‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 56 sur 142 · TROISIÈME PARTIE. — INTRODUCTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — INTRODUCTION

et la conservation de l'Église et du Saint-Siège n'étant pas l'ouvrage des hommes, les persécutions où l'on en vient jusqu'à répandre le . sang, au lieu de les restreindre ne font qu'étendre les limites du christianisme, selon cette belle et poétique pensée de Tertullien, que le sang des martyrs et une semence de nouveaux chrétiens : Sanguis martynim semen christianorum.

Au nombre des événements les plus extraordinaires de ces persécutions, nous devons comprendre la sacrilège usurpation du patrimoine de saint Pierre et l'enlèvement violent des souverains pontifes Pie YI et Pie VII : événements jusqu'alors inouïs et que les hommes les plus éclairés avaient même regardés comme impossibles. L'auteur de la fameuse défense du clergé gallican, attribuée à Bossuet, qui cherche, par ses raisonnements, à affaiblir et à restreindre la suprême juridiction des papes, déclare néanmoins hautement que les possessions de l'Eglise étant consacrées à Dieu ne peuvent, sans sacrilège, être envahies, usurpées et rendues à un usage séculier^. Nous pouvons citer les paroles d'un écrivain plus moderne, du célèbre Muratori, accusé par un journal romain d'avoir parlé avec une sorte de complaisance de la souveraineté des empereurs de Gonstanlinople sur Rome, de quelques actes d'autorité exercés par les empereurs de Germanie dans les domaines de l'Église, comme pour exciter leurs successeurs à revendiquer de prétendus droits sur ces mêmes domaines. Muratori repousse avec indignation cette accusation des journalistes romains, et se plaint amèrement de ce qu'ils mettent ses Annales d* Italie au nombre des livres les plus funestes à l'autorité temporelle des papes. Voici les paroles les plus remarquables de sa réponse : « Si jamais, par malheur, il se rencontrait un empereur assez pervers pour vouloir troubler la principauté ï*omaine, dont la possession est si légitimement acquise, si ancienne, marquée du sceau de tant de siècles, il n'aurait pas besoin de ces Annales pour faire le mal ; ses passions impies et désordonnées, voilà quels seraient ses conseillers ; mais il faut espérer qu'un semblable empereur ne se rencontrera jamais ^. » Ainsi pensait Muratori; et cependant, de nos jours, dans l'intervalle de quelques années, le grand sacrilège a été deux fois commis, et l'empereur per-

^ Ea ut dicata Deo, sacrosancta esse dehere, nec sine sacrîlegîo invadi^ rapi,

et ad secularia revocari posse. (Defensio declarationis cleri Gallicani, lib. I, c. XVI.) ^Amiali (fltalia^ tome XII, parte 2. Roma, anno 1754-

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vers ne s'est que trop rencontré. Elle fut bien plus étonnante encore la froide indifférence des gouvernements catholiques à la nouvelle de ces exécrables attentats. Jadis le monde apprit avec horreur l'arrestation de Boniface VIII par Guillaume de Nogaret, gentilhomme français , chargé par Philippe-le-Bei d'intimer au pontife l'appel de ses bulles au futur concile.. Notre Dante Alighieri , quoique Gibelin et l'ennemi particulier de Boniface, raconte avec horreur ce fait, qu'il compare à la scène impie et douloureuse du jardin des Oliviers :

Perche men paja il mal futuro e il fatto, Veggio in Alagna entrar lo fier d'aliso, E nel vicario suo Cristo esser cato* Veggiolo uu' altra volta esser deriso, Veggio riiinovellar l'aceto, o il fcle, E tra vivi ladroni esser' anciso.

Veggio il nuovo Pilato si crudele, Che ci6 nol sazia, ma senza décrète Porta nel tempio le cupide vêle *.

