarcérés, déportés dans des pays lointains; on a fait avec violence perquisition des papiers et écrits de toute espèce dans les bureaux des magistrats du Saint-Siège, sans en excepter le cabinet et le portefeuille de notre premier ministre; trois fois nous avons remplacé notre premier ministre secrétaire d'Etat, trois fois il a été enlevé de notre palais ; enfin la plus grande partie des cardinaux de la sainte Eglise romaine, qui restaient près de nous comme nos coopérateurs, ont été, à main armée, arrachés de notre sein pour être exilés.

Tous ces attentats, et nombre d'autres commis avec une audace effrénée par les usurpateurs, contre toutes les lois divines et humaines, sont

(!ica, frustra reclamanfil;us nolJs, lypis Romie imprimi, el in vuIî^us exicrasque rogiones emili cœpla; injnriisidcnlidem, (iicteriis, cahimniis, m 1 in ponlifici.iiii potcstateindignilatcniquercfertii. Nonnulla^ doclaialiones iiosIi';p, quic tnnximi momeiili (ranf, et, autmanu ipsa iiostia, ant administii, signaîœ , et iiosirojussu aflixoe ad coiisueta looa-fiierant, inde vilissimoruin satoll tnm manu, indignanlib;is acingcmi'cenlibtis bonis omnibus, avilisse, discerptre, proculcalaî; jnvoncs incauli, aiiiquicives in suspecta conventicula, Icgibus xque civilibus alqne ccclcsiaslicis snb pœna etiam anallionialis , a praedecessoribus nostris Clemenlc XII el Benediclo XIV prohibita st'vcrissime , invitât!, adhcli, cooplati. Adminislri et officiales no Iri complurcs, luni nrbani, lum provinciales integerrimi fidissimique, voxali, in ciirceicra conjccti , ptocul amandali; conquisilioncs cliarlarum scriptorumqiie oninisgf nrris in secrelis ponlificiorum magistraluum conclavibus, ne cxceplo qnidcm priini adminislrinoslri pcnetrali, violenter factac ; très ipsi } rinii administri noslri a secnlis status, quorum allcrum allcri sufficrrc coacti fuimus, ex ipsis nosîris œdibiis ahrepli; niaxima dcnuim sanctae Romanœ Ecclesiœ cardinalium, collaleralium sciîicet ac coopeialorum nosiorum pars, e sinu ac lalore nosiro, mili'.ari vi avuha alque a!io deporlaîa. Ilii'C sano, aliiiqtic non pauca, contra jus oniiic hunîanum atqno divinu:n, ab in^

138 MÉMOIRES SUIl LK l'O.MliiC.VT DE l'IE VU.

trop connus du public pour qu'il soit besoin de nous arrêter ù les énumérer et à les détailler. Psous n'avons pas manqué, à chaque fois , de faire entendre nos plaintes avec force et courage , selon les obligations de notre ministère , pour ne pas paraître conniver à ces désordres ou les autoriser en quelque manière. Ainsi, déjà dépouillé de presque tous les attributs de notre dignité , privé du soutien de notre autorité , dépourvu de tout secours pour remplir l'étendue de notre ministère et surtout pour partager notre sollicitude entre toutes les Églises ; enfin fatigué , tourmenté, accablé par toutes sortes d'outrages , de terreurs et de chagrins , entravé chaque jour de plus en plus dans l'exercice de notre double puissance temporelle et spirituelle , si nous en avons encore conservé jusqu'à ce moment quelque ombre , quelque apparence, nous le devons, après le Dieu tout-puissant dont la providence nous a donné tant de marques de protection, nous le devons à notre fermeté, à la prudence de nos officiers qui sont encore en place , à la fidélité de nos sujets, et enfin à la piété des fidèles.

Mais si , dans Rome et les provinces limitrophes , notre puissance temporelle avait encore conservé un vain fantôme d'autorité , elle avait totalement été anéantie dans les provinces florissantes d'Urbin , de la Marche et de l'Ombrie ; nous n'avons manqué, dans le temps, ni de protester solennellement contre cette usurpation sacrilège de tant de pays appartenant à l'Église, ni de prémunir nos très-chers sujets contre les séductions d'un gouvernement injuste et illégitime, en donnant à nos vénérables frères , les évêques de ces provinces, toutes les instructions nécessaires.

