‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 77 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE. INTRODUCTION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. INTRODUCTION

tament, avec une candeur admirable, des fautes et des vices des patriarches et autres saints personnages; l'Esprit saint qui les inspirait le permettait ainsi pour notre règle et notre instruction , « afin que nous sachions, comme dit saint Ambroise, que, si leur nature fut aussi faible que la nôtre , ils furent pourtant plus fidèles observateurs de la loi, et que, s'ils eurent comme nous des vices, ils surent en triompher*. » Avec quelle sincérité et quelle ingénuité les évangélistes n'ont-ils pas fait l'aveu des fautes de quelques apôtres , et en particuHer du prince même des apôtres, saint Pierre î Je pourrais citer plusieurs autres exemples d'écrivains remarquables par leur sainteté comme par leur doctrine, qui n'ont point dissimulé dans leurs ouvrages les fautes dans lesquelles sont tombées plusieurs personnes éminentes en dignité dans l'Église ou dans le monde ; mais il me semble que j'en ai dit assez pour prouver ce que je me suis proposé. Ces réflexions sont applicables à ce que j'ai raconté de certains prélats français, et des cardinaux qui, sans mauvaise intention, mais par une faiblesse presque pardonnable dans des temps orageux , cédèrent aux assauts violents des ennemis du Saint-Siège , et donnèrent au pape des conseils qui n'étaient point suggérés par la sagesse. J'ai pour ma justification l'exemple remarquable d'un autre grand cardinal.

Le cardinal Bentivoglio, dans ses excellents Mémoires, trace le portrait et l'abrégé de la vie des cardinaux qui étaient à Rome de son temps ; il rend à chacun d'eux toute la justice due à leurs lumières, qui faisaient l'ornement du Saint-Siège. Mais quand il vient à parler de deux personnages, le cardinal Barthélemi Cesi , Romain de naissance, et le cardinal Jean-Baptiste Deti , Florentin , parent de Clément VIII et élevé à Rome , il ne craint pas d'avouer que la cour disait peu de bien de l*un , et beaucoup de mal de L'autre 2. Il expose ensuite les bonnes et mauvaises qualités de Cesi ; et , après avoir tracé un portrait peu honorable du cardinal Deti , il termine par le passage suivant : « Je répète encore ici que les dignités de l'Église ne peuvent rien perdre de leur splendeur, quoique les personnes qui en sont revêtues perdent parfois l'éclat de leur réputation. Comme dans un

* liCognoscamus illos non natiirœ prœstantion's fuisse, sed observantioris^ nec vitia nescisse, sed emendasse. » (Tiré du livre de saint Joseph.)

2 « La cortc parlava deU'uno poco bene, edell'altro malissîmo. » (Mem. del card, Bentivoglio, cap. VII.)

2§6f MÉMOIRES SUR LE PONTIFICAT DE PIE VII.

tableau l'ombre fait ressortir les effets de la lumière , comme dans le spectacle de l'univers les ouvrages informes de la nature rehaussent la valeur des objets parfaits, de même, dans l'Église , l'obscurité du ministère de quelques dignitaires fait ressortir plus brillante la gloire des autres ; car les taches personnelles ne ternissent pas la majestueuse splendeur des dignités , et n'empêchent pas qu'elles ne reçoivent les hommages et la vénération qui leur sont dus. »

Ces dernières paroles du cardinal Bentivoglio me fournissent l'occasion de répondre à un autre genre de critique : on pourra m'accuser de jactance et de vanité , pour avoir raconté trop minutieusement peut-être toutes les démonstrations de respect et de vénération dont nous avons été l'objet en France. Mais pouvais-je moins faire que d'en faire mention ? et si je l'ai fait , c'est que ce n'était pas à BartlièlemiPacca, mais à la dignité de cardinal qu'elles s'adressaient. La divine Providence a permis que la pourpre romaine , au moment où les enneniis du Saint-Siège voulaient l'abaisser et l'avilir, se relevât plus éclatante aux yeux de toute l'Europe , et qu'elle apparût environnée des hommages , du respect et de la vénération du peuple f)*ançais. Enfin , un autre motif m'a déterminé à agir ainsi ; si un jour des ecclésiastiques , ou d'autres personnes honorables , se trouvent comme nous en butte à la persécution et qu'elles viennent à lire ces Mémoires, elles y apprendront que l'exil , la confiscation , la prison et autres maux qui portent avec eux la terreur et l'effroi , perdent la plus grande partie de leur amertume , quand ils sont le résultat de l'accomplissement des devoirs, et deviennent même une source ineffable de douceur et de consolation.

MEMOIRES

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