‹ Œuvres complètes du poëte anonyme de la PologneChapitre 49 sur 105 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

Des étoiles entourent ta tête ; à tes pieds sont les Ilots de la mer; sur les flots un arc-en-ciel te précède et fend la nue. Tout ce que ta vue embrasse est à toi ; les rivages, les villes, les hommes t'appartiennent ; le ciel est à toi. Rien ne semble égaler ta gloire.

Aux oreilles qui t'écoutent, tu donnes d'ineffables jouis

sances; tu enlaces les cœurs et les délies comme une guirlande, caprice de tes doigts; tu fais couler des pleurs, tu les effaces par un sourire, et de nouveau, ce sourire, tu l'étcins pour un instant, pour quelques heures, quelquefois pour toujours. Mais toi-même, qu'éprouves-tu ?... toimême, que crées-tu?... que penses-tu?... de toi jaillit la source de la beauté, mais tu n'es pas la beauté. — Malheur à toi, malheur I l'enfant qui pleure sur le sein de sa mère, la fleur des champs qui ignore ses propres parfums, ont plus de mérite que toi devant le Seigneur.

D'où proviens-tu, ombre vaine ? toi qui annonces la lumière et ne la connais pas, toi qui ne Tas jamais vue et ne la verras jamais ?... qui t'a créée dans la colère ou par ironie? qui t'a donné une vie impuissante et si trompeuse que tu puisses jouer l'ange un moment avant de ramper comme le reptile et de t'étouffer dans la vase ?... La femme et toi avez la même origine! — Mais tu souffres aussi, quoique ta douleur ne crée rien et ne ^rve à rien . La plainte du dernier misérable trouve place parmi les harmonies célestes ; mais ton désespoir et tes gémissements tombent dans l'abîme, Satan les recueille, et joyeusement les ajoute à ses mensonges et à ses illusions, et le Seigneuries reniera un jour, comme ils ont renié le Seigneur !

Pourtant, je ne m'élève point contre toi, ô Poésie, source de la beauté et de la vie !... mais bien malheureux est celui qui, sur les confins des mondes agonisants et des mondes à venir, est condamné à se souvenir ou à pressentir, car tu perds surtout ceux qui se consacrent à toi et deviennent les oracles vivants de ta gloire !

Bienheureux celui en qui tu habites, comme dansle monde habite Dieu, invisible, impalpable, mais grand et éclataii

LA COMKDIE INFERNALE IGl

dans chacune de ses parties^, devant qui les créatures se prosternent on disant : « H est ici! » Tu seras pour lui une étoile qu'il portera au front, et aucune parole infidèle ne le séparera de ton amour. Il aimera l'humanité et sera un homme au milieu de ses frères. — Mais à celui qui ne gardera pas ta foi, qui te trahira avant le temps et te livrera en joies périssables aux hommes, tu jetteras quelques fleurs et te détourneras, et lui passera sa vie à tresser avec des fleurs fanées une couronne funéraire. La femme et lui ont une même origine.

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