‹ Œuvres complètes du roi RenéChapitre 17 sur 67 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

Icy s en suit la forme et maniéré des vers qui escripz estaient soubz les armes de Marc- A n th oine, empereur des Romains :

Marc-Anthoine empereur suys le saige et prudent, Bon philosophe fuz, et puis secondement Singulier orateur et parlant saigement.

Moy en qui habondaient de grans biens largement, Pour toute ma science et le cloulx parlement Que mis au dieu dAmours tant gracieusement,

Je n’ay peu résister que ne viengne ung présent Faire de mon blazon , par le commandement De la belle Faustina, de qui fuz tellement Sourpris et embrazé, que viens diligemment Moy rendre à l’hospital d’ Amours benignement,

Si qu’on voye mon cas après mon finement.

Ici/ parle i Acteur et dit que :

A la bande opposite des blazons dessusditz, aussi hault voir ou plus que l’escu du très saint roy David sous la couronne cl’or, lequel estoit d’azur à une harpe d’or, de trente-huit ou quarante cordes d’argent, soubz lequel avoit lectres en ébreu escriptes, desquelles ce quecevouloit dire pas ne se peut savore. Mais desoubz celles-là estoient telz vers escripz en françois ainsi ne plus ne moins que cy-après s’en suivent :

Ici] sont les vers escriplz soubz les armes de David , roi de Judée :

David roy de Judée tel fut mon propre nom ;

En puissance et vertu avoyct assez renom.

Et en batailles euz victoires en maint heu.

Je fuz saiges et prudent et fort amé de Dieu.

Mes faiz durant ma vie faisoient à louer,

Et après mon decliief sont beaux à raconter. Neantmoins que tuay Goulias par vertu,

Je fuz au dieu d’ Amours obligié et tenu,

Lequel me list somer qu’omaige je lui feisse. Excuser ne m’en peuz, force fut que y venisse. Par la belle Urianne fu d’y venir contrains, Apportant mon blazon comme d’amours actains.

Icy parle l’Acteur et dit que :

Plus cl assez cpie nesung des autres blazons, tant fussent-ilz empereurs ne roys, ou lieu plus hounorable estoit nagueres fait freschement et de nouvelle paincture, moult richement et très autenticquement, ung cerf volant blanc comme neige , dont les ailes estoient coulorées de plumes vertes , blanches et rouges. Lequel cerf avoit sur sa large raineure haultement posée, une coronne d’or chargée de pierrerie riche et resplendissant, dont les fleurons estoient espanoilz cà et là; lesquielz tenoient grant umbre à merveilles, et son coul avoit ung lambeguin noué desoubz la gorge, large et plantureux, fait d’azur pur et fin à trois fleurs de liz d’or grandes et reluisans et forment relevées aussi. Lequel cerf se sourcloit plus des trois pars du corps , comme veullant ou voler ou saillir en soy lanczant d’un rosier verdoyant, dont les roses estoient espanouies par lieux et blanches comme lis. Soubz lequel cerf avoit lectres toutes cl’or escriptes, lesquelles pour voir dire n’estoit pas en povoir de si loign savoir lire, tant hault estoit la paincture là faicte. Si n’en scet pas ly contes au vray que raconter; pource à tant s’en taist et vient à déclairer des autres maints blazons. Et tout premièrement.

Icy dit l’Acteur que :

La veue de l’œil du Cuer regardant les blazons soy bessa lors ung peu comme l’acteur raconte. Choisissant ung escu sans coronne, lequel

estoit de gueules à ung dragon d’or volant, ongle et denté d’argent, ouvré de musayque 1 , lequel escu estoit ja par vieillesse moictié descouloré et presque tout terny, desoubz lequel avoit lectres antiques escriptes, qui disoient ainsi :

Ici) sont les vers escriptz soubz les armes de Theseo :

Theseo suys qui ay eu renom et vaillance,

Qui maint pays ay conquis et tins à ma plaisance ,

Et de mes mains tuay et destruys à oultrance Le cruel Mynotaure, et puys fis aliance Avecques Hercules. Lors fusmes d’abondance En l’enfer deschaignez, de nostre grande puissance,

Le grand chien enragé, qui par droite ordonnance Fut nommé Cerberus. Touteffoiz l’acointance Adrienne et sa seur Phedra, la belle et blanche,

M’a conquis et gaingné et donné pour neance D’apporter mon blazon, si avez souvenance Qu’Amours donne à la foiz pour plaisir desplaisance.

