XII PREFACE
naît tant d'autorité à sa parole. Il écrivit les psaumes de la Foi, de V Espérance et de V Amour, dans lesquels il fit un éloquent appel au cœur et à Fesprit politique de ses concitoyens. Il leur démontra tout ce qu'il y avait de faux dans leurs idées et de coupable dans leurs actes, les dissuada de leur deg^sein, et puis, s'élevant à une grande hauteur de vue, il ouvrit devant eux les voies qui devaient les mener à réaliser un idéal vraiment supérieur sur la terre.
Mais les passions étaient déchaînées et rien ne pouvait les arrêter. Elles trouvèrent même un apologiste , homme de génie et rival du poète qui lui répondit dans son langage, mélange de prophétie biblique et de polémique ardente, que tout progrès s'achetait par le sang et que Dieu renouvelait la face de l'humanité comme celle du monde par des cataclysmes! Cette lutte des deux poètes est restée célèbre dans les fastes littéraires de la Pologne et nous en trouverons encore le dernier écho dans la scène qui termine le Poème inachevé, publié seulement après la mort de l'auteur.
Elle durait encore, lorsque les événements se chargèrent de la réplique. — Ce ne fut pas la Pologne qui sortit des massacres de Galicie, ce fut le régime de M. Bach ! La domination autrichienne triomphait matériellement et moralement de ses adversaires, et semblait réunir les conditions qui rendent une conquête définitive.