‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 87 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE (1813 — 1814). Î · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE (1813 — 1814). Î

discipline entre les évêques de son empire , au nombre desquels il comprenait le pape lui-même ; parce qu'il fallait , selon les idées du jour, que l'Église mère et maîtresse de toutes les autres Églises se conformât aux opinions et à la doctrine de ces dernières. Pour préparer les voies à l'exécution de ces divers projets , il convoqua , le 16 novembre 1809, la commission ecclésiastique dont nous venons de parler ; elle était composée des cardinaux Fesch et Maury , de l'archevêque de Tours , des évêques de Nantes , de Trêves , d'Evreux, de Verceil ; de M. Emery, supérieur de Saint-Sulpice , à Paris , et du Père Fontana , général des Barnabites ; ce dernier n'assista qu'aux premières séances, et ne reparut plus.

L'empereur proposa à la commission, présidée par le cardinal Fesch , différentes questions relatives à l'Eglise universelle , au concordat , aux Eglises particulières de France , de Toscane et d'Allemagne. Au mois de janvier 1810 , la commission présenta ses réponses à l'empereur , et il faut avouer qu'elles sont loin de faire honneur aux prélats distingués qui la composaient. On n'y découvre pas , il est vrai , la criminelle et schismatique perfidie des Acace , des Photius et des Crammer; mais combien leur langage est différent de celui que tinrent à leurs souverains, je ne dirai pas les Athanase, les Hilaire, les Basile , les Ambroise , mais , dans les temps plus rapprochés de nous , les Tencin , les Beaumont et autres illustres évêques français î Si la force de la vérité leur arrache parfois quelques hommages en faveur des principes de la saine doctrine , que de sujets d'affliction n'offrent-ils pas aux bon^ catholiques français ! Les éloges prodigués à la religion, à la justice , au zèle catholique d'un souverain qui venait d'usurper le patrimoine de Saint-Pierre , et qui tenait le chef de l'Eglise dans les fers; l'accusation calomnieuse, adressée au pape, de sacrifier les intérêts de la religion à des intérêts purement temporels ; la censure peu respectueuse et même injuste , soit des maximes de l'Eglise romaine , soit de la conduite des papes ; les moyens enûn si perfides suggérés à l'empereur pour parvenir à ses fins ; tous ces monuments de honte ne souilleront-ils pas plus d'une page des annales de l'illustre Eglise gallicane ?

Je me contenterai de rapporter ici quelques questions proposées à la commission, qui révèlent d'une manière manifeste les desseins insidieux de Napoléon. « Il est hors de doute (ce sont ses propres pa-

rôles) que, depuis un certain temps, la cour de Rome est resserrée dans un petit nombre de familles ; que les affaires de l'Eglise y sont examinées et traitées par un petit nombre de prélats et de théologiens pris dans de petites localités des environs*, et qui ne sont pas à portée de bien voir les grands intérêts de l'Eglise universelle, ni d'en bien juger. Dans cet état de choses, convient-il de réunir un concile ? Ne faudrait-il pas que le consistoire, ou le conseil particulier du pape, fût composé de prélats de toutes les nations pour éclairer Sa Sainteté ? En supposant qu'il soit reconnu qu'il n'y a pas de nécessité de faire des changements dans l'organisation actuelle, l'empereur ne réunit-il pas sur sa tête les droits qui étaient sur celles des rois de France ^ des ducs de Brabant et autres souverains des Pays-Bas i des rois de Sardaigne, des ducs de Toscane, etc. j soit pour la nomination des cardinaux, soit pour toute autre prérogative? »

La commission répondit qu'elle ne croyait pas que la convocation d'un concile fût nécessaire, vu que le concile de Trente s'était exprès* sèment occupé de l'objet en question, et que les Pères avaient pensé qu'on ne pouvait prescrire au pape des lois sur le choix des cardinaux; qu'au surplus l'autorité d'un concile national serait insuffisante pour régler un objet qui intéresse la catholicité, et qu'un concile général ne pourrait se tenir sans le chef de l'Eglise : réponse trèssage, à laquelle on ne peut rien opposer. Cependant, pour adoucir un peu l'amertume de cette décision, on ajoutait que l'empereuf pouvait réclamer le droit de nomination au cardinalat, ainsi que

4 L'assertion de l'empereur était fausse. On comptait alors plusîeufs cardinaux napolitains , Pignatelli , Caraccioli , Rufifo, Carafa et autres , d'illustres familles de Naples; plusieurs cardinaux milanais, Litta, Scotti, Crivelli et autres; cinq cardinaux appartenaient à des familles princières romaines, Mattei, Gabrielli, Albani et les deux Doria ; plusieurs , enfin , avaient été pris dans les principales villêâ d'Italie ; et si quelques-uns venaient des environs de Rome , c'est qu'ils avaient acquis la science et les lumières nécessaires pour le gouvernement de l'Église universelle. Cette assertion de l'empereur nous donne lieu de remarquer la sagesse avec laquelle la cour romaine attirait autrefois à elle , par l'appât des honneurs , les membres des familles les plus illustres des principales villes d'Italie. Que 1« gouvernement pontifical soit prudent à l'avenir dans l'admission des sujets à la pré- Jature, afin qu'on ne puisse pas un jour avancer avec vérité ce que Napoléon lui $ reproché si injustement.

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