Ici) parle l’Acteur et dit que :

A l’opposite du dessusdit escu en avoit ung autre, presque aussi ancien et de pareille façon, si non en tant que les armes estoient différantes. Car cestui escu estoit de sable à ung aigle d’or, desoubz lequel estoit en ce poinct comme ycy sans faillir est escript :

Ici) sont les vers qui escriptz estoient sous les armes de Enée troijen :

Enée troyen suys, lilz d’ Anchises mon père,

Comme l’ouy conter à Vénère ma mère ,

Musayque , mosaïque.

Qui euz moult grand renom entre les Troyens.

Mais Amours m’enserra en ses estroiz lyens,

Dont fuz deux foiz contraint de venir ou voyage Ouquel songneusement viens en pèlerinage ,

Car Creusa me fut la première contrainte,

Pour laquelle plouray depuis des larmes maintes,

Ou pais d’Ytalie quant de Troyes vindray ,

Et que je sceu la mort de Creusa que j’amay.

Puis l’amour de Lavigne \ fille au roy latin , fu Cause dont j’ay ycy le mien blazon pendu.

Icy parle l’ Acteur et dit que .

Arriéré d’autre part, estoit ung grand escu pendu en la foulle des autres escartelé d’or et d’azur, mais pource que ledit escu estoit plus hault de beaucoup que nesung des autres , tant fussent-ilz empereurs , voir ou roys. Ly contes si dit que Cuer le regarda comme soy esmerveillant. Si le prist sans faire pose à lire les vers qui desoubz estoient. Lesquel z ainsi disoient ;

Icy povez veoir les armes qui escripz estoient desoubz les armes de Archiles ,

disant ainsi :

Archiles ay-je nom qui ou temps que regnay De prouesse et renom la famé je portay.

J’ocis o mes deux mains Ethor, et le tuay,

Et fit des autres faiz, ou bien je m’esprouvay,

Ou temps que je regnoye, pluseurs hommes trouvay,

Eulx esprouvant à moy, desquelz je me vengeay.

Mais toutefibiz je fuz, oncques ne le celay,

Subgiet au dieu d’ Amours , car je fu , il est vray,

Lavigne , Lavinie.

Vaincu par Pollicene , laquelle tant amay Qu’à l’hospital m’en vins et mon blazon chergeay, Et dessus le portai humblement l’atachay ;

Tel m’atourna Amours que raconté vous ay.

Atanl parle l’Acteur et dit ainsi que :

Joignant de Tescu d’Archiles estoit ung autre escu du tiers plus plantureux, d’estrange façon, plus en forme de targe que d’ escu, lequel estoit de gueules à trois coulonnes sur bout, toutes d’or, soubz lequel escu ou targe estoient les vers escriptz comme cy-après s’en suivent.

Ici) sont les vers qui escriptz estoient soubz le blazon de Hercules, lesquielz

disoient ainsi :

Hercules suys nommé le fort et le vaillant ,

Qui de Jove fu filz, vertueux et puissant,

Et ma mère avoit nom la doulce Alquimena.

De grant force fu plains, dont fort on me cloubta,

Mais neantmoins ma force , contraint fu en mes jours De me rendre subgiet et serf au dieu d’ Amours ,

Par Janua ma moullier, ainsi elle avoit nom,

Dont l’amour me contraint d’apporter mon blazon,

Et le mectre au portai courtois et gracieux De cet hostel nommé l’hospital amoureux.

