‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 82 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE (I8l · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE (I8l

liques, si ce n'est qu'il voulait , nouveau lion de la fable , s'arroger presque exclusivement le droit de nomination au cardinalat , afin de devenir ainsi le suprême arbitre de l'élection des souverains pontifes? Une commission ecclésiastique avait déjà décidé en 1810 que l'empereur réunissait sur sa tête tous les droits jadis possédés par les rois de France, les ducs de Brabant, les rois de Sardaigne , les ducs de Toscane, et tous les souverains des pays réunis à l'empire français, soit pour la nomination des cardinaux , soit pour toute autre prérogative. Il était donc aisé de concevoir que , si le pape eût souscrit à la seconde demande de l'empereur, la nomination des cardinaux aurait passé presque en entier aux mains de Napoléon, comme souverain de la France, du Piémont, des Etats vénitiens, et maître de l'Espagne et du royaume de Naples. Enfin n'était-il pas évident que l'empereur, en demandant que le pape condamnât la conduite des cardinaux qui n'avaient pas assisté à la cérémonie religieuse de son mariage , demandait que le souverain pontife se condamnât lui-même , puisque ces cardinaux avaient hautement déclaré qu'ils avaient voulu respecter le droit exclusivement réservé au Saint-Siège de juger les différends qui surviennent dans les mariages des souverains? Nous laissons au lecteur à juger l'article par lequel on voulait exclure à jamais de la présence du Saint-Père les cardinaux de Pietro et Pacca, dont tout le crime était d'être restés fidèles au pape, au péril même de leur vie, et qui n'avaient eu, pour récompense de leur affection et de leur dévouement à la personne de Pie VII, qu'une longue et dure captivité.

Je me gardai bien de faire sentir au pape combien était outrageuse pour sa personne la seule proposition de ces articles : l'affliction dans laquelle il était plongé me faisait , au contraire , un devoir de calmer son esprit et de relever son courage abattu.

Le soir même, 18 février, le cardinal Gonsalvi arriva à Fontainebleau, et fut sur-le-champ admis à l'audience du pape, qui l'attendait avec impatience, et avait déjà jeté les yeux sur lui pour entreprendre un nouveau traité avec l'empereur. Ce cardinal eut toujours toute la confiance de Pie VII , et l'on pourrait dire de lui ce que le Dante a dit de Pierre des Vignes, ministre de l'empereur Frédéric :

lo son colui che tenni ambo le chiavi

Del cuor {di Chiaramontî) c che le volsi Serrando e disserrando *.

Le même soir et le jour suivant je revis mes collègues arrivés à Fontainebleau , et qui , les larmes aux yeux , procumbentes super coilum^ me osculabantur. Le 19 je pris congé du Saint-Père, qui m'offrit, comme à tous les autres cardinaux , quelques secours pécuniaires, et le lendemain , 20 février, je partis pour Paris , où j'arrivai avant le coucher du soleil.

* « Je suis celui qui possédais les clefs du cœur {du pape) ; Je l'ouvrais et le fermais à mon gré. »

QUATRIÈME PARTÏE (1813—1814). 271

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