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Icy parle le Cuer à Désir et dit ainsi :
Désir, mon compaignon loyal,
Point n’avez esté desloyal;
Bien pert que vous m arnez très fort . Garenty m’avez de la mort;
Mort je fusse sans nul respit,
Car Tristesse par grant despit,
Si l’avoit ordonné ainsi.
Escliappez en suys, Dieu mercy.
Ici) parle l’Acteur et dit ainsi que :
Lors Désir le prist par la main, et lui monstra les deux chevaliers Plaisir et Deduyt, et lui fist remercier de la bonne aide qu’ilz lui avoient faicte, et il le fist moult courtoisement. Si le mena Désir de là à Renom et aux autres barons qui estoient en une chambre qui se reffreschissoient , et Désir lui monstra Renom, et lui enseigna qu’il le remerciast humblement du bon seconrs qu’il lui avoit fait; et le Cuer le fist voulentiers, et en mectant le genoil à terre, lui dit ainsi :
Icy parle le Cuer à Renom et dit ainsi :
Renom, mon très gentil seigneur, Je, le Cuer vostre serviteur,
Vous remercie humblement De ce que si dilligennnent Il vous a pieu moy secourir,
Vous m’avez gardé de mourir; Mais encor le desserviray,
Tant lovaument vous serviray.
L’Acteur.
Adone Renom le pristpar la main et le fist lever en pieds et lui dit ainsi :
Icxj parle Renom au Cuer et dit ainsi :
Haa! Cuer, bien l’avez desservy,
Car autreffois m’avez servy,
Pour rien ne me fusse tenu ,
Qu’au secours ne feusse venu.
Icxj parle l’Acteur et dit ainsi que :
Lors lui fait Renom bailler à mengier et à boire , car grant mestier en avoit, et quant il eut beu et mengié, et les autres aussi, Renom fist commander que le chastel fust abatuz et clemoly, et ceulx le firent prestement qui à ce furent commis, et firent incontinent sonner les trompes. Si se deslogerent et chevauchèrent assez lion erre devers l’ost d’Honneur : et Renom alloit tousionrs devisant et demandant au Cuer de ses aventures et de sa prison, et le Cuer lui en dist ce qui en estoit et chevauchèrent tant et en telle maniéré, qu’ilz vindrent en l’ost et descendirent les barons droit devant le pavillon d’Honneur, et Honneur leur vint audevant jucques dehors son pavillon; et quant Renom le vit, si s’agenoilla, et le Cuer fist pareillement. Si parla Renom et dit à Honneur en telle maniéré :
Icq parle Renom à Honneur et dit ainsi :
Monseigneur, le mieulx que j’ay peu, Et aussi le mieulx que j’ay sceu ,
Ay fait vostre commandement;
Mais il me desplaît malement Que Courroux, quoique nully clye , Soit eschappé. Dieu le mauldye !
Yeez cy le Cuer d’amours espris , Que Tristesse ot trahy et pris, Tenez moy bien pour excuse,
Si de bon conseil 11’ay use.
lcy parle l’Acteur et dit ainsi :
En cesle partie dist ly contes, que quant Renom eust fini son excuse, le Cuer se mist à genoulx et remercia Honneur humblement. Lors les prist Honneur tous deux par la main et les tira à son paveillon, et se commença à deviser avec eulx , et leur demanda des nouvelles et de la prison que le Cuer avoit eue ; et à celle heure Désir se pounnenoit par devant le paveillon, et Honneur l’apperceut; incontinent si l’appela et lui tendit la main, et lui fist très grant chiere. Lors parlèrent grant piece ensemble , et Honneur demanda au Cuer et à Désir qu’ilz vouloient faire et s’ilz vouloient demourer en l’ost pour aler sur les Mesdisans. Lors le Cuer se mist à genoilz et respondit ainsi :
lcy respont le Cuer à Honneur et dit ainsi :
Monseigneur, je vous en cliray,
De riens je ne vous clesdiray,
Obligé y suis de raison,
Car gecté m’avez de prison.
Mais je vous requier sur ce point,
Que pour Dieu, ne me tenez point,
Car aler vous fault bellement,
Pour vostre très grant mandement,
Et je ne puis plus séjourner,
Pour riens que l’on me sceult donner,
Autrement me parjureroye.
Et du tout mou veu faulceroye.
Donc, s’il vous plaist je m’en iray, Et tant partout je sercheray,
Que trouveray Doulce-Mercy,
Pour qui venu suys jucques cy.
Si vous plaist me commander rien A mon povoir, le feray bien.
