‹ Œuvres complètes du poëte anonyme de la PologneChapitre 4 sur 105 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

L'idée dupoëte anonyme méconnue au moment où elle apportait le salut, s'affirma alors comme un reproche ou un regret dans toutes les consciences. Mais le découragement profond qui s'était emparé des esprits joignait à cette conviction le sentiment qu'elle venait trop tard, et la frappait de stérilité ! Il est de ces heures d'abattement pour les nations, heures sombres, où toute vie semble se concentrer dans la sensation du néant et de l'impuissance. Elles sont inévitables dans le cours du temps, ces épreuves suprêmes qui décident de la mort ou de l'existence d'un peuple, selon qu'il en triomphe, ou qu'il s'abandonne à la torpeur qui l'envahit !... Le poëte anonyme, toujours sur la brèche, sentit qu'il était de son devoir de réagir contre cette situation et d'employer l'autorité morale qu'il venait de conquérir dans de si douloureuses circonstances, à réveiller l'énergie ébranlée de ses compatriotes. Il publia donc les psaumes de Douleur et de Bonne Volonté, dans lesquels, à travers son idéal, il revenait vers ses espérances, vers cette Pologne qu'il ne cessait de proclamer immortelle !

Le dernier psaume est surtout remarquable par la hardiesse de sa conception.

Au moment où tous les désastres s'abattaient sur sa patrie, où toutes les misères de l'esclavage la rongeaient comme la lèpre, il ne se laisse pas ébranler par toutes les apparences de décomposition et de

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mort, et plongeant son regard dans l'avenir, il voit comme tout se prépare dans le monde pour Tavénement de la justice éternelle.

S'adressant alors à Dieu, il le remercie de tous les bienfaits dont il ne cesse de combler la Pologne, il bénit sa main toute-puissante, et s'écrie : « Ce n'est pas l'espérance que nous vous demandons, ô Seigneur! elle tombe sur nous comme une pluie de fleurs, — ni la mort de nos ennemis, — leur fin est écrite sur le nuage de demain! — Ce n'est pas de franchir le seuil de la tombe, — il est franchi, ô Seigneur ! Ce ne sont pas des armes de combat, — les tempêtes nous les apportent, — ni des secours, vous nous avez déjà ouvert le champ de l'action; — mais, au moment de cette terrible explosion ^ des événements , nous vous demandons, ô Seigneur ! de purifier nos cœurs, et de nous donner le don des dons, la volonté sainte qui brise les tombeaux. »

Cette foi immense, implacable, qui tentait le ciel lui-même, ne pouvait rester sans infiuence sur les esprits. Elle devait les relever et les rafi'ermir, — elle le fit. Aussi les Psaumes ne sont-ils pas regardés uniquement comme un événement littéraire, mais plus encore comme un événement politique qui a sa place marquée dans l'histoire nationale.

VAube avait précédé de plusieurs années les Psau-

X Révolution de 1848^

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mes Elle se compose d'une suite de morceaux lyriques, dans lesquels nous voyons se dérouler toujours l'idéal politique et humanitaire, qui était devenu, pour ainsi dire, la religion du poote. Nous en donnons dans ce volume la traduction à la suite de la Comedœ infernale et du Poëme inachevé qui fut publié le dernier quoique dans Tordre de l'idée qui lésa dictes, il doive précéder tous les autres écrits. Nous avons rétabli cet ordre. En effet, le Poëme inachevé sert de prologue à la Comédie infernale. Il nous fait connaître l'abjection de ce monde qui deviendra bientôtla scène où se jouera le drame terrible qui finit par la mort de Pancrace et le Galilœe, vicisfi! - VMbe à son tour nous montre la terre rendue à la loi d'harmonie qui est sa loi éternelle, et reverdissant après ce déluge de sang et de crimes, sous l'œil de Dieu. — Ainsi, à la suite du poëte, nous aurons traversé, sur notre planète, les trois cycles de l'enfer, du purgatoire et du

ciel.

Le poëte anonyme a composé encore plusieurs poèmes allégoriques, comme la Nuit (Tété, le Rêve de Césara; ou philosophiques, comme la première des Trois Pensées de IJgenza, \^ Nuit de Noël, ou enfin politiques, comme le Jour Présent. Nos lecteurs les trouveront dans les séries suivantes de notre publication. Qu'il nous sutase de dire ici que tous ces ouvrages, de près ou de loin, participent aux tendances que nous avons e.^sayé d'esquisser dans cette

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