Celui qu’ amours surprent aura ycy sa place,

Prengne en gré qui vouldra, amour vieult qu’il se face.

Icy parle ï Acteur et dit que :

Ung bien plus petit et plus à la main droite, estoit ung escu bel et d’ancienne façon , sinon en tant que les figures de dedans estoient moult

merveilleuses et estranges à veoir.. Car ledit escu estoit d’azur à trois crappaux rampans, d’or fin. Soubz lequel estoient les vers escriptz pareils, comme ycy après s’en suivent :

Telz molz et pareils estoient escriptz soubz les armes de Paris , disant ainsi :

Paris est mon droit nom , le bel et gracieux ,

Le très noble pasto ur doulx et mélodieux ,

Et filz au roy Priam, puissant et vertueux,

Celui qui des déesses le don de vertu eux,

Moy présentant la pome, voire dessus tous ceulx Qui de servir Amour estoient envieulx ,

Disant que de beaulté ne m’approuchait nul d’eulx.

Digne fu d’avoir dame , et en armes moult preux.

Mais 1’ appetit d’amer me fut tant savoreux,

Que venir me convint, pensif et langorenx,

Mettre cy mon blazon , excuser ne m’en peux ,

Par Helaine la belle, dont fu trop amoureux.

Ici) parle l’Acteur et dit que :

De l’autre bande a voit ung presque pareil escu, non pas ainsi figuré, mais de telle grandeur, lequel estoit d’argent à ung lyon de gueulles assis en une chiere d’azur, et estoit ledit lyon danté, langué et onglé d’or, soubz lequel escu estoient les vers cy desoubz escripz.

Icy sont les vers qui escriptz estoient soubz les armes de Troijlle :

Troylle suys nommé, qui ay eu en mon temps Assez force et beauté, et fuz homme puissans.

Maintes vailiances fis, dont on scet à parler,

Et de faiz d’armes maint, qui moult sont à louer.

Mais néantmoins tout ce j’ay esté combatu D'amours et assailli à oultrance et vaincu Par Grisade, dont j’eu le cuer si esprins Que fu en ses lyens fort enserré et prins.

Pourquoy le dieu d’ Amours veult que je m’entremecte De venir ou portai , et mon blazon y mecte.

Si lui ay apporté en faisant mon devoir,

Et fay ycy posé, où chacun le peut veoir.

Icy parle ï Acteur et dit que :

À f opposite estoit ung autre escu d’argent à une bure de sanglier de sable , soubz lequel escu estoient escripz les vers qui après s’en suivent.

Icy sont les vers qui estoient sous les armes de Deomedes :

Déomedes ainsi on me nomma

Puissant et vertueux, que fort on redoubta.

En maint cruel estour, mon corps bien l’esprouva. Mais à Amour fu serf, qui à soy me tourna,

Pour Grisayde amer, que Troylle emmena Et en fut amoureux, puis elle le trompa ;

Car par sa voulenté guères ne demoura Que des mains lui ostay comme elle l’ordonna.

Le feu ardent d’ Amours pour elle m’enbraza,

Tant que je fu contraint de venir par decza A porter mon blazon, ainsi le commanda,

Et à cest hospital à la tin m’envoya.

Icy parle l'Acteur et dit que :

Auprès du dessusdit escu estoit ung autre escu plus ancien d’assez,

lequel estoit d’or à une teste de lyon de gueulles, languée d’azur et dantée d’argent,, soubz lequel escu estoient escripz les vers qui après s’en suivent :

Icij sont les vers qui escripz estoient soubz les armes de Demophontes :

J’aynom Demophontes, roy grec, pieux et vaillant,

Qui ou temps que je fu dessus terre régnant,

Toutes choses plaisans ainoye de bon cueur,

Et si avoye assez force, puissance et honneur.

Grandes richesses tins, suhgietz et grant avoir,

Mais toutefïbiz me volt le dieu d’ Amour avoir.

