‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 76 sur 142 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je ne doute point que certaines personnes ne blâment l'ingénuité avec laquelle j'ai raconté quelques actions du grand pontife Pie VII, qui lui coûtèrent des larmes si abondantes et si amères. Ces personnes se persuaderont que cette franchise pourra imire à sa réputation, à la vénération qui est attachée à sa mémoire; elles se seraient flattées peut-être que le temps aurait fini par jeter un voile sur ces faits, et qu'on aurait pu par la suite les ranger au nombre des mensonges historiques. Pour moi, je ne suis nullement de leur avis, et je les crois dans l'erreur. On a pu pendant quelque temps, en Italie, à Rome , en France même , ignorer les circonstances qui ont amené le concordat de Fontainebleau; et, dans le fait, la première lecture de ces articles si étranges, et si peu conformes à la discipline de l'Église, fit d'abord généralement croire qu'ils n'étaient qu'une pure invention pohtique du gouvernement français. Mais quelques années après, les ennemis de Pie VII n'ont pas manqué de faire imprimer ou de répandre dans la chrétienté les documents authentiques des concessions faites à Savone et à Fontainebleau. M. de Barrai , archevêque de Tours, un des principaux agents du gouvernement français dans cette malheureuse négociation , a livré à l'impression un ouvrage intitulé : Fragments relatifs à l'histoire ectlésiastique des 'premières années du XIX*" siècle , où il rapporte fidèlement les concessions faites à Savone par le souverain pontife. Un minisire de Napoléon a pubhé aussi d'autres documents, et plusieurs ecclésiastiques français, qui avaient refusé de se soumettre au concordat de 1801, ont tout dévoilé avec une téméraire franchise. Ces hommes, qui sont restés dans la révolte et sourds à la voix de Pie VII, ont poussé leur impudente audace

jusqu'à accuser le souverain pontife d'être tombé dans l'erreur et l'hérésie ; mais ces injustes censeurs n'ont pas parlé des artifices, des violences et des vexations dont on s'était servi pour entraîner, ou plutôt pour forcer le pape à faire de pareilles concessions ; aucun d'eux n'a fait connaître la pureté , je dirai plus , la sainteté de ses intentions , quand il a cru devoir céder sur des articles qui pouvaient être préjudiciables à l'Église ; aucun d'eux enfin n'a parlé de son sincère repentir et des actes de sa profonde humilité , qui arrachèrent des larmes à tous les membres du sacré' collège , et qui , loin d'affaiblir pour l'auguste chef de l'Église leur attachement et leur respect , ne firent au contraire que les augmenter. 11 importe de faire connaître ce que les ennemis de l'immortel Pie Vil ont caché avec tant de soin ; c'est le motif qui m'a décidé à publier la suite de ces Mémoires.

11 m'eût été facile d'imiter ce peintre qui , voulant faire le portrait d'un grand personnage qui avait un défaut remarquable à un œil , inventa , dit-on , le profil , et par ce moyen put ne peindre de ce personnage que la partie du visage qui était sans défaut. Mais ce n'est point le panégyrique de Pie Vil que je prétonds écrire ; je veux seulement fournir à l'histoire des documents exacts et véridiques sur son glorieux pontificat. Le grand cardinal Pallavicini, dans une lettre qu'il écrivait de Piome, le 2 mars 1658, au marquis Jean-Luc Durazzo, se justifie d'avoir, dans sa fameuse histoire du concile de Trente , parlé des défauts d'un pontife , et, tout en rendant justice à sa piété et à sa doctrine , de n'avoir point dissimulé ses actions blâmables. On remarque dans cette lettre le passage suivant : Lo storico non è panegirùta , e Ipdando meno, loda assai più di quaiunquc panegirista; « l'historien n'est pas un panégyriste, et quelque réservées que soient ses louanges , elles font toujours plus d'effet que celles d'un panégyriste. » Or, j'ose le dire, la simple lecture des faits contenus dans cette partie de l'ouvrage mettra dans un plus beau jour les vertus de Pie VII , que n'auraient pu faire les plus belles oraisons funèbres prononcées en son honneur. Dans de semblables compositions oratoires , si le panégyriste se fait remarquer par son éloquence, c'est toujours aux dépens de celui dont il fait l'éloge; et si tôt ou tard la vérité doit se faire jour , il vaut mieux sur-le-champ la dire tout entière. Les auteurs sacrés ont parlé dans l'Ancien-Te^-»

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