‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 61 sur 142 · JIEMOIUKS SLIt IV l'OXTIFICAT 1»E ÏM Vil · texte numérisé non relu

JIEMOIUKS SLIt IV l'OXTIFICAT 1»E ÏM Vil

marquis de Valenza, des comtes d'Obidos, familles sur lesquellt-s la cour de Portugal avait versé les faveurs à pleines mains. L'officier Galliot, s'imaginant que je serais bien aise de m'aboucher avec quelqu'un de ces officiers, me prévint qu'il ne pourrait me le permettre. Je lui répondis que, quand même j'en aurais la permission, je ne voudrais pas parler à des officiers que leur conduite déshonorait à mes yeux. « Vous avez raison , répliqua Galliot , ils ne méritent aucun (( égard ceux qui trahissent leur patrie. — Ces sentiments, lui dis-je , (( sont dignes d'un brave et honorable militaire français. » Cette anecdote me rappelle que, pendant mon séjour à Cologne, j'appris des émigrés français que plusieurs gentilshommes, comblés des bienfaits de Louis XVI et de Marie-Antoinette , furent les premiers, lorsque la révolution de 1789 éclata, à passer dans le camp des rebelles, et qu'ils devinrent les plus implacables ennemis de la cour. Certes on doit plaindre les souverains dont les bienfaits sont payés par une aussi noire ingratitude ; mais si , dans la distribution des grâces et des faveurs, ilsoubhent que les récompenses ne sont faites que pour le mérite, quel droit ont-ils de se plaindre ? Je reviens à mon journal.

Sur mes instantes prières, on me dressa un autel dans une chambre , et l'on m'apporta de la bibliothèque publique quelques classiques français.

Le dimanche 23 juillet, j'engageai l'officier Galliot à m'envoyer un confesseur approuvé ; mais il me répondit qu'on lui avait expressément défendu de laisser entrer aucun ecclésiastique : il écrivit cependant au maire pour lui communiquer ma demande , et, quelque temps après , je vis arriver un prêtre. Je lui lis d'abord quelques questions pour savoir quelle avait été sa conduite dans le funeste schisme de France, etm'assurer s'il n'avait pas été un des prêtres intrus constitutionnels; car les bons catholiques eussent été scandalisés s'ils avaient appris que je me fusse confessé à un de ces ecclésiastiques. Plusieurs dames assistèrent à ma messe avec un recueillement, une modestie et une dévotion qui m'édifièrent beaucoup. Croira-t-on que, pendant que j'offrais le saint sacrifice, les francs-maçons, réunis dans l'appartement au-dessus de nous , recevaient dans leur société ou avançaient en grade le^ colonel Boissard , qui était chargé de garder le Saint-Père dans sa prison, et qui l'avait escorté jusqu'à Grenoble ? J'ai cru que cette circonstance méritait d'être remarquée.

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Le 25 , le confesseur se présenta de nouveau ; mais l'ofTicier de garde l'empêcha d'entrer. On s'adressa à Galliot , qui répondit qu'il lui était défendu de le laisser entrer , et que M. le maire avait reçu des reproches de la préfecture pour la permission qu'il avait donnée le dimanche précédent , mais qu'au reste on attendait de Paris de nouvelles instructions. Je dis néanmoins la messe et je donnai la communion à quatre jeunes femmes de qualité , du nombre de celles qui étaient venues au-devant de nous sur la route de Grenoble, et qui avaient jeté des fleurs dans la voiture.