vasoribus nefarie aUenlata , audacissimequeperpelrala, noliora sunt vulgo quam ut in lis enarrandis explicandisque opus sit immoiari. Neque nos omisimus , ne coiinivere, aul quoquo modo assenliri videreinur, de siiigulis acrilerfortilerquepro muneris nostri debilo exposluliiiv. Tali modo, omnibus nos jam fire el dignilatisoinumento,et pruîsidiis auclorilalis spoliât! ; omnibus adjumcntis ad explendas officii nostri imprimisque solliciludinis omnium Ecclcsiarum partes neces-ariis destiluti ; omni denium injuriarum , molcsliarum , lerrorum geneie vexati ; excruciati, oppiessi , atque ab ulriusque nostrae potcslatis excrcilio quotidie magis prœpedili ; postsjngularem cxploralamqueDei optimi niaxiiiii providenliam, forlitudini nosirai administratorum qui supersunt prudenliic , subditorum nostronim fidelilati, fidelium dcniquepietali debemus unice , quod earuni ipsarura poleslalum simulacruni quoddara ac spccies aliqua haclcnusremanserit.

At, si ad vanam alque inaneni specicm tcmpoialis nostra in aima hac urbe finiliniisque provinciis potcstas rcdacta fueraf, in florenlissimis Uibini, Marchiai et Caincrini provinciis, nobis fuit por hoc leinpus penilus sublula. Ul manifestœ buic sacrilcgacque toi sîaluum Ecclcsiaj usurpalioni solemncm piole^talionem opponere, sic contra injusti illegitimique guheraii beduclioncs, carissimos illos bubdilos no;lros

DEUXIÈME PAIMIE. — DOCUMENTS. 139

Combien ce même gouvernement a peu tardé, combien il s'est empressé de réaliser et de justifier par sa conduite tout ce que, dans nos instructions, nous avions pressenti que Ton devait attendre de sa religion ! Le patrimoine de Jésus-Christ envahi et pillé, les monastères détruits, les vierges du Seigneur chassées de leurs cloîtres , les temples profanés, le frein ôté à la licence, la discipline ecclésiastique et les saints canons méprisés, des lois opposées non-seulement aux canons, mais encore aux maximes de l'Évangile et au droit divin, publiées et mises en vigueur; le clergé avili et persécuté, le pouvoir des évêques subordonné à la puissance séculière, leur conscience mise aux épreuves les plus violentes ; eux-mêmes chassés de leurs sièges et déportés ; enfin mille autres attentats sacrilèges et inouïs dirigés dans ces personnes contre la liberté, l'indépendance et la doctrine de l'Église, et qui déjà avaient été commis dans tous les pays tombés au pouvoir de ce gouvernement : voilà, voilà les gages de son amitié, voilà les preuves éclatantes de ce zèle admirable pour la religion catholique , zèle qu'il ne cesse encore de promettre et de prôner partout.

Pour nous, rassasié d'amertumes de la part de ceux de qui nous devions le moins en attendre , affligé autant qu'il est possible de l'être, nous gémissions moins sur notre situation présente que sur le sort futur de nos persécuteurs. Car si le Seigneur s'est mis un peu en colère contre nous, pour nous châtier et nous corriger^ il se réconciliera de nouveau avec ses serviteurs * y mais comment celui qui est C auteur de tous les maux

* Paroles prophétiques.

praemunire, data vcnerabilibus fratribus nostris carum provinciarum episcopis inslruclione, non pralermisinius.

- Gubernium autcm ipsum quamnon estcunctalum, quam feslinavit ea factis comprobare, ac leslata facere, quœ in instructione iila a!) ejus essenl religione expcclanda praenuntiavinuis ! Occupalio direplioquepalriraonii Jesu-Chiisti ; abolilio religiosàriim domorum ; ejeclio e claustris virginum sacrarnm ; profanatio templorum, frcna licentiae passimsoluta; contemptiis ecclesiaslicae disciplinas sauctoruinque canonum; promulgalio codicis aliarnmque legum, non modo sanclis ipsls canonibus, sed evangelicis eliam praecepiisac divinojuri adversanlium ; depressioac vexalio cleri; sacrœ episcoporum polcstalis laicali potcstali subjeclio; vis eoruni conscienliae inulliniodis illala; violenta denique ccrume catliedrissuisejectioet adsportatio; aliaquehuîusgencrisausa nefaria atqne sacrilcga contra liberlalem,immunitalem etdoctrinani Ecclcsiae, ni nostris illis piovinciis œque admissa stalim, nt pridem in aliis locis omnibus quoe in poteslatem ejus gubernii vcncrant. H;ec, ha^c prœclara sunt nimiiiim pignora, haec illustiia monumentamirifici illiiis slndiiin calholicam religionem, quod necdum desinit jaclilare ac polliceri.

