XVI PREFACE
courte analyse. L'auteur s'attachait à cette seule idée, et n'écrÎTait que pour la répandre et la faire passer dans les mœurs et la vie nationales. Le chantre du beau, le serviteur des Muses disparaissait en lui devant l'écrivain convaincu, le penseur profond et le citoyen dévoué. Dans d'autres circonstances et sous un autre gouvernement que celui que subit la Pologne, il n'aurait pas fait résonner la lyre, mais aurait abordé la tribune et serait devenu un centre d'action politique. Mais ni rôle actif ni tribune n'étaient possibles sur le sol natal. La poésie seule était apte à populariser une idée, en lui gardant sa précision sous l'ornement d'une forme impérissable et facile à retenir; et puis elle était l'idole d'une nation, dont elle berçait l'infortune, et qui, dans ses accents divins et dans ses entraînements lyriques, sentait palpiter son âme. Le poëte anonyme plia donc son génie aux exigences de la rime et du vers. Il n'eut pas à s'en plaindre; car, non-seulement il atteignit le but qu'il se proposait, mais il en retira encore une gloire littéraire qui ne fut dépassée que par celle de Mickiewicz.
Avant de clore cette préface, il reste à toucher un point, qui, à lui seul, fournirait matière à "de longs développements et à un examen approfondi. Le poëte anonyme est rangé en Pologne parmi les écrivains catholiques. Il serait plus conforme à la vérité de dire que c'est une âme religieuse, car, pour ce qui est