Son homme lige fu subgiet et asservis

Par l’amour de ma femme, qui ot a nom Philis.

Tant en fu-je sourprins , qu’il faillut que je feisse De mon blazon présant , hommage et sacrifice.

Moy meismes faportay, et assis sur la porte,

Celui qu’ Amours mestroye 1 , ainsi fault qu’il l’apporte.

Icy parle l’Acteur et dit que :

Sur l’un des carrez de ladicte voulte estoit plus à la veue et au jour que pluseurs autres qui la pendoient cza et là sur la porte, ung escu bel et large, assez frais, et non trop, lequel estoit bandé d’argent et de gueulles, soubz lequel estoit escript ainsi :

Telles estoient les parolles escriptes sous les armes de Lancelot du Lac.

Lancelot du Lac suys, qui bonne renoirmée Euz en armes autant que créature née.

J’ay en mon temps conduit et mené mainte armée,

’ Mestroye , commande.

Et plusieurs paveillons conquestay en la prée,

E à maint combatans , l’ame du corps ostée.

D’assez de gens estoit ma force redoubtée ,

Et ma vie de tous prisée et lionnorée De vaillance à désir, de prouesse à pencée ;

Mais le fort d’art d’Amours, à ma force muée,

Par la belle royne Genievre fut nommée,

Dont ma char fut tant fort esprinse et embrasée ,

Que mon enseigne j’ay sur le portai posée.

Icy parle l’Acteur et dit que .-

Joignant du précédent escu, estoit ung autre escu d’or à une bande de pourpre, soubz lequel estoit escripz ce que après s’en suit.

Icy disoient les lettres qui soubz les armes de Tristan escriples estoient :

Je suys nommé Tristan, dont cbascun scet la vie.

De la force que j’euz , maint homme eurent envye.

Je fu à plusieurs pas, où fort on restuoit Mon cry par vaillance , qui en moy se trouvoit ,

Quant me sentoye armé, ne trouvoye homme né,

Si mon party ne tuis , qu’à mort ne fust mené.

Or est venu le temps , que le dieu d’Amours m’a En personne adjourné , à venir par decza ,

Comme son prisonnier lui faire obéissance.

Résister n’y ay peu pour toute ma puissance.

A l’ospital convient qu’à tout mon blazon j’aille Par l’Amour Yzau, royne de Cornouaille.

Icy parle l’Acteur et dit que :

Plus de nouvelle façon soubz les deux précédais escuz , estoit ung escu

pendu, lequel estoit noir, goûté de larmes blanches sans autre différence, lors que ledit tableau, sur quoy estoit posé ledit escu, estoit painct aux armes de Galice, c’est assavoir de gueulles à coupes d’or, et le champ estoit semé de trefles d’or aussi. Soubz lequel tableau estoient escripz les vers qui s’en suivent icy après.

Icy sont les parolles qui escriptes estoient sous les armes de Ponthus ,

qui disoient ainsi :

Je suys Ponthus nommé, de qui chacun parla.

Au temps que je fuz vif, fort on me redoubta.

En maint palais de nom ma vaillance on conta.

Pluseurs choses emprins , dont los on me donna ,

Grans faiz d’armes je fis. En la forest qui a Bréciliant nom ma force si prouva.

Mais riens ne m’a valu, car mon cuer s’adonna Ou service d’ Amours , de qui le dieu manda Que venisse vers lui , son subgiet me clama ,

De mectre mon blazon ou portai m’ordonna,

Par Sidoyne, fille du roy qui gouverna La petite Bretaigne, pour le temps qu’il régna.