Nos vero lot amaritudinibus, ab iis a qnibus minus expeclare talia debebamuSj janidiu repicti, om nique prorsus rot one conflictali, non la ni prsesentem nostram qunm rutinam perseculorum viccin t'oUauis. Sienhn nobis propierincrepadouemet

1(0 3itMun;i:s stn le pomiiicat de riE vn.

dont l'Église est accablée hilera-t-U La main de Dieu ? Oui^ le Seigneur n'exceptera personne^ et il ne rc.<pectera la grandeur de qui que ce soit , parce qu'il a fait les grands comme les petits; mais les plus grands sont menaces des plus grands supplices. Plût à Dieu que nous pussions, aux dépens même de notre vie, détourner la réprobation éternelle, procurer le salut de nos persécuteurs, que nous avons toujours aimés et que nous ne cesserons pas d'aimer sincèrement ! Plût à Dieu qu'il nous fût permis de ne pas sortir de cet esprit de charité, de cet esprit de douceur que nous tenons également de la nature et de notre volonté constante ! Que ne pouvons-nous , comme nous l'avons fait jusqu'à ce moment, laisser en repos cette verge que le Roi des Pasteurs, en nous coniiant la garde des troupeaux de son domaine universel, nous a mise entre les mains dans la personne de saint Pierre, autant pour corriger et punir les brebis égarées et obstinées dans leur égarement que pour imprimer aux autres une leçon et une terreur salutaire ?

Mais le temps de la douceur est passé. Personne, à moins de fermer les yeux à la lumière, ne peut ignorer quel est le but de tant d'attentats, et quelles en seront les suites, si l'on n'emploie à temps tous les moyens possibles de les prévenir. D'ailleurs tout le monde voit bien qu'il ne nous reste plus aucun espoir que les auteurs de tant de maux puissent jamais être touchés de nos avis et de nos conseils , ou que nos prières et nos réclamations puissent les disposer plus favorablement envers l'Église. Depuis longtemps ils ont fermé l'oreille et le cœur à

correptionem Dominiis viodiciim iratus est, sediteriim reconàliabiiin- servis suis K Jt qui inventer malitiœ factus est in Ecclesiam, is quomodo effugict manum Dei ^ ? Non enim snbtvahet personam cujusquam Deus, nec verebitar magnitudinem cii" jiisqitam, quoninm pusitlinn et magnum ipse fccil; fortioribus autcm foriior instat crucialio^. Atque iiiinam possemus quocnmque vilye eliair» noslrae dispendio œlernum pcrseculorum nostrotum, qnos spmper dileximus, quos diligcre ex animo non (.•o?samn;, perdiliouem amoliri, salulem procurare ! Ulinain licerelnobis ab illa caiilale, nb ilto spvitu mansneludinis '>, ad quein nos natura comparavit, voluntas cxM'cuit, niinqiîam discedere, et in poslerum cliam , ni haclenus fecimiis, parccre virgœ quae nobis in pcrsona bcatisslmi Pétri, npostolornm principis, ad correclioiic-n punitionemquedcviarum cl c(witnmacinm oviuin, et ad aliorumexemplum terrorem- (jue salulureni , sinuil cum cuslodia universi Domini grcgis, data est I

Sed jam non csl lenitati lorus. Tôt sane ansa quo spcctent, quid sibi vclinl, que c'vasura sint tandem, nisi iis salis matnreco qno fieri polest modo occunalur, i;eniincni, nisi qui sponte ca;cutial, laterojam polest. Nemoilem nouvidcl, exaltera parle, nuilam pioisus spem esse rcliquam, fore aiiquando ut eornni auclorc!, ant admonilion'ibijsconsiiiisqne sanaii, ant precibus et exposlulationibiis placari Fcclesite po.- Mnl. His omnibus nequc aditum jamdin, neque auditum prabenl, ncque alilerics-

' 2 M.(l., VII, 3:;. — » Ibid. 31. — ' Sap. VI, S. — ' ICor. IV, 21.

DF.LXlii.Sîr: PAI^TIF.. — DoCU.\lF..NTh». l4l

toutes nos observations, et ils ne répondent qu'en accumulant injures sur injures. Comment peut-il se faire qu'ils obéissent à TÉglise comme dos enfants à leur mère, qu'ils écoutent sa voix comme des disciples celle de leur maître, eux dont toutes les actions, tous les efforts tendent à réduire l'Église à l'état d'un esclave vis-à-vis d'un maître impérieux, pour l'anéantir après l'avoir asservie?

Si nous ne voulons pas être accusé d'indifférence et de lâcheté, ou même d'avoir honteusement abandonné la cause du Seigneur, il ne nous reste plus qu'à faire taire toute considération humaine et toute prudence charnelle , pour mettre en pratique ce précepte de l'Évangile : S'il refuse d'écouter L'Eglise^ qu'il soit à vos yeux comme un païen et un publicain. Que nos persécuteurs apprennent donc une fois que la loi de Jésus-Christ les a soumis à notre autorité et à notre trône : Car nous aussi nous portons le sceptre^, et nous pouvons même dire que notre puissance est bien supérieure à la leur, à moins qu'on ne prétende qu'il est Juste que l'esprit le cède à la chair, que les intérêts du ciel passent après ceux de la terre.

