XAVIER DE MAISTRE. XXIX
voyant un grand tableau de Silène soutenu par des Bacchantes, elle s'écrie avec son droit sens étonné : «Tout cela n'est donc pas vrai? voilà des hommes avec des pieds de chèvre. Quelle folie de peindre des choses qui n'ont jamais existé, comme s'il en manquait de véritables / » — Mais, pour saisir ces choses véritables, comme M. de Maistre l'a fait dans son récit, pour n'en pas suivre un seul côté seulement, celui de la foi fervente qui se confie et de l'héroïsme ingénu qui s'ignore, pour y joindre, chemin faisant et sans disparate, quelques traits plus égayés ou aussi la vue de la nature maligne et des petitesses du cœur, pour ne rien oublier, pour tout fondre, pour tout offrir dans une émotion bienfaisante, il faut un talent bien particulier, un art d'autant plus exquis qu'il est plus caché, et qu'on ne sait en définitive si, lui aussi, il ne s'ignore pas lui-même.
Les Prisonniers du Caucase, par la singularité des mœurs et des caractères si vivement exprimés, semblent déceler, dans ce talent d'ordinaire tout gracieux et doux, une faculté d'audace qui ne recule au besoin devant aucun trait de la réalité et de la natuie, même la plus sauvage. M. Mérimée pourrait envier ce per-