L'année suivante, Nogaret, bien moins coupable que Miollis 2 et Radet , fut obligé de comparaître en présence de Clément V, à Vienne en France , où se tenait un concile œcuménique , pour faire l'humble aveu de sa faute , et le pape , quoique français et peu favorable à la mémoire de Boniface VIII » lui pardonna , mais sous la condition qu'il irait en terre sainte et qu'il y passerait cinq ans. Plus tard , l'Europe s'émut encore à la nouvelle de la détention du pape Clément VII dans le château de Saint-Ange , investi par l'armée hispanico-germaine de Charles V. Aussitôt les cours catholiques ouvrirent des négociations dont l'objet principal devait être la délivrance du pontife ; et cet astucieux et politique empereur, pour éloigner de lui l'odieux de cette sacrilège opération et en imposer aux peuples , ordonna dans toutes les Espagnes des prières publiques et des processions pour la liberté

* a Serait-ce pour voiler une scène d'horreurs que je vois l'étendard des lis s'av&ncer vers Anagni? Le Christ, dans la personne de son vicaire, est fait prisonnier par une soldatesque impie. Je le vois de nouveau bafoué, abreuvé de flel et de vinaigre, immolé entre des larrons. Je vois un nouveau Pilate, non moins cruel qu'avide, porter dans le temple ses mains sacrilèges. » {Le Purgatoire» chant XX.)

2 Lorsque les Bourbons remontèrent sur le trône de France, le général Miollis eut une audience particulière du roi Louis XVïII, fut décoré de l'ordre de Saint- Louis et obtint le gouvernement de Marseille.

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du pape que ses troupes tenaient en captivité. Les nations frémirent aussi , n'en doutons pas , à la nouvelle de la déportation violente de Pié VI et de Pie VII ; et cependant aucune réclamation ne se fit entendre i pas une voix protectrice ne descendit des trônes catholiques eii faveur de ces illustres captifs. Dieu l'a permis pour faire comme toucher du doigt aux incrédules que la conservation et la prospérité de l'Eglise sont uniquement l'ouvrage de sa providence , et pour rendre à jamais mémorable la leçon que les papes lisent si souvent dans les saintes Ecritures , de ne point mettre leur confiance dans les princes de la terre. Depuis longtemps on n'a que trop oublié à Rome ce conseil divin; et quels ont été les fruits de cette conduite? Mais jetons un voile sur dés événements déjà bien loin de nous ; il suffit de nous rappeler l'histoire du pontificat de Pie VII. Chaque demande, chaque désir de Napoléon Bonaparte devint longtemps une loi pour Rome. Le meilleur des pontifes s'était laissé persuader qu'il avait trouvé en cet homme un protecteur et un ami ; mais lorsque , renfermés sous clef dans une voiture , nous étions conduits en France comme deux malfaiteurs , il me tint un langage bien différent.

Nous avons dit que la Providence a voulu donner aux incrédules mêmes une preuve évidente que la conservation de l'Eglise est son ouvrage tout entier , et qu'elle seule préside aux événements heureux pour le Saint-Siège ; considérée sous ce point de vue, l'histoire de nos jours nous offre le plus puissant intérêt. C'est un article de foi pour les catholiques que le doigt de Dieu dirige tous les événements humains , quoiqu'on puisse dire en quelque sorte qu'il ne se montre pas toujours manifestement à nos yeux. Mais de nos temps, comme dans les premiers siècles de l'Eglise , Dieu a voulu imprimer aux événements le sceau visible de sa toute-puissance , pour forcer les hommes les moins religieux à s'écrier : Digitus Dei est hic. Qui pourrait , en effet , méconnaître les signes manifestes , incontestables, de cette main toute-puissante : 1° dans l'évacuation de l'Italie par les Français en 1799, peu de jours avant la mort du grand pontife Pie VI , en sorte que les membres dispersés du sacré collège eurent précisément le temps nécessaire pour se rendre à Venise et y procéder, en pleine liberté et avec les cérémonies d'usage, à l'élection d'un nouveau pontife ; 2° dans la restitution des domaines de l'Eglise , restitution voulue et opérée par des princes séparés de la com-