Jadis tant de souverains pontifes, illustres par leur science et leur sainteté , ont été forcés, parce que la cause de l'Église l'exigeait, d'en venir à de pareilles extrémités contre les princes et les rois rebelles, seulement pour un ou deux de ces crimes que les saints canons punissent d'anathème: craindrons -nous donc de suivre enfin leur exemple, après tant de forfaits, de sacrilèges si énormes, si atroces et si universellement notoires ? Ne devons-nous pas craindre au contraire d'être justement accusé d'inertie et de lenteur, plutôt que de témérité et de précipitation,

pondent quara injurias injuriis cuniulando ; ac {ieri profecto non potest ut Ecclcsiœ, aul laiiquam filii malii panant, aut lanquam njagistrœ discipuli auscultent, ii qui iiihil non moliuntur, nihil non agunl, niliil non coiiantui-, uleam sibi, lanquam domini ancillam subjiciant, subjecliimque fundilus evertunt.

Quid igitur restât jam nobis, nisi socordiae ignaviaeque, aul fortasse eliam deserla» lurpiter Del causae, incurieie notani velin)us,"quani ut lerrena omni postposila ralio- Mi', abjectaque omni prudenlia carnis, evangelicum illud praeceptuni oxequamiir Si auiein Ecclcsinm non andierit, sit iibi sicut eihnicus et publicanus^ ? Inlelliganl illi a'iquondo imperio ipsos nostro ac llirono lege Christ! subjici : Impcrinmenim nos quoqne gerimus, adclimtis eiium prœsfaniius, uisi vero œquum ait spiritnmcanii et iœlesfia ierrenis cederc\

Totolimsunimi pontifices, doclrinaac sanctilate praeslanles, ob unum cliaraquai;doque vel alterum ex ils criminibus qnaî anatliemate a su< ris canouihus plectnntur, sic oxigentc Ecclesia; causa , contra i^ges ac principes contumr.ces ad lucc extreniu d(scendcrunl : verebimurne nos cornra exemplum tandem sequi, post lot facinoni, lam nefaria, tam alrocia, lam sacriliga, tatu ubiquc cognila, lani onujibus matiifcsla? Nonne nobis verendum est magis ne jure ac merito acciiscnmr, qui si ro id

» Mi.lth. XVIII, ']". — ° S. Croff. N.>>-.:or./., on.l. 17.

142 BlÉMOtRES SUR LE PONTIFICAT DE PIE VU.

dans une cause surtout où le dernier attentat porté à notre puissance temporelle, attentat qui met le comble à tous les autres, nous avertit que bientôt nous n'aurons plus la liberté de remplir cet important devoir de notre ministère apostolique ?

Aces causes ^ par L'autorité du Dieu tout-puissant , par celle des saints apôtres Pierre et Paul, et par la vôtre, nous déclarons que tous ceux qui, après l'invasion de Home et du territoire ecclésiastique , après la molation sacrilège du patrimoine de saittt Pierre, prince des apôtres, par les troupes françaises, ont commis à Rome et dans les Etats de l'Église , contre Içs immunités ecclésiastiques , contre les droits même temporels de l'Eglise et du Saint-Siège , les attentats ou quelques-uns des attentats qui ont excité nos justes plaintes dans les deux allocutions consistoriales ci-dessus mentionnées, dans plusieurs protestations et réclamations publiées par nos ordres; tous leurs commettants, fauteurs, conseillers ou adhérents; tous ceux enfin qui ont facilité l'exécution de ces violences , ou les ont exécutées par eux-mêmes, ont encouru ^excommunication majeure et autres censures et peines ecclésiastiques portées par les saints canons et constitutions apostoliques, par les décrets des conciles généraux, et notamment du saint concile de Trente; et au besoin nou^ les excommunions et anathématisons de nouveau, les déclarant par là même déchus de tous privilèges et induits accordés de quelque manière que ce soit, tant par nous que par nos prédécesseurs; nous voulons qu'ils ne puis-

nimis , quam quod aut temere, aut praecipilantcr fccerimus; praeserlim quum postremo hoc , et omnium quotquot liuc usque contra temporalem nostrum principatum patrala sunt, gravissinioque ausu admonearaur, integrura liberumqne nobis non foreamplius, ut huic lam gravi , tara necessario aposlolici minislçrii ooslri debilo satisfaciamus ?

