‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 55 sur 142 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

QueCt nihihis qui videre.nemînî credibilia iunt^.

On est saisi d'étonnement et comme frappé de stupeur lorsqu'on jette un regard sur cette foule d'événements si rapides, si divers, si extraordinaires qui, depuis 1789, se pressent, se succèdent, et ont fait dire avec raison que la génération présente traverse plusieurs siècles à la fois. Si depuis cette époque jusqu'à nos jours les révolutions politiques ont fait plus d'une fois changer la face de l'Europe , les plus horribles tempêtes se sont aussi déchaînées contre l'Église catholique romaine. Lorsque, d'une extrémité de l'Europe à l'autre, des écrivains soi-disant philosophes prêchaient aux gouvernements et aux nations la philanthropie et la tolérance religieuse ; lorsqu'ils répétaient avec complaisance cette maxime de Voltaire , que « les philosophes ne veulent persécuter personne pour différence d'opinions religieuses, qu'ils n'ont jamais été et ne seront jamais persécuteurs , » on vit les coryphées de la secte qui résidait à Paris susciter contre l'Éghse deux violentes persécutions : la première en France, et la seconde en Italie. Dans la première, ils imitèrent l'exemple des Décius et des Dioclétien, et Paris, Lyon, Nantes et autres villes de France virent renouveler les scènes sanglantes des premiers martyrs. Convaincus par expérience que les persécutions sanguinaires sont plutôt favorables que nuisibles à l'Église, ils employèrent en Italie le système de persécution inventé par Julien l'Apostat, essayèrent de pervertir les bons par de perfides caresses ou par la terreur des menaces, et de lasser la patience du

* «Événements incroyables pour ceux qui n'en ont pas été témoins.» (Sallust., Catflin.s i 13.)

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clergé par l'exil, la spoliation et par toutes sortes d'opprobres et de souffrances; mais en France, comme en Italie, le clergé soutint courageusement la lutte, et les philosophes demeurèrent confondus en voyant briller d'un nouvel éclat et d'une nouvelle beauté cette Église qu'ils avaient voulu abaisser, anéantir.

Le clergé de France, à leurs yeux, était amolli, dégénéré, plongé tout entier dans les soins et les affaires du siècle, et dès lors incapable de résister à la séduction ou à la violence. Aussi ne fut-ce qu'avec un dépit mêlé de rage qu'ils virent plus de cent évêques et des milliers de prêtres affronter, aux yeux de l'Europe étonnée, l'exil, la pauvreté, la mort même, plutôt que de prêter un serment que condamnait hautement leur conscience. L'excessive condescendance de quelques pontifes pour les puissances séculières semblait leur promettre un triomphe assuré sur l'Église romaine, qu'ils désignent toujours sous le nom de cour de Rome ; mais quelle fut leur surprise quand ils virent cette Église, qu'ils croyaient dans la décrépitude, accablée sous le poids de dix-huit siècles, lever majestueusement la tête et reprendre toute la vigueur et tout l'éclat de sa première jeunesse ; quand ils entendirent de nouveau dans Rome le langage des Léon, des Grégoire et des Sixte ; quand, après plusieurs siècles d'un repos pacifique, ils virent, non un sévère Boniface YIII, ni un belliqueux Jules II, mais un pontife plein de clémence et de douceur, lancer ces foudres du Vatican que les philosophes, toujours en contradiction avec eux-mêmes, méprisent et redoutent tout à la fois ! La plupart des églises de l'État romain suivirent le glorieux exemple de leur mère, et leurs prêtres déportés en Corse et dans l'île de Gapraïa allèrent rappeler aux habitants de ces îles la vénérable mémoire des anciens confesseurs de la foi, que les empereurs de Rome et les rois ariens de l'Afrique y avaient jadis relégués. A la vue de ces exemples si admirables, des marques d'intérêt et des soins empressés que prodiguaient à ces illustres exilés toutes les nations de l'Europe , celles même qui étaient séparées de l'Église romaine et semblèrent alors réconciliées avec elle , les philosophes poussèrent des cris de rage et méditèrent de nouvelles persécutions, de nouveaux massacres. L'expérience de dix-huit siècles leur prouvait assez cependant que les plus rudes assauts contre l'Église et le Saint-Siège sont vains et impuissants, témoin ceux des Celse, des Porphyre, des Julien, des Voltaire, des Diderot, des d'Alembert ; et que, l'existence

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