ib'G MÉMOIRES SUR LE POMIFICAT DE PIE VIL

munion romaine et par l'ennemi même du nom chrétien , comme en a été témoin Ancône , que les Anglais , les Russes et les Mahométans investirent pour la rendre à son souverain légitime ; 3° dans les prompts et terribles effets de l'excommunication sur la destinée de Napoléon , dont la prospérité prodigieuse commença dès lors a décliner ; et bientôt celui qui avait fait taire et trembler l'Europe se vit, comme un nouveau Nabuchodonosor, séquestré de la société des hommes et relégué sur un rocher, où il termina tristement ses jours, abandonné des siens et livré à ses plus cruels ennemis ; 4** dans la fm tragique et lamentable d'Alexandre Berthier , de Saliceti et de Murât , complices et exécuteurs des deux sacrilèges usurpations de Rome; ces hommes pourront fournir un jour à quelque nouveau Lactance * des sujets à placer dans ses lugubres tableaux. Cette légère et rapide esquisse sur la dernière révolution de l'Eglise suffit pour nous faire concevoir combien l'histoire fidèle de nos jours , si elle était retracée par une main habile , deviendrait intéressante et instructive pour la postérité.

Mais comment pourrait-on écrire cette histoire fidèle , si ceux qui ont été témoins oculaires de plusieurs faits , ceux qui ont eu part aux événements , soit comme acteurs , soit comme victimes , ne fournissent des documents exacts , véridiques et impartiaux ? D'un côté , la philosophie est là , qui se hâte de s'emparer de l'histoire pour présenter les faits sous un jour défavorable à l'Eglise , pour obscurcir les plus belles actions des papes en peignant sous les plus noires couleurs quelques actes de faiblesse , malheureux tributs qu'ils ont quelquefois payés à l'humanité ; et , d'un autre côté , nous avons à craindre que des écrivains bien intentionnés , mais peu judicieux, n'altèrent la vérité en puisant aveuglément à la source abondante des anecdotes et des ouï-dire. J'ai lu plusieurs ouvrages publiés en France, en Allemagne, en Italie, sur la dernière révolution de Rome, et j'y ai trouvé tant d'erreurs , tant de faits controuvés ou défigurés , que si quelque auteur venait à écrire l'histoire de cette époque sur la foi des chroniques contemporaines , il ne transmettrait qu'un roman bizarre à la postérité. Je vais le prouver par quelques exemples. Il ebt notoire que, dans la mémorable journée où furent affichées à Rome

* Il a écrit un traité Sur la fin mal/ieureuse des persécuteurs de l'Église.

TnoisiL>iK PAr.TiE. — introdi otion. î57

des copies authentiques de la bulle d'excommunication contre les auteurs et exécuteurs de l'usurpation sacrilège de Rome , le souverain pontife était renfermé à Monte-Cavallo , et que les sentinelles placées près de la porte ne laissaient entrer et sortir que les serviteurs particuliers du pape. J'ai lu cependant dans un ouvrage allemand intitulé : Sur Pie VII * , que ce même jour il y eut une chapelle papale à Monte-Cavallo , et qu'après la cérémonie le pape prononça un discours énergique dans lequel , après avoir raconté les événements arrivés à Rome depuis l'entrée des Français , « en vertu de son ministère sacré et de sa sublime dignité de vicaire du Christ sur la terre, il anathématisa Napoléon et tous ceux qui avaient pu lui conseiller d'agir contre le bien de l'Eglise. » Ce qu'il y a de curieux , c'est que l'auteur assure qu'il a été présent à ce spectacle et qu'il a entendu le pape prononcer ces paroles. Quelques pieux ecclésiastiques français racontent , dans de courts Mémoires , que, la nuit oii les Français arrachèrent Pie VII du palais Quirinal, Radet, dans sa précipitation , fit lier avec des cordes et descendre le pape par une fenêtre du haut du Quirinal : circonstance aussi fausse que ridicule , dont Radet se plaignit au Saint-Père dans une lettre que je conserve encore ^. Vers la fin de 1809, Napoléon appela à Paris tous les cardinaux qui étaient en état de supporter le voyage , et , au commencement de 1810, on vit dans cette capitale vingt-neuf cardinaux, dont trois français, Fesch, Cambacérès et Maury ; cinq appartenaient à l'ordre des évêques suburbicaires , dix-neuf à l'ordre des prêtres , et cinq à l'ordre des diacres. L'ordre des prêtres comprenait dixsept évêques , et dans l'ordre des diacres étaient compris le cardinal de Rayanne , prêtre, et Albani , le seul qui ne fût pas dans les ordres sacrés. Il y avait donc vingt-deux évêques , trois prêtres et Jquatre diacres. Or M. de Pradt , auteur de différents ouvrages condamnés par le Saint-Siège , qui avait connu à Paris les cardinaux dont nous venons de parler , a l'audace , dans son Concordat d'Amérique , de séparer le cardinalat de tout caractère religieux. « A proprement parler, dit-il, le cardinalat n'est que le cordon bleu de Rome; » et là-dessus il s'étonne que les affaires capitales de l'Eghse soient déci-