HiNC, aucioritate ommj)olentis Dei, et sanctorum aposiolorum Pétri et Pauli, ac nostra, declaramus , eos omnes qui, post almce kujus urbis et diiionis ecclemisiicœ invasiouem , sacrilegamqiic beaii Pétri prinàpis aposiolorum pairimonii violaiionema GaUicis copiis attcnintam peraciamque, en de quitus in stipradictis duabus allocutionibus consisiorialibiis , pluribusque pvotestaiionibus et reclamatiouibus jussu no&tvo vidgaiis conquesii fuimus , inprœfata urbe et diiione Ecclesiœ contra ecclesiasticam immuintatem, contra Ecclesiœ atque hujits sanciœ sedisjura etiam temporalia , tel eorum aliqua perpetrarunt ; necnon illorum mandantes , (autores , consultores , adhœrentes , vel atios quoscumque prœdiciorum executionem procurantes, vel pcr se ipsos exequentes , majorem excommumcationem , aliasque censuras ac pœnas ecclesiasiicas , a sacris canonibiis, opostolicis constilutionibus et generalium concilioriim, Tiidentini pra'serlim ^, decrctis inflictas, iucurrisse ; et, si opus est, de nova excommunicamus et anathematizamus; necnon omnium et quorumcumque privilegioram , gratiarum et induUornm , seu a nobis, seu a Romanis pontificibus prœdecessoribus nostris , quomodolibet concessorum, amiisionia

* Session XXII, e. 4> de Reform^

DEi;Xli:.ME PARTIE. — DOCUMENTS. l43

sent être dciiés ni absous de ces censures par 'personne autre que nous-mêmes^ ou notre successeur {excepté néanmoins à l'article de la mort, et en cas de convalescence ils retombent sous les censures) ; nous les déclarons incapables et inhabiles à recevoir l* absolution jusqu'à ce qu'ils aient publiquement rétracté, révoqué, cassé et annulé tous leurs attentats, qu^ls aient pleinetnent et effectivement rétabli toutes choses dans leur premier état, et qu'au préalable ils aient satisfait, par une pénitence proportionnée à leurs crimes, à l'Église, au Saint- Siège et à nous. C'est pourquoi nous statuons et déclarons par la teneur des présentes que non-seulement les coupables dont il est fait mention spéciale, mais encore leurs successeurs aux places qu'ils occupent, ne pourront jamais, en vertu des présentes ni de quelque autre prétexte que ce soit, se croire exempts et dispensés de rétracter, révoquer, casser et annuler tous leurs attentats, r\i de satisfaire réellement et effectivement, au préalable et coiiime il convient, à l'Eglise, au Saint-Siège et à nous ; nous vouIoîîs au contraire que pour le présent et pour l'avenir cette obligation conserve sa foire, si jamais ils veident obtenir le bienfait de l'absolution.

Mais dans la nécessité où nous nous trouvons d'employer le glaive de lî^ sévérité que l'Eglise nous a remis, nous ne pouvons néanmoins oublier que nous tenons sur la terre, malgré notre indignité, la place de celui qui, en exerçant sa justice, ne cesse pas d'être le Dieu des miséricordes» C'est pourquoi nous défendons expressément, en vertu de la sainte obéissance, à tous les peuples chrétiens, et surtout à nos sujets, de causer, à l'occasion de ces présentes lettres , ou sous quelque prétexte que ce

pœims eo ipso pariier incurrisse ; nec a censurîs htijusmodi a quoquam , nisi a no bis , seu llomano poniifice pro temporc exisicnle {prœterquam in mortis arliculo, et tune ctim reincideniia in easdem censuras co ipso que convaluerint) absolvi ac liberari posse : ac insuper inhabiles et incapaces esse qui absolutionis beneficium consequantur , donec omnia qtiomodolibet attentata piiblice rétracta" verint , revocaverint , cassaverint et aboleverint , ac omnia in pristinum staiupi plenarie et cum effectu reintegraverint , vel alias débit am et condignam Ecclesiw oc nobis et huic sanctcc scdi saiisfactionem in prœmissis prœstiterini, Idciro iilos omnes , etiam specialissima meniiune dignos, necnon illorum siiccessores in offîciiSf a reiraciatione , revocadone, cassatione et aboliiione omnium ut supra attenta* torum per se ipsos facienda , vel alias débita et condigna Ecclesiœ ac nobis et dicter scdi satisfaciio>>e realiter cum effectu in eisdem prœmissis exhibenda, prœsentium titlcrarum, seu alio quocumque prœtexiu minime libéras et exemptas, sed semper ad liœc obligatos fore et esse, ut absolutionis beneficium obtincre valeant, earumdem tcnore prœsentium decernimuset pariter declaramus.

