LE CHŒUR DES ESSÉNIENS
Père inconnu ! loin de la face du monde, loin de l'orgueil en putréfaction, nous avons fui vers toi !
Car ton esprit plane sur l'abîme des mers; — et là où le désert se tait, tu parles!
Avec l'eau [lure des sources, nous lavons nos tempes de la tache du i)éché.
Parmi nous il n'y a ni riciies ni pauvres : — nous sommes tous égaux, — tous frères, — tous tes fils !
Aie pitié ! Comme ces bords sont assombris par le crépuscule, ainsi notre peuple et les autres peuples sont pâlis et blêmis de souillure et de fange.
Envoie une pensée pure ! Que de sa flamme intérieure elle consume et détruise tout corps ! — Qu'elle le rejette comme une poignée de cendres ! que ton Christ, que jadis ont vu les prophètes, descende !
LE JEUNE HOMME
Ils se sont agenouillés, — toutes les harpes ont poussé un même cri vers le ciel !
ALTGHER.
Toi aussi, agenouille-toi et regarde !
LE JEUNE HOMME
Je ne vois rien de plus, — et même ces apparitions se sont fondues avec la nuit et le son des cordes s'évanouit déjà !
ALIGHER.
Agenouille-toi, te dis-je !
Maintenant je ne vois plus rien, — je sens seulement ta main sur mon épaule ; — pourquoi me presses-tu ainsi ? Ah ! voudrais-tu t' agenouiller aussi ?
ALIGHER.
Comme à l'heure dont le retour approche !
LE JEUNE HOMME
Que dis-tu ?
ALIGHER.
N'interroge pas, — regarde seulement! — As-tu vu?
LE JEUNE HOMME
Ah ! le pan flottant d'une robe qui a disparu dans la lu-
LE POËME INACnEVE 95
mière. — Ah! deux pieds qui, comme deux blanches colombes, se sont envolés dans les cieux !
ALIGHER.
Et maintenant, abaisse ton regard !
LE JEUNE HOMME
Mon regard s'est noyé dans l'azur de ce vêtement, — je n'ai plus d'yeux; — touche mes paupières !
ALIGHER.
Tu ne vois pas ce tombeau?
LK JEUNE HOMME
Merci ! —J'ai entrevu. Oh ! qu'ils sont beaux et doux, ces anges près de ce tombeau î
ALIGHER.
Et là-bas, sur la terre, vois cette femme coupable et rachetée de ses fautes par l'amour, qui soupire et qui veille, cette sœur des sœurs, celle qui, la première, l'aperçut après sa mort !
LE JEUNE HOMME
Elle a à la main, pleine de fleurs, des lis ou des muguets. Elle a glissé comme un soupir !
CHŒUR DES voix AÉRIENNES.
Le temps qui coule sans interruption s'est entr'ouvert. D'un côté les jours passés, — de l'autre tous les jours à venir, — et, au milieu d'eux, le Verbe incarné ! le Seigneur visible ! le pilier de l'éternelle clarté !
Pharisaïque Sion, voluptueuse Grèce et Rome oppressive, où êtes-vous? C'est en vain qne vous avez voulu arrêter la race humaine, -— vainement vous avez voulu la corrompre, vainement la perdre ! Elle n'a pas péri ; — le Fils de l'homme a expiré, le Fils de Dieu est ressuscité !
Depuis ce jour, aucun peuple devenu nation ne meurt sur la terre !
Depuis ce jour, aucun homme devenu esprit ne périra dans la tombe. — Hosanna ! Hosanna !
CHŒUR DANS LE LOINTAIN
Ame, corps et esprit, triple et un. Dieu manifesté ! Tu fus jadis l'àme d'une race. — Tu es devenu le corps d'ui*e Église. — Ton esprit planera sur l'humanité une ! Hosanna ! Hosanna !
Le tombeau du Clirist s'évanouit ! Déjà se dissipent ces images merveilleuses, angéliques !
ALIGHER.
Prends ma main, je te guiderai dans l'obscurité.
LE JEUNE HOMME
Oh ! où est ma vision ? ce vêtement qui a brillé comme une blanche flamme ! Et tes pieds, ô Seigneijr ! rnahitenant il fait de nouveau si noir !
ALIGIIER.
Incline-toi ici, la voûte commence à s'abaisser!
LE JEUNE HOMME
OÙ allons-nous ?
ALIGHER.
Dans le monde chrétien, dans la seconde partie des fastes de l'histoire, vers les autres épreuves de l'humanité !