PREMIÈRE PARTIE
sang • ; des hommes enfin, ce qui était alors si important, d'une conduite irréprochable, hommage que doivent leur rendre et la capitale et les divers pays de la France où ils furent si arbitrairement exilés.
Après la solennelle cérémonie du sacre de l'empereur. Pie VII était depuis peu revenu à Rome ; les conseillers de ce voyage, de cette grande condescendance, se livraient à l'espérance d'en recueillir bientôt les heureux fruits, lorsque tout à coup la bonne harmonie qui paraissait régner entre Pie VII et Napoléon commença à s'altérer à l'occasion de quelques légers différends 2 entre le cardinal Fesch, ministre de France à Rome, et le cardinal Consalvi, secrétaire d'Etat. Quelque temps après, un corps de troupes françaises part du royaume de Naples, s'empare d'Ancône et y établit garnison. Il est facile de concevoir quelles durent être la surprise, la douleur, la juste indignation du pape en voyant d'une part tant de concessions, tant de condescendance pour l'empereur, payées par tant d'ingratitude, et, d'autre part, les suites funestes que pouvait entraîner cette injuste occupation; car les puissances en guerre contre la France pouvaient supposer qu'elle était le résultat d'un plan concerté entre l'empereur et le pape, ce qui leur aurait fourni de justes motifs de se plaindre de la violation de la neutralité, et d'user de représailles contre le port d'Ancône et le littoral de l'Adriatique, dépendant de l'Etat pontifical. Pie VII s'empressa d'écrire lui-même à l'empereur pour réclamer contre l'occupation d'Ancône et demander la prompte évacuation de cette place. Dans cette lettre, le Saint-Père laissa échapper une proposition qui sonne mal en diplomatie. « En cas de refus de l'évacuation d'Ancône, (( nous ne verrions pas, disait-il, comment pourrait se concilier avec (( notre dignité la continuation des rapports avec le ministre de Votre « Majesté à Rome. »
Profitant de ces paroles pour y voir une menace de rupture, Napo-
* Serment exigé des cardinaux à leur exaltation.
2 Voici quelle en fut la cause. Quelques mauvais sujets Romains, portant la cocarde française, se prirent de querelle la nuit avec deux vendeurs de concombres de la place Navonne et les tuèrent. Le bruit se répandit d'abord que les assassins étaient Français, et le cardinal Fesch, croyant voir dans cette scène sanglante un moyeu d'intrigue dont le but était d'allumer le feu contre les Français, adressa au cardinal Consalvi des réclamations qui étaient loin d'être modérées.
{Note du traducteur.)
léon adressa au pape une réponse pleine d'expressions amères, d'injures triviales, indignes du souverain qui les employait et du vénérable pontife contre qui elles étaient dirigées. « Votre Sainteté, disait-il, (( avait intérêt à voir la forteresse d'Ancône plutôt dans mes mains « que dans celles des Anglais et des Turcs ; je me suis considéré (( comme le protecteur du Saint-Siège, et, à ce titre, j'ai occupé An- « cône pour la mettre à l'abri d'être souillée par les Grecs et les Mu- {( sulmans. Votre Sainteté est libre de renvoyer mon ministre et d'ac- « cueillir de préférence et les Anglais et le calife de Constantinople. )> La lettre était datée de Munich, le 7 janvier 1806, trente-six jours après la bataille d'Austerlitz.
Pie VII, le cœur plein d'amertume et d'affliction, fit à l'empereur une réponse admirable de noblesse, de courage et de résignation, justifia sa proposition, interprétée si défavorablement, et prit la défense de ses ministres, particulièrement du cardinal Consalvi, accusés d'être les ennemis de la France, les conseillers, les instigateurs de toutes les résolutions du pape. Il recommandait à l 'empereur les intérêts de la religion dans les Etats vénitiens, dont il était devenu souverain, en ajoutant ces paroles remarquables : « Cet agrandissement (( de ses Etats en Italie nous fait espérer qu'il est arrivé le temps (( opportun de voir se réaliser par Votre Majesté les espérances qu*eUe (( ne nous a jamais enlevées, que le patrimoine de saint Pierre ne s'af- (( fligera pas plus longtemps de la perte des trois Légations, faite dans « la Révolution. »
Cette proposition révèle la mauvaise foi de l'empereur, qui avait fait espérer à Pie VII la restitution des trois Légations, tandis qu'il nourrissait le coupable dessein de s'emparer de tous les Etats de l'Église. Le pape le priait encore de « faire cesser à Ancône les mesures de guerre, si dispendieuses, si nuisibles au bien-être de cette ville, et de la rendre à l'état pacifique dont elle jouissait avant l'occupation. » Il lui. exposait ensuite la situation déplorable du trésor pontifical, et demandait le remboursement des nombreuses avances faites pour l'armée impériale. «Nous avons, disait-il, employé à cet usage tous les « fonds que nous avions, et nous avons même affecté d'avance, pour « les payements définitifs, les revenus qui doivent écheoir d'ici à cinq (( mois. » Enfin, il terminait ainsi : « Cette liberté de langage sera pour (( Votre Majesté une arrhe de notre confiance en vous. Si l'état de tri-