Dura vero Ecclesiae scvcrilalis gladiura evaginare cogiuiur, minime landem oblivisciraur lenere nos, licet immerenles , ejus locum in lenis qui , cum etiam exerit jusliliamsuam, non obliviscitur misereri. Quare subdilis in primis nostris, tum universis populischristlanis (in viitule sanclae obedientiae) praecipimus et jubemus, ne quisiisquosrespiciuntpraisenleslillerae, vel eoium bonis, juribus, praerogativi»

I4i AIL^îOlPJiS SIR l.i: l'ONTJFirAT OK VIV. Vil.

soit, le moindre tort, le moindre préjudice, le moindre dommage à ceux que regardent les présentes censures , soit dans leurs biens, soit dan^^ leurs droits ou prérogatives. Car en leur infligeant le genre de punition que Dieu a mis en notre pouvoir^ en vengeant ainsi les nombreux et sanglants outrages faits à Dieu et à son Eglise sainte, notre unique but est de ramènera nous ceux qui nous affligent aujourd'hni, afin qu'ils partagent nos afflictions, si Dieu leur accorde la grâce de la pénitence pour connaître la vérité.

Ainsi donc, levant les mains vers le Ciel dans l'humilité de notre cœur, nous recommandons à Dieu la juste cause pour laquelle nous combattons, puisqu'elle est plutôt la sienne que la nôtre; nous protestons de nouveau que, par le secours de sa grâce , nous sommes prêt à boire jusqu'à la lie, pour le bien de son Eglise , ce calice que lui-même a voulu boire le premier pour elle ; nous le prions, nous le conjurons par les entrailles de sa miséricorde de ne pas rejeter les prières ferventes que nous lui adressons jour et nuit pour la conversion et le salut de nos ennemis. Qu'il sera beau, qu'il sera doux pour nous le jour où, exaucé par la divine miséricorde, nous verrons ces mêmes enfants, qui nous causent aujourd'hui tant d'afflictions et de douleur, se jeter dans notre sein paternel, et se hâter de rentrer dans le bercail du Seigneur !

Nous voulons que les présentes lettres apostoliques et ce qu'elles contiennent ne puissent être impugnés , sous le prétexte que ceux qui y sont désignés , et tous ceux qui ont ou prétendent avoir intérêt

damnum , injuiiam, praejudicium, aut nocumenlum aliquod, earumdem lilleraruni occasione aut piailexlu, prœsunaal afferre. Nosenira, iii ipsos eo pœnarum génère quod Deus in polestale noslra constiluit animadvertenles, alque toi lamque graves in injurias Deo ejusque Ecclesiae sanctae illalas ulciscentes , id polissimum proponiinus nobis , ut, qui nos modo exercent^ converlantur et nobiscum exercenntur'^ , si forle, scilicel, Deus det illis pœnitetiiiavi ad cognoscendam verilatem \

Quare levantes manus noslras in cœlum in huniililate cordis noslri, dura Deo, cnjus est polius quam noslra, justissimam causam pro qua slamus, ilerum remiltinius et commendamus ilcrumque gratiae cjusauxilio paralos nos profitemur, usqiie ad fieceni, pro ejus Ecclesia, caliceni bibere quem ipse prior bibere pro eadem dlgnalus est ; euni per viscera miscricordiœ suap obsecramus obleslamurque ut quas, (liu nocluque, pro corum resipisccnlia ac salule, oraliones deprecationesque furidinius, ne desi^iciat atque aspernelur. Nobis cerle nulla la;lior ilia, nulla jucundior 11hieescel dies, qua Aideamus, divina nos exaudiente misericordia, fdios noslros, a quibus tanlae niint proficiscunlurin nos tribulationiim dolorisque causae, palernum In sinura noslrum confugere, el in ovile Domini regredi feslinanles.

Decernenles présentes lilteras, et in eis contenta quae^umque, etiam ex eo quod praîfati e! alii quicumque in praîmissis intéresse liabenles, seii habere quoraodolibel