Icij parle ï Acteur et dit ainsi que :
Lors Honneur prist le Cuer par la main et le fist lever en son estant , le remerciant doublement de ce que ainsi s’oflfroit à lui, et en lui baillant congié benigment lui dit ainsi :
Icy parle Honneur au Cuer et dit ainsi :
Cuer amis, puisqu’il est ainsi,
Que demourer ne povez cy Et qu’avez empris tel conqueste,
Par Désir à vostre requeste ;
Contre vos grez ne vous tiendroye,
Pour rien faire ne vouldroye,
Ainçois requer au dieu d’ Amours,
Qu’il nous vueille aider tousiours A bien parfournir vostre emprise,
Ainsy que l’avez entreprise.
Mais s’il vous fault or ny argent ,
Ne nulz homs de la menue gent Pour vous conduire ne guider,
Qui de rien vous puisse aider ,
Prenez en à votre plaisir,
Car pas n’en auray desplaisir.
Recommandez-moy humblement Au dieu d’ Amours en lui disant Que très voulentiers lui feroye Tel service dont il eust joye,
Voire amis se vous le voyez ,
Et ses barons me saluez.
Et pleust à Dieu mon creatour Que fussiez icy de retour,
Car je vouldroye qu’il fust ainsi,
Et qu’eussiez la Doulce-Mercy.
Je ne vous sauroye plus que dire ,
Je vous commans à Dieu, beau sire.
Icy parle l’ Acteur et dit ainsi que :
A ce mot, prist le Cuer congié d’Honneur et Désir aussi, et Honneur les acola benignement ; mais en saluant et prenant congié des barons qui estoient autour d’Honneur, Désir ad visa Largesce qui estoit là. Si tira le Cuer à part en lui disant et remonstrant que puis qu’ainsi estoit que Honneur leur avoit offert à prendre de ses gens pour eulx conduire ou aller avecques eulx , que il savoit bien et estoit certain que encores leur feroit mestier à leur conqueste la personne de Largesce; et que bien estoit d’oppinion qu’ilz priassent Honneur qui leur laissast aller avec eulx ; et le Cuer si accorda , et firent incontinent leur requeste à Honneur qui voulsist laisser aler Largesce avecques eulx, et il le leur octroya do ulcement, non obstant qu’il s’en départit bien ennis, car il avoit voulentiers tousiours Largesce avecques lui et auprès, et moult l’amoit. Mais pour ce qu’il leur avoit offert , jamais ne leur eut reffuzé. Si commande incontinent à Larg esce qu elle alast avec eux où qu’il leur plairoit : et Largesce le fist très voulentiers ; et à ce mot , prindrent congié tous trois et yssirent de la tente d’Honneur, et s’en vindrent par le paveillon de Bon-Renom pour prendre congié de lui; car trop avoit fait grant courtoisie, comme avez cy arriérés ouy. Mais en entrant qu’ilz faisoient au paveillon, Renom,
les entrevit et leur vint audevant. Si les prit par la main et les mena en son paveillon. Il fut tart comme après heure de vespres et temps de soupper. Si furent les tables drescées, et Renom les retint au soupper voulsissent ou non. Combien qu’ilz demourerent voulentiers , car assez estoient accointés de luy. Si les pensa et aisa au mieulx qu’il peult. Après soupper, s allerent ung petit esbatre, et le Cuer qui fort desiroit avoir l’acointance de Largesce , pour ce que nouvellement estoit en sa compaignie , s’approucba d’elle, et fist tant que en peu d’eure furent bien acointez et privez l’ung de l’aultre; et Renom et Désir devisoient l’ung avec l’aultre du départ que le Cuer vouloit faire et de la conqueste qu’il avoit entreprise , et tant devisèrent les ungs et les autres qu’il fut nuyt et temps de concilier. Si se retrayerent au paveillon et Renom fist drescer deux litz et se couchèrent lui et Désir en l’un, et le Cuer et Largesce en l’autre. Ilz le firent assez voulentiers comme ceulx qui n’avoient où logier, au moins les deux compagnons le Cuer et Désir. Si divisèrent ung petit ensemble avant que dormir, de leur voyage et de leur entreprise, et Largesce les escoutoit voulentiers et en demandoit au Cuer plus saige de ce qu’il avoit à faire. A chief de piece, s’en dormirent tous quatre par accord, jucques au lendemain au point du jour, que Désir s’esveilla le premier et ala appeler le Cuer qui encores dormoit, et le Cuer s’esveilla et appella Largesce. Si se levèrent , et entant qu’ilz s’abilloient , s’esveilla Renom, qui fut tout esbahy de les veoir lever si matin ; si se leva et abilla comme les autres. Puys allèrent oyr la messe tous ensemble. Et quant la messe fut dicte, les trois compaignons le Cuer et Largesce, s’en revindrent à Renom, et en prenant congié de lui, le Cuer parla pour eulxtous, en disant ainsi :
lcy parle le Cuer à Bon-Renom et dit ainsi :
Mon très doulx syre Ron -Renom,
Y ecy Désir, ainsi a nom ,
Et Largesce que cognoissez,
Estre despieça saige assez;
Qui voulons congié de vous prendre ,