* Par Alexandre Rennenlempff. Le Correspondant prussien a rendu compte de cet ouvrage, n«* 134, 135, 136, anni^e 1812. 2 yoy. les documents phict^s h la fin de la troisième partie, n* I.

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dées par uii corps qui n'est pas religieux ; que le chef du culte catholique soit élu par des hommes qui n'appartiennent en rien à l'ordre ecclésiastique , et puisse même être choisi parmi les laïques. Il cherche à prouver son assertion par une note dans laquelle il affirme qu'on avait vu à Paris , dans l'état laïque , le cardinal Albanî , doyen du sacré collège, lequel , depuis la mort de son frère , avait remis le chapeau et s'était marié. D'un autre côté, Savary, autrement dit duc de Rovigo , ministre de la police générale sous Bonaparte , vient de publier des Mémoires qui sont un perpétuel panégyrique de son héros, qu'il orne avec une emphase presque burlesque de toutes sortes de vertus , modération , clémence , loyauté , reconnaissance , générosité , tandis qu'il peint sous les plus noires couleurs le meilleur des pontifes, auquel il prodigue les épithètes d'entêté, d'opiniâtre, de dissimulé et même d'avare. Voici ses paroles sur ce dernier article : (( Le pape était avare, et, malgré que l'on eût pourvu amplement à tous ses besoins, il comptait fort exactement quelques douzaines de pièces d'or qu'il avait dans son secrétaire. Il savait le compte des moindres objets de toilette, depuis les simarres jusqu'aux bas et menu linge i. » On se demande comment un homme a osé , quelques années après la mort de Pie VII , publier un mensonge aussi impudent ; comment il a pu accuser de la plus sordide avarice le pontife bienfaisant et généreux auquel on ne tendit jamais en vain une main suppUante ; le pontife qui consacrait tous ses revenus à des actes de charité chrétienne ; le pontife enfin qui , après vingt-quatre ans de règne , laissa un héritage si chétif qu'il fallut, pour l'exécution de son testament , vendre à l'encan tous ses meubles , dont on retira une somme inférieure à celle que produit quelquefois la vente du mohilier d'un simple particulier. Mais , de tous les auteurs , celui qui m'a le plus étonné^ c'est le comte Verri , qui est mort depuis quelques années à Rome. Ce célèbre littérateur , écrivain pur et élégant , a laissé un manuscrit sur h dernière révolution de Rome. II était dans cette ville en 1808 et en 1809 , lorsque les Français en prirent possession, chassèrent les cardinaux et les prélats, et enlevèrent Pie VII. Après avoir demandé aux serviteurs du pape des détails particuliers sur son séjour et sa captivité à Savone , il rédigea un précis historique

