QUATRIÈME PARTIE
Boltomless perdition.
MiLTON.
Des bastions de la Trinité aux cimes des rochers, à droite, à gauche, partout s'étend un brouillard pâle, épais, immobile, silencieux, ombre immense, comme l'Océan, dont les bords jadis montaient à ses cimes noires, aiguës et déchirées, et qui entr'ouvrait ses abîmes dans la vallée, que l'on ne voit pas encore, car le soleil n'est pas levé.
Debout, sur cette île de granit, se dressent, scellées dans le roc par la main d'hommes d'un autre âge, les tours du château fort, — comme le centaure appartient à son cheval, elles tiennent à la montagne et font partie du roc. Cn étendard planté sur la plus haute tour. Hotte seul dans l'atmosphère grisâtre. — Peu à peu, l'obscurité s'éclaire, le silence se réveille, à l'horizon éclatent et se pressent les rayons du soleil; dans la montagne le vent bruit et charrie des flots de nuées au-dessus de cette mer de brumes.
A ces bruits divers se mêlent les voix humaines, portées par les vagues du brouillard ; elles viennent se briser au pied des murs du château.
Mais le brouillard s'entr'ouvre et laisse voir un noir précipice.
11 fait sombre dans les profondeurs de la vallée, obscurcies encore par des flots de têtes humaines, nombreuses et pressées comme les pierres et la roche qui encombrent le fond de la mer.
Bientôt le soleil dépasse les collines et monte sur les rochers,— les nuages se fondent et se dissipent dans les rayons d'or; de moment en moment, les cris de la foule deviennent plus distincts, et les flots de la multitude sont éclairés plus vivement.
Mais déjà les brouillards se sont tous élevés au-dessus des montagnes, et ont disparu dans l'azur de l'immensité ; la vallée est remplie de lumière et du scintillement des armes. — De partout accourent des masses de peuple comme pour le Jugement dernier dans la vallée de Josaphat.
(La cathédrale dans le fort de la Trinité. — Seigneurs, sénateurs, di* gnitaircs des deux côtés de la nef, et chacun d'eu.v assis au pied d'une statue de roi ou de chevalier, — Derrière les statues masses compactes de la noblesse. — Au fond et devant le maître-autel, l'archevêque assis sur un siège doré, tenant un glaive sur ses genoux. — Derrière l'autel, chœurs des prêtres. — Le comte est debout sur lo seuil pendant un instant, puis il s'avance vers l'archevêque un étendard à la main.)
CHŒUR DES tRÊTRESi
Nous, tes derniers serviteurs, réunis dans la dernière église de ton Fils Jésus-Christ, nous t'implorons pour la gloire de nos pères. — De nos ennemis délivre-nous. Seigneur !
UN COMTE
Vois, quel regard hautain il jette sur nous.