' S, Ang. in Psalm. IJV, 1. — * F.pisi. Tî ad Timolli. II, 2r.,

nociLMr.Ms. 145

au contenu desdites lettres, de quelque état^ rang, ordre, prééminence et dignité qu'ils soient, quelque dignes qu'on les suppose d'une mention expresse et personnelle, n'y ont pas consenti , qu'ils n'ont pas été appelés, cités et entendus à l'effet des présentes, et que leurs raisons n'ont point été présentées, discutées et vérifiées. Ces mêmes lettres ne pourront également, et sous aucun prétexte, couleur ou motif, être considérées comme entachées du vice de subreption, d'obreption, de nullité ou du défaut d'intention de notre part ou de la part de ceux qui y ont intérêt. Le contenu de ces lettres ne pourra non plus, sous prétexte de tout autre défaut, être attaqué, enfreint, retouché, remis en discussion ou restreint dans les termes du droit. Il ne sera allégué contre elles ni le droit de réclamation verbale , ni celui de restitution dans l'entier état précédent, ou tout autre moyen de droit, de fait ou de grâce. Jamais on ne pourra leur opposer, ni en jugement, ni hors de jugement, aucun acte ou concession émané de notre propre mouvement, certaine science et plein pouvoir. Nous déclarons que lesdites lettres sont et demeureront fermes, valides et durables; qu'elles auront et sortiront leur entier et plein effet, et toutes leurs dispositions doivent être inviolablement et rigoureusement observées par ceux qu'elles concernent et intéressent ou qu'elles pourront concerner et intéresser dans la suite. Ainsi nous ordonnons à tous juges ordinaires ou délégués, aux auditeurs des causes de notre palais apostolique, aux cardinaux de la sainte Eglise romaine, aux légats a latere^ aux nonces du Saint-Siège et à tous autres, de quelque prééminence et pouvoir qu'ils soient ou seront revêtus, de s'y conformer dans leurs décisions et leurs

praetendenles, cujusvis status, gradus, ordinis, praeemiiientiae et dignitatis existant, seu alias specificael individua menîione et expressione digni illis non coiisenserint, sed ad ea vocali, cilali et audit), caiisœque propter quas piaesentes emanaverint, sufficienter adductaî , verificalae et jusiificatae non fueiinl, autex alla qualibel causa, colore, praetextu, et capite , nullo unquara tempore de subreplionis, vel obreptionis, autnullitalis vitio, aut intentionis nostrae, vel intéresse habentiura consensus, acalio quocumque defectu notari, impuguari, infiingi, retraclari, in controversiam vocari, aut ad terminosjuris reduci, seu adversus illas apeiilionis oris, reslilulionis in inîegrum, aliudve quodcnmque juris, facii, vel gratis remediuni inteutari, vel impelrarj, aut impetrato, seu eliani molu, scienlia, et potestatis plenitudine concesso et emanato, quempiara in judicio, vel extra illud uli, seu juvari ullo modo posse; sed ipsas prasenles liileras semper firmas, validas et efficaces exislere et fore, suosque plenarios et integros effectus sorliriet obtinere, ac ab illis ad quos spectaf, et pro tempore quandocumquespeclabit inviolabiliter et inconcusse observa ri; sicqueetnon aliterin praemissis, per quoscumque judiccs ordinarios, et delegalos etiam causarum palalii apostolici auditorcs, et sanctaeRomanaeEcclesiae cardinales, etiam de latere légales, et sedi» pracdicl* nuncios, aliosve qnoslibel quacnmquepr»eminenliaet potestate fuu« T. I. 10

jugements, ôtant à toute personne le pouvoir et la faculté de juger et d'interpréter autrement, et déclarant nul et invalide tout ce qui serait fait au préjudice des présentes, avec connaissance de cause ou par ignorance , et de quelque autorité qu'on ose se prévaloir.

Et autant qu'il en est besoin, nonobstant la règle de notre Chancellerie sur la conservation du droit acquis et toutes autres constitutions et décrets apostoliques accordés à quelques personnes que ce soit, de quelque manière qu'elles soient qualifiées et de quelque dignité ecclésiastique ou séculière qu'elles soient revêtues, quand bien même elles prétendraient avoir besoin d'une désignation expresse et spéciale, qu'elles se prévaudraient de clauses dérogatoires^ insolites et irritantes, et qu'elles réclameraient en leur faveur des règlements, des coutumes, des usages d'une antiquité immémoriale , autorisés par serment ou par le Saint-Siège, des privilèges et des décrets émanés du propre mouvement, de la certaine science et de la plénitude de la puissance du siège apostolique, en consistoire et ailleurs, et que ces concessions auraient été faites, publiées et plusieurs fois renouvelées, approuvées et confirmées. Nous déclarons que nous dérogeons par ces présentes d'une façon expresse et spéciale, et pour cette fois seulement, à ces constitutions, clauses, coutumes, privilèges, induits et actes quelconques, et nous entendons qu'il y soit dérogé, quoique ces actes ou quelques-uns d'eux n'aient pas été insérés ou spécifiés expressément dans les présentes, quelque dignes qu'on les suppose d'une mention spéciale, expresse et

gentes et funcluros, sublata eis et eorum cuilibet quavîs aliter judicandi et interpretandi facultaleet auctorilale.judicari etdeGniri debere,ac irrilum el inane, si secus super bis a qisoquam quavis aucloritale scieiitcr velignoranler contig[crilallestnri.

