‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 89 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE (1S · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE (1S

cance du siège. On a lieu d'être étonné que ces représentations ne soient arrivées que dix ans après la promulgation des articles organiques ; mais nous ferons bientôt connaître le motif de ce beau zèle pour le concile de Trente , et de l'empressement que mit l'empereur à révoquer cet article.

Napoléon ne prit aucune détermination à la suite des réponses des évêques ; il laissa ceux-ci assiéger le pape d'instances, pour le déterminer à expédier les bulles de confirmation aux sujets nommés par l'empereur. Le 25 mars de la même année, dix-neuf évêques français écrivirent une lettre commune au Saint-Père, pour solliciter des pouvoirs extraordinaires relativement aux dispenses de mariage, et ils le supplièrent en même temps de ne pas refuser à l'Église de France les évêques qu'elle réclamait , de ne pas la réduire à la triste nécessité de pourvoir à sa propre conservation : paroles qui équivalaient à une menace. Le Saint-Père, toujours guidé par ce tact exquis qui lui était propre , accorda volontiers les pouvoirs extraordinaires pour les dispenses, mais il persista dans le refus des bulles pontificales.

De tous les moyens que les papes avaient jadis en leur pouvoir pour ramener à l'obéissance Jes gouvernements ou les nations indociles, un seul reste à leur disposition dans le cours ordinaire des choses ; c'est le droit d'institution canonique. C'est en suspendant cette institution , lorsque de graves raisons l'exigent , que le Siège apostolique manifeste sa juste indignation , et fait pour ainsi dire une sainte violence aux gouvernements qu'il veut arrêter dans leurs entreprises sacrilèges. Je n'ai pas besoin de justifier l'exercice de ce droit; il me suffit d'avoir fait remarquer que c'est comme le dernier fil qui tient les gouvernements et les nations unis au centre de l'unité catholique. Voilà ce qui explique les attaques des écrivains vendus au pouvoir laïque contre cette prérogative du Saint-Siège , et les efforts qu'on ne cesse de faire pour l 'en dépouiller. Heureusement que les souverains, qui doivent au régime des concordats leur droit de nomination , ne sont pas intéressés à remettre en vigueur l'ancienne discipline des élections qui les dépouillerait d'un si beau privilège. Toutefois on a vu des gouvernements , en mésintelligence avec le Saint-Siège , s'efforcer d'éluder les mesures énergiques des papes, en insinuant, ou plutôt en ordonnant aux chapitres cathèdraux de conférer leurs pouvoirs , pendant la vacance des sièges , aux évêques

nommés, qui devenaient ainsi , au mépris du Siège apostolique , les administrateurs des diocèses, avant d'avoir reçu l'institution pontificale. Cette marche fut adoptée par l'empereur, auquel on conseilla de remettre en vigueur le canon du concile de Trente , relatif aux vicaires capitulaires. J'ai entendu Maury se vanter, à Fontainebleau , d'avoir lui-même conseillé cette mesure. L'empereur nomma en effet à plusieurs sièges vacants, réserva celui de Paris à Maury, pour prix de ses bons conseils, et, par l'organe du ministre des cultes, il engagea les chapitres à choisir pour grands-vicaires les évoques nommés; ce qui fut généralement exécuté. A la nouvelle de l'intrusion de ces évêques dans les sièges vacants, le pape, justement alarmé des dangers qui menaçaient la discipline ecclésiastique, l'autorité du Saint- Siège et le salut des âmes, s'efforça , autant qu'il le pouvait, de réparer le mal et d'en arrêter les progrès. Il écrivit trois brefs vers la fin de 1810, l'un au cardinal Maury*, l'autre à l'archidiacre de l'église métropolitaine de Florence ( Averard Corboli), et le troisième à l'abbé d'Astros, vicaire capitulaire de la métropole de Paris ; il déclarait hautement dans ses brefs que la prétendue institution des évêques nommés par le pouvoir laïque , avant la confirmation pontificale, était contraire aux lois de l'Église et à la discipline en vigueur, destructive de l'autorité du Saint-Siège et des principes de la mission légitime des évêques. Ces brefs firent grand bruit et produisirent les plus heureux effets ; les fidèles se trouvèrent avertis de l'illégitimité des vicaires capitulaires , et les chapitres des cathédrales refusèrent , malgré les ordres sévères du gouvernement , de reconnaître les ecclésiastiques présentés par lui. Napoléon irrité en vint à des mesures de rigueur contre le pape et tous ceux qu'il soupçonnait d'avoir pris part à la rédaction et à la promulgation de ces brefs. Les cardinaux Gabrielli , de Pietro et Opizzoni furent enlevés de Saumur, résidence de leur exil, et renfermés au donjon de Vincennes. Le prélat de Gregorio et le Père Fontana, général des Barnabites, élevés tous deux plus tard au cardinalat , subirent le même sort. Le prélat Doria fut violemment séparé du pape et relégué à Naples ; quelques serviteurs du Saint-Père furent conduits à Fenestrelle. Il ne fut plus

* Voyez ce bref dans les Documents historiques , n" I , à la fin de cette quatrième partie des Mémoires.

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