Le 26, plusieurs dames et quelques hommes, auxquels on permit d'entrer, assistèrent à ma messe ; les ecclésiastiques furent toujours repoussés. Le même jour, une dame, munie d'une permission écrite du général Costantini, fut introduite dans l'hôtel ; elle était accompagnée de son fils, d'une religieuse et d'une vieille femme qu'elle me dépeignit comme une sainte qui lui avait prédit ce qui arrivait alors au pape. Pour bien comprendre l'objet de cette visite , il est nécessaire de savoir que le clergé français se divisait alors en quatre classes, pour ne pas dire en sept. La première comprenait les prêtres constitutionnels. Ces hommes, infectés de jansénisme, toujours sourds à la voix de Rome, n'avaient point rétracté le serment de la constitution civile du clergé, malgré la condamnation du pape Pie VI, et en 1801, quoique dévoués au gouvernement, ils ne voulurent pas, en haine du Saint-Siège, se soumettre au concordat conclu entre Pie VII et le premier consul. La seconde classe, plus nombreuse que la première, était composée d'ecclésiastiques qui , après avoir refusé de rétracter le serment de la constitution civile du clergé , malgré la décision du souverain pontife, se soumirent en 1801 au Concordat], soit par repentir de leur faute passée, soit pour recevoir un traitement de l'Etat. La troisième classe comprenait les ecclésiastiques appelés puristes: ces prêtres qui, par un zèle digne de tout éloge, étaient restés sous le glaive de la persécution pour administrer les secours de la religion aux bons catholiques, refusèrent, après la publication du Concordat, de se soumettre à la bulle et aux brefs du souverain pontife Les hommes bien connus par leur haine pour l'Église, qu'ils voyaient à la tête du gouvernement, leur inspirèrent la crainte que ce Concordat ne fût un nouveau piège tendu au clergé. Les uns le regardèrent comme faux et apocryphe ; d'autres crurent qu'il avait été altéré par T. I. 12

le gouvernement, et la malicieuse publication des articles organiques ne contribua pas peu à les confirmer dans cette opinion. Quelques-uns allaient jusqu'à dire que le Concordat était nul , sans valeur , parce que le pape ne l'avait signé que sous l'empire de la violence. A ces derniers se joignirent les prêtres qui partageaient l'opinion des évoques réfugiés en Allemagne et en Angleterre, lesquels refusèrent d'obéir au Concordat et se regardèrent toujours comme les pasteurs légitimes de leurs Eglises. La classe des puristes produisit plus tard un schisme, et quelques prêtres français, aussi frénétiques que lesdonatistes, osèrent se proclamer les seuls catholiques du monde , en déclarant que le pape et le reste de l'Eglise étaient tombés dans l'erreur. Enfin la quatrième classe comprenait les ecclésiastiques qui , dans tous les temps , étaient demeurés inébranlables dans leur attachement et leur soumission à la chaire de saint Pierre. Je reviens maintenant à mon récit.

Les dames qui vinrent me trouver avaient probablement un prêtre puriste pour directeur , et refusaient de reconnaître pour leurs pasteurs légitimes l'évêque de Grenoble , Mgr Simon , et le curé qu'il avait nommé. Quelques paroles du fils me firent comprendre qu'une personne sage leur avait conseillé de s'aboucher avec moi, pour savoir si elles pouvaient légitimement demeurer séparées de leurs pasteurs. Après les avoir laissé parler librement, je leur répondis que le Concordat, publié parle gouvernement français et revêtu de la signature du cardinal Consalvi et des plénipotentiaires du premier consul, avait réellement été ratifié par le pape ; que le nouvel évêque de Grenoble, qui avait reçu sa bulle de confirmation en vertu de ce traité, était leur pasteur légitime et qu'elles devaient le reconnaître comme tel ; que leur conduite jusqu'alors pouvait s'excuser, en quelque sorte, par la droiture de leurs intentions, mais qu'elles devaient se hâter de se réunir à leurs pasteurs légitimes. J'ajoutai que le Saint-Siège avait protesté contre les articles organiques , et avait refusé d'approuver différents décrets du cardinal légat. Mes paroles parurent faire quelque impression sur l'esprit de la dame et de la religieuse , mais la vieille dame demeura inébranlable dans son obstination. Elle soutenait que le Concordat était sans valeur, parce que le pape n'avait jamais joui d'une entière liberté. « Le Saint-Père a toujours été dans les « fers , le Saint-Père a toujours été dans les fers ; )> c'était sa ré-

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