Non obslantibus praemissis, ac quatenus opus sit, noslra et Cancellaria? aposlolicae régula de jure qusesito non tollendo^aliisque coiislitutionibus et ordinalionibus apostolicis, nccnon quibusvis eliam juramento, confirmalioneaposloiica, vel quavis firmitate alia roboralis statulis, et consueludinibus, ac usibus et stylis etiam immemorabilibus, privilegîis quoque, indultis ac lilteris apostolicis priediclis, aliisque quibuslibet personis, eliam quacumque ecclesiastica , vcl mundana dignilale fulgenlibus, et alias quomodolibet qualilîcalis, ac spcciaJem expressionem requirenlibus sub quibuscumque verborum lenorlbns et formis. ac cutn quibusvis eliam derogatoriarum derogatoriis, aliisque efficacioribus, efficacissimis et insolilis clausulisiriitanlibusque, et aliis decretis, eliam motu, scicnlia, et poteslalis pleniludine siniilibus et consislorialiter, et alias quomodolibet in contrarium praemissorum concessis, edilis, faclis, acpluries ileralis, et quantiscumque vicibus approbalis, confiiniatls et innovalis. Quibus omnibus et singulis, cliamsi pro illorum sufficienli dcrogalionc de jllis, eorumque lolis tenoribus specialis, specifica, expressa el individua, ac de verbo ad verbum, non aulem per clausulas générales idem importâmes, nientio, fcu quwvis alia expro«sio habenda , aut aliqua alla exquiçila forma ad boc

Deuxième pahtie. — documents. 147

individuelle ou d'une forme particulière dans leur supposition ; voulant que les présentes aient la même force que si la teneur des constitutions à supprimer et celle des clauses spéciales à observer y étaient nommément et mot à mot exprimées, et qu'elles obtiennent leur plein et entier effet, nonobstant toutes choses à ce contraires.

Etant de notoriété publique qu'on ne peut en sûreté répandre les présentes lettres partout, et principalement dans les lieux où il serait le plus important qu'elles fussent connues, nous voulons que des exemplaires en soient , selon l'usage , publiés et affichés aux portes de l'église de Latran et de celle de Saint-Pierre , ainsi qu'à la Chancellerie apostolique, dans la grande cour, au mont Gitorio et à l'entrée du Champ~de-Flore, et qu'ainsi publiées et affichées , tous et chacun de ceux qu'elles concernent aient à s'y conformer, comme si elles leur eussent été intimées individuellement et nommément.

Nous voulons que les copies manuscrites ou imprimées de ces lettres, pourvu qu'elles soient signées par un notaire public et revêtues du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique, méritent dans tous les pays du monde, tant en jugement que dehors, la même foi et la même confiance que l'inspection même de la minute des présentes.

Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du Pêcheur, le 10 juin 1809, l'an X de notre pontificat.

Place du sceau, PjE vu, Pape.

servanda foret, tenores liujusmodi, ac si de vcibo ad verbuni nil peniliis oniisso, el forma in illis Iradila obseivata expr.mercntur et ii)screrentur, praesenlibus proplene et sufficienter exprcssis et inscrlishabenles, illis alias in mio lobore permansuris, ad prseraissorum effeclum bac vice dunlaxat si)eci;iliter et expresse derogamus, acderogatum esse volumus, cselerisque contraiiis quibuscumque no» obstanlibus,

Cum autem eaedem praîsenles litterae ubique, ac prœserlim in locis in quibus maxime opus esset, nequeanltule publicari, uli nolorie conslat, volumus illas, scu earum exempla ad valvas ecclrsiœ Laleranensis, etbasiiicœ Principis aposlolorum, necnoii Cancellariae apostoiicae, curiœ generalis in monte Cilatorio, et in acieCampi Florœ de urbe, ut raoris est, affigi et pubiicari, sicque publicatas et affixas, omnes clsingulos, quos illae concernuut, perindç arçtare ap si unicuiquç eorum norainalini el peisonaliler intimaîae fuissent,

VoUimus autem ut earumdem lilterarnm transumptis, scu exemplis cliara impressis, manu alicujus personae in dignilate ccclcsinslica constilutae miinilis, eadem prorsus fides ubique locorum et gentium, lam in iudicio quam extra iilud, ubique adiûbealur, qua adbiberelur ipsis praesenlibus, ac si furent exbibilas, vel oslensœ.

DalumRomae apud Sanclam-Mariam-Majorem, sub annulo Piscaloris, die décima mensisjunii 1809; ponlificalus nostri annodeciroo.

Loco t Sigilli, PicsP, P, VU,

148 MKMOinES SLR LK FOMIFICAT DR PIE VU.

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