« Tome VI, page 72,

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intitulé: Lutte du sacerdoce et de l'empire , ouvrage dans lequel j'ai trouvé plus de trente erreurs de fait : heureusement que cette histoire n'a pas été publiée. Au nombre des faussetés que Ton répandit dans le temps de la captivité du pape^ on doit comprendre les extases , les visions et les prétendus miracles opérés à Savone. Nous pensons dans notre faible intelligence que la sublime dignité de chef suprême de l'Eglise , alors méprisée , foulée aux pieds , que les vertus non ordinaires de Pie VII et celles de son respectable clergé auraient pu lui mériter du Ciel , pour confondre l'incrédulité triomphante , le don des opérations miraculeuses dont parle saint Paul : Signa infidelibus; mais Dieu, dont les jugements tendent toujours au vrai bien de l'Eglise , n'a pas accordé à cet innocent pontife persécuté cette faveur extraordinaire , et ce n'est qu'une malice impie ou un zèle bien peu éclairé qui a pu inventer et publier les prétendus miracles de Savone.

Pendant mon séjour à Fontainebleau je prévoyais cette publication, je dirai presque cette inondation d'écrits mensongers qui permettraient difficilement aux historiens futurs de discerner la vérité au milieu de tant d'erreurs et d'impostures. C'était le sujet assez fréquent de mes entretiens avec mes collègues, et je me souviens que, parmi les beaux projets que nous faisions alors, nous formâmes celui défaire rédiger, par un écrivain sage et habile, l'histoire des grands événements du pontificat de Pie VII, si la divine Providence permettait que nous fussions un jour réunis autour du trône pontifical. Dans cette pensée, je pris le parti de noter avec exactitude tout ce dont j'étais témoin, espérant rédiger un jour des Mémoires à mon loisir; mais le nombre presque infini de mes occupations, et le besoin de repos que j'ai toujours eu dans les vacances d'automne, pour réparer mes forces épuisées, m'ont empêché pendant quelques années de me livrer à ce travail. J'avais même presque déjà renoncé à ce projet, lorsque les instances réitérées de mes parents et de mes amis» l'espoir de fournir des documents utiles à l'histoire, et le désir bien vif de témoigner à la nation française toute ma reconnaissance m'ont enfin déterminé à prendre la plume. Pour ce qui regarde ce dernier motif, je dois dire que bien des personnes considéraient avec le plus grand étonnement la guerre injuste de la France contre Rome ; il leur paraissait étrange que ce beau pays, qui avait toujours été l'asile des

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souverains pontifes persécutés, fût devenu pour eux la terre d'un douloureux exil, et que l'illustre nation française, à laquelle on doit en grande partie la puissance temporelle du Saint-Siège, et qui se glorifiait avec raison d'en être la plus puissante protectrice, eût tout à coup répudié ce rôle bienfaisant pour commettre deux fois le plus exécrable sacrilège. Mais ces Mémoires prouveront que l'on doit séparer la nation française de celui qui aima mieux mériter le titre ignominieux de persécuteur de l'Eglise que de suivre le glorieux exemple des Charles Martel, des Pépin et des Charlemagne. Si les horreurs de la révolution française sont destinées à épouvanter les générations futures, à la honte éternelle du siècle des lumières et de la philanthropie, il est juste aussi que la postérité connaisse les actions vertueuses de la grande partie de cette nation qui marche sur les traces de ses ancêtres; qui, loin de plier le genou devant Baal, se distingua par sa soumission et son obéissance au Saint-Siège ; et nous, cardinaux, qui avons été environnés en France d'hommages et de respect, qui avons été si généreusement secourus dans notre détresse, nous manquerions au devoir sacré de la reconnaissance si nous ne cherchions, en publiant tant de bienfaits, à lui payer ce léger tribut de notre profonde gratitude. Pie VII et les cardinaux ont pu dire de nos temps ce que disait l'immortel Baronius : <( que la France est un port sûr et ami, toujours ouvert au vaisseau de Pierre, tourmenté par la tempête : » Galliam portum Romanœ Ecclesiœ, fluctuantis naviculcB Pétri ^,

* Baronius ad ann. 1118, page 14.

iV. B, J'ai fait quelques additions à mes Mémoires, soit pour confirmer ce que j'avais déjà écrit, soit pour réfuter quelques historiens français qui ont souvent imité le langage du loup à l'agneau^ en attribuant à Pie VU des faits calomnieux pour justifier Napoléon.

MEMOIRES

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