TOME III
celle heure que Soulcy qui estoit cousin cle leans, lequel n’estoit apaines encores bien eveillé; car il estoit tantost levé clu lit. Si vindrent à la première barrière, et Soulcy leur vint au devant pour la deffendre. Mais Plaisir, le gentil jouvencel, lui donna tel coup sur la teste qu’il l’esbahit, et s’en fouyt incontinent et abandonna la porte; et les deux jeunes chevaliers Plaisir et Deduyt entrèrent incontinent dedans le chastel jusques au maistre donjon, et Renom et ses compagnons qui assailloient de l’autre cousté, grippèrent et eschellerent sur piez la muraille, et tant firent qu’ilz entrèrent dedans le chastel et crièrent Chastel gaigné! à haulte voix, et firent tel bruyt que Courroux et sa mesgnie, qui encores dormoient au maistre donjon, s’esveillerent, et se misdrent à la deffense dudit donjon. Mais assez peu leur valut, car Renom fist sonner ses trompes et ses clairons à l’assault. Si assaillirent si vistement et asprement, que en peu d’eure fut le donjon pris, et quant Courroux et Tristesse virent que la force n’estoit pas leur, ilz s’en fuyrent secrètement eulx et leur mesgnie, par une faulce poterne , et entrèrent en unes brosses forts et espesses à merveille , et de là s’en fouyrent avecques les Mesdisans en la compaignie Mallebouche , là où depuis firent des maulx assez et des ennuyz au dieu d’ Amours et aux siens. Mais Renom et ses compagnons , qui le chastel du Tertre desvée de liesse ont gaigné , cercherent partout assaveir s’ilz trouveroient point Courroux, le sire de leans, et Tristesse, sa mye : mais c’est pour neant, car ilz s’en estoient foyz. Si cercherent tant hault et bas qu’ilz vindrent à la tour là où le Cuer estoit en prison, et Désir qui premier estoit comme cellui qui scavoit le lieu, car, autreffoiz y avoit-il eu belle paour, vint au pertuys de la prison et appela son compaignon le Cuer, lequel s’esveilla de son songe, et l’entendit à son advis incontinent qu’il oyt sa voix. Mais il n’estoit pas bien certain que ce fust Désir son compaignon , ains estoit comme tout esbahy, et Désir qui bien apperceut que le Cuer faisoit doubte, que se ne fust-il, parla à lui, en lui disant ainsi :
Icy parle Désir au Cuer son compaignon, et dit :
Haa! Cuer mon compaignon et frere ,
Je vous pry, faictes bonne cbiere,
Bien pert questes des gens cl’ Amours , Qui vous envoie beau secours.
Honneur y a mandé Renom,
Oncques ne volt dire de non ,
Ainsi que ne fussiez de hors mis ,
D’y venir y s’estoit soubzmis.
Prins ont ce chastel cy d’assault,
Tout est gaingné et bas et hault;
Mais de tant sui-ge esbaby,
Que Courroux qui est tant hay,
Et aussi Tristesse sa mye,
Ung tout seul céans n’y a mye ;
Tous ensembe s’en sont fouyz,
Que vifz soient-ilz enfouyz ,
Car bien scay qu’encores seront Prou de maulx ya ne cesseront.
Or ca, compaings, sailliez de hors, Trop estes à malaise du corps,
Désir suys, qui vous vient quérir, Pour mieulx vostre amour acquérir.
Icij parle l’Acteur et dit ainsi que :
A ces parolles, entendit certainement le Cuer que c’estoit Désir, son compaignon, lors tressault de joye et se lieve en piedz, et Désir avala une corde et ung baston au bout, et lui escria qu’il le inist entre ses jambes, et qu’il tint la corde roide à ses mains , et il le fist , et Désir avecques les deux chevaliers Plaisir et Deduyt, le tirèrent amont; et quant il fut hault hors de la prison, il regarda et voit Désir son loyal compaignon. Lors lui gecta les braz au coul et s’entre-acollerent si roidement, que de grant joye qu’ilz eurent quant ilz se virent, se pasmerent tous deux à chief de piece ; quant ilz furent revenuz de pâmoison , le Cuer regarda Désir, et quant il peult parler, il lui dit en telle maniéré :