‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 92 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

évêques français, moins de facilité et de condescendance dans la cour de Rome. Je reviens à mon sujet.

La réponse de la commission favorisait trop les vues de Napoléon pour qu'il ne s'empressât pas de l'approuver et d'en suivre les suggestions. Le 25 avril il annonça l'ouverture d'un concile national , et une lettre circulaire d'un style soldatesque* convoqua à Paris, pour le 9 juin, les évêques de France et plusieurs évêques d'Italie. L'espérance de Napoléon était d'intimider par là le pape et de le forcer à condescendre à ses désirs ; car il ne pouvait se dissimuler que, quand même le concile fléchirait le genou devant ses volontés et ses caprices, si le pape refusait son approbation aux décrets de cette assemblée , le schisme renaîtrait avec plus de force, et de nouvelles dissensions s'élèveraient de toutes parts, vu l'impossibilité de soumettre les évêques de France et d'Italie aux nouveaux règlements qu'il voulait établir dans tous ses Etats. Les souvenirs du schisme du clergé constitutionnel et de l'horreur qu'avait inspirée à une grande partie de la France la consécration sacrilège des évêques intrus , étaient trop récents pour qu'une nouveauté quelconque, en matière de discipline, faite sans l'intervention du pape, ne fût pas considérée sur-le-champ comme une entreprise schismatique. L'empereur résolut donc de se conformer au plan que lui avait tracé la commission ecclésiastique. Il eut l'air de consentir à ce que les cardinaux et les évêques assemblés envoyassent une députation à Savone ; mais il nomma lui-même les prélats qui devaient la composer , leur fixa l'époque de leur retour à Paris , et leur dicta les bases du nouveau traité qu'ils devaient conclure , s'ils trouvaient le pape disposé à un accommodement.

Trois prélats composèrent cette députation : Mgr de Barrai , archevêque de Tours ; Duvoisin , évêque de Nantes, qui avaient mérité la confiance de l'empereur , et Mgr Mannay, évêque de Trêves : prélats instruits et versés dans les affaires , mais d'une complaisance servile envers le pouvoir laïque , cette maladie épidémique parmi les évêques qui hantent les cours , et dont l'origine date du règne du grand Constantin , sous lequel nous voyons les deux Eusèbe , ses favoris , jouer un rôle si honteux dans l'affaire de l'arianisme.

Leurs instructions portaient qu'ils devaient notifier au pape la con-

* Voyez les Documents , n° III.

vocation du concile national, lui déclarer que le concordat de 1801 était abrogé par le fait, puisque le Saint-Père , une des parties contractantes, avait refusé de l'exécuter ; qu'à l'avenir les évêques recevraient l'institution canonique , comme avant le concordat de François P"", et selon le mode qui serait adopté par le concile et approuvé par l'empereur. La députation était , en outre , autorisée à entamer deux traités : l'un sur l'institution des évêques , et l'autre sur les affaires générales de l'Église.

Voici quelles devaient être les bases du premier traité : l'empereur consentait à remettre en vigueur le concordat de 1801, mais sous deux conditions, savoir : 1° que le pape accorderait les bulles d'institution aux évêques déjà présentés ; 2*" qu'à l'avenir il expédierait les bulles trois mois après la présentation, et que, ce délai expiré, le métropolitain conférerait l'institution au suffragant , et réciproquement. Pour ce qui regarde les bases du second traité, relatif aux affaires générales de l'Eglise , on offrait au pape, ou de retourner à Rome s'il prêtait le serment de fidélité et d'obéissance prescrit aux évêques par le concordat, ou de siéger à Avignon, avec les honneurs dus à un souverain et une pension de 2 millions de francs , s'il promettait de ne rien faire de contraire aux quatre propositions du clergé de France. On ajoutait que, si le pape consentait à la conclusion de ces deux traités, l'empereur consentirait à traiter avec lui pour l'érection de nouveaux évêchés en Hollande, en Allemagne, pour le rétablissement de la daterie , et tous les autres objets qui pourraient être nécessaires pour le libre exercice de la juridiction pontificale. Enfin les évêques avaient l'ordre formel de signifier au Saint-Père que la souveraineté temporelle de Rome ne lui serait jamais rendue. Leur retour était fixé pour le 9 juin, jour destiné à l'ouverture du concile.

Telles furent les propositions que les trois prélats allèrent porter au Saint-Père. Ils ne rougirent pas de présenter à ce vénérable vieillard, dont les bienfaits envers la France étaient déjà payés parla plus dure captivité, le calice d'amertume et d'ignominie qu'ils lui avaient euxmêmes préparé. Comme ils devaient se présenter au nom de la commission ecclésiastique, les évêques réunis à Paris leur remirent une lettre de créance, qu'ils signèrent tous, et dans laquelle ils engageaient le papeà accepteriez propositions de l'empereur, comme le seul moyen possible de réconciliation.

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