‹ Œuvres complètes du poëte anonyme de la PologneChapitre 18 sur 105 · A LIGUER · texte numérisé non relu

A LIGUER

Avançons !

CHŒUR DANS LE LOINTAIN

Vous qui voulez pressentir, souvenez-vous! Vous qui fondez dans le présent et qui, du haut de votre œuvre, voulez apercevoir l'avenir, embrassez d'abord dans votre âme tous les âges du passé. Car, malgré les changements de l'histoire, et la diversité des événements, la conception divine est une^ et une la vérité ! Elle est l'àme et le monde

l.E POEME INACHEVÉ

«'Si la poitrine toujours plus large, toujours plus vaste qui la recèle! Et comme l'homme qui s'arrache lentement à son sommeil, il en est ainsi de l'humanité pcmdant les siècles^ — et tel que l'homme qui, s'éveillant au matin, aperçoit l'un après l'autre les objets qui l'entourent, et entre* graduellement en possession de lui-même, disant : « Ji\ suis, )) tel l'esprit de cette terre arrive aussi à sa pleine connaissance.

LE JEUNE HOMME

Allons plus vite, — glissons-nous plus près; — l'aurore s'étend et grandit!

AMGIIER.

Écoute, — ils chantent de nouveau !

CHŒUR DANS LE LOINTAIN

Chaque idée conçue en Dieu, envoyée de l'éternité dans le temps et l'espace, comme une parcelle de vérité, comme une fille de Dieu, doit souffrir comme a souffert Dieu le Fils incarné! Elle apparaît au milieu des hommes; — elle leur révèle une part du ciel ; — et subit sa passion, porte sa croix, et descend au sépulcre !

Les unes périssent avant le temps comme des vierges saintes; d'autres tombent à l'apogée de leurs forces, comme des héros; — d'autres, tardivement, atteignent la tombe dans l'abaissement et la misère, déchues des sommets aux catacombes delà vie. — Aucune n'expire avec le blanc vêtement dans lequel elle descendit sur la terre. — Elles disparaissent, abreuvées de fiel et d'amertume, portant des taches de sang!

Mais toutes ressuscitent dans l'idée suivante ; toutes chi tombeau s'élancent dans une forme supérieure ! 0 vous (jui voulez pressentir, souvenez-vous! 0 vous qui voulez fonder dans le présent et devancer l'avenir, rassemblez d'abord dans le fond de votre âme toutes les pensées écou-

lées du passé; — car c'est à la fois dans celles qui furent et dans celles qui viendront un jour que se trouve la vérité.

LE JEUNE HOMME

Toujours plus de lumière ! D'où pénètre-t-elle donc? Un songe miraculeux s'empare-t-il de moi encore?

ALIGHER.

Non; — à la vérité, les siècles vont se succéder comme des songes, non plus en dedans, mais en dehors de toi. — Avance toujours !

LE JEUNE HOMME

Quelle clarté éblouissante , méridionale ! elle me brûle ! Que sont ces bâtiments au loin? Il me semble en être déjà plus près ; et eux aussi, comme portés et poussés par un vent silencieux, approchent de nous.

ALIGHEB.

Les reconnais-tu?

LE JEUNE HOMME

Non!

Est-ce que l'humanité, sur le sein de laquelle tu as grandi, ne t'a point donné la connaissance des siècles? Est-ce que, avec le regard qu'elle a communiqué à ton esprit, tu ne peux reconnaître les formes qui existaient sur cette planète il y a des milhers d'années?

LE JEUNE HOMME

Je me souviens ! je me rappelle ! — Voici les jardins suspendus ! Et là-bas les tours qui se dressent vers le ciel ! — Ici de nouveau un temple immense ceint de portiques ! — Quelles eaux cristallines ! on dirait des miroirs brûlants ! ({ue de fleurs! — que do palmiers! — Ce sont les rives de l'Euphrate, — c'est Babylone!

ALIGHER.

Vois-tu ces hommes recouverts de pourpre?

LE JEONE HOMME.

Réunis au pied de cette tour? Les tiares ruissellent d'or sur leurs têtes; — leurs vêtements sont semés d'étoiles. Ce sont les devins de Chaldée !

AUGHER.

Écoute! — écoute!

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