‹ Œuvres complètes du cardinal B. PaccaChapitre 98 sur 142 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

l'empereur pour se concerter avec le pape et les cardinaux sur l'exécution du concordat. A part quelques-uns qui jouissaient d'une bonne réputation et passaient pour .être attachés au Saint-Siège, tous les autres justifiaient pleinement la confiance de l'empereur, soit par leur servilité , soit par leur antipathie pour le pape et la cour de Rome. Voici les noms de ceux que je vis ou dont j'entendis parler : Lecoz, archevêque de Besançon , ancien évêque intrus de Rennes ; Perrier, évêque d'Avignon, ancien évêque intrus constitutionnel de Grenoble ; délia Torre, archevêque de Turin ; l'évêque de Pavie; Buonsignori^ évêque de Faenza, nommé au patriarcat de l'Eglise de Venise , qu'il administrait déjà sous le titre de vicaire capitulaire ; d'Osmond, évêque de Nancy , archevêque nommé de Florence , qui , par son intrusion violente dans ce dernier siège, au mépris de la défense faite par le pape au chapitre métropolitain de le reconnaître , avait été cause de l'exil et de l'emprisonnement de plusieurs chanoines vénérables , dont quelques-uns devinrent mes compagnons d'infortune à Fenestrelle ; de Beaumont, évêque de Plaisance, nommé à la métropole de Bourges ; Dania , évêque d'Albenga ; Selvi , évêque de Grossetto en Toscane, et un certain Vancamp, curé d'Anvers, nommé au nouvel évêché de Bois-le-Duc, en Brabant. Le Saint-Siège avait dans cette ville un vicaire apostolique, avant la réintégration de son siège, supprimé par les calvinistes dans la révolution du XVIP siècle.

ils vinrent tous successivement complimenter le Saint-Père à Fontainebleau, et les prétendus patriarche de Venise , archevêque de Florence, évêque de Bois-le-Duc, osèrent se faire annoncer sous ces nouveaux titres. On ne sait, en vérité, ce qu'on doit le plus admirer^ ou l'effronterie de ceux qui se faisaient ainsi présenter, ou l'imbécillité des personnes qui les introduisirent sous ces titres insultants. La réception que leur fit le pape fut un nouveau sujet de douleur pour les bons catholiques, et pour quelques-uns même une occasion de scandale. Naturellement porté à la mansuétude, plongé dans la plus profonde tristesse, exténué, éteint, pour ainsi dire , par les maladies et . les souffrances. Pie VII accueillait tout le monde avec la même cordialité, sans distinction de personnes, sans même témoigner aux prélats réfractaires, par l'air de son visage , les justes motifs qu'il avait d'être mécontent de leur conduite. Aussi cesévêques ne manquaientils pas, au sortir de leur audience , de publier partout l'accueil qu'ils

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avaient reçu, et d'écrire à leurs adhérents dans les provinces que le pape n'avait jamais désapprouvé leur conduite.

Telle était la sitution des affaires quand j'arrivai à Fontainebleau, le 27 février 1813. Je trouvai le pape entouré des cardinaux J. Doria, Dugnani et Ruffo ( Fabrice ) , qui , depuis l'arrivée du Saint-Père , au mois de juin 1812, avaient été fort assidus auprès de sa personne. Après la délivrance des cardinaux noirs^ on promit au pape de faire loger dans le château les personnes dont il voulait s'entourer. Sa Sainteté choisit les cardmaux Mattei , doyen du sacré collège , délia Somaglia, de Pietro, GabrielH , Consalvi et Pacca ; tous les autres cardinaux furent obligés de se loger en ville. Le choix du pape tomba particulièrement sur ceux qui avaient occupé les plus hauts emplois. Toutefois , si je fusse arrivé à temps pour donner un conseil au Saint- Père, je l'aurais engagé à laisser l'empereur lui désigner les noms des cardinaux qui devaient être logés au château ; les conseils eussent été les mêmes, et l'amour-propre de personne n'eût été blessé. Si la bonne harmonie ne cessa pas de régner parmi les membres du sacré collège, on dut l'attribuer à l'excellent esprit et aux vertus des cardinaux PignateUi , Saluzzo , Ruffo-Scilla , Scotti , Litta , Brancadoro, Galeffi et Opizzoni.

Outre les cardinaux, on avait logé au château , par ordre de l'empereur, Mgr Bertazzoli , le docteur Porta , médecin du pape , l'archevêque de Tours , les évoques de Trêves , de Nantes et d'Evreux , qui, sous prétexte de faire leur cour à Pie VII , avaient mission particulière d'épier sa conduite et de poursuivre l'exécution du concordat. Le général comte de Saint-Sulpice était gouverneur du château , et le colonel de gendarmerie Lagorse , qui avait escorté le pape dans son voyage de Savonne , exerçait les fonctions de geôlier de Sa Sainteté.

Le lendemain de mon arrivée , Mgr Bertazzoli m'apporta , par ordre du pape , la copie du nouveau concordat et celle d'une lettre écrite à Sa Sainteté par l'empereur , le soir même de la conclusion de ce traité. Cette lettre , dont je n'avais pas même entendu parler, était conçue en ces termes :

« Très-Saint-Père , u M'étant aperçu que Votre Sainteté , en signant les articles du

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