Icy parle l’Acteur et dit que :

Joignant duquel escu, estoit ung escu d’azur à trois couronnes d’or, soubz lequel estoit escript ce que cy après povez veoir \

Ainsi estoit escripz soubz les armes du petit Arthur duc de Bretaigne :

Le petit Arthur suis, qui fuz duc de Bretaigne,

1 Ces deux lignes sont empruntées à l’autre manuscrit.

Qui maint noble vassal menay soubz mon enseigne. De gentilz femmes fis, en mon temps, grant reflfus, Dames, demoiselles, filles de puissans ducs,

Et de contes aussi, que bien povoie avoir,

Quant d’en estre amoureux j’eusse fait mon devoir. Mais oncques je ne vauts à ce moy consentir,

Et touteffois Amours m’a fait son dart sentir;

Car ma personne fut esprise et embrasée D’une par qui j’ai cy mon enseigne aportée. Jehennette de Lestang estoit son propre nom, D’assez povres parens et de simple maison.

Ici) parle l’Acteur et dit que :

Maints autres escuz et aldargues morisques et targes d’Almaigne avoit audit portai bault et bas d’un cousté et d’autre, sans nombre et à si grant quantité, que possible ne seroit les nombrer. Esquelz avoit maintes diverses ligures et escriptures desoubz en lectres grecques et lectres morisques en aimant, en latin et en anglois, en espaignol, en lombart, en hongre, en behaignon et en maints autres langaiges, ja effacez si que ne seroit plus possible de lire , n’aussi de raconter, et pour ce s’en taist facteur quant à présent, mais vient à réciter entre les autres d un escu gent et riche que le Cuer convoicta de savoir qui s’estoit, ne à qui il povoit estre , car il estoit d’azur à trois fleurs de lis d’or, et sur le chief avoit trois lambeaux d’argent; et estoit à destre ledit escu ung loup d’un des coustez, et d’un porc-espy d’autre, desoubz lequel riche escu avoit en bonne lectre escript ne plus ne moins comme icy s’en suit :

Telles sont les armes de Loys duc d’Orléans , et les vers qui soubz estoient

escripz, disoient ainsi :

Loys, duc d’Orléans, fdz au roy Charles-Quint ,

Doulx, courtois et benign, comme la voix se tint.

Mon sens encontre Amours assez bien se maintint. Ma liberté et moy longuement se retint;

Car on trouve que fuz par voix cle plus de vingt D’aucunes assailly, dont l’amour ne me print.

Mais voulenté d’amer soudainement me vint.

Adonc de m’y bouter le vouloir me sourprint,

Tant et si ardamment que mon désir emprint D’aler au dieu d’ Amours , qui doulcement m’a print La voye à l’ospital ne scay s’en riens m’esprint, Mais mon blazon y mis, en ce point en advint.

Icy parle l'Acteur et dit que .

Joignant duquel, sans aulcune espace , estoit là ataché ung autre escu d’azur à trois fleurs de lys d’or, bordé d’une bordeure de gueulles dentelée, lequel escu si estoit à destre d’un cygne blanc navré en la poictrine , et de l’autre cousté d’un hours brun et très bien fait et paint bien proprement, desoubz lequel estoit en ung rollet escript :

Telles estoient les annes de Jehan duc de Berry , et les lettres qui soubz esloient

escriptes disoient ainsi :

Jehan duc de Berry suis, ce de vérité saige,

Qui en tenant prison , et pour mon père ostaige Le roy Jehan qui estoit ès mains des Anglois pris,- Je fu si ardamment d’estre amoureux espris D’une dame Englaische , servante au dieu d’ Amours , Que vaincu me senty par ses gracieux tours.

Pour elle prins ung mot, et mis soubz mon escu Le cygne blanc navré. Autre mot puis n’y fu.

En ses lyens me tint, dont je ne peu partir,

Et lors me commanda, le dieu d’ Amours venir

Moy rendre son subget, avec ceulx qui y sont, Apportant mon Ijlazon , comme les autres font.

Icy parle /’ Acteur el dit que :

Ung peu plus bas estoit au costé destre en celle mesme bande ung autre escu d’azur, semé de fleurs de lis d’or, et en celui escu avoit une bande de gueulles pour différence. Lequel escu estoit environné d’une sainture d’azur, en laquelle avoit en lectres d’or escriptes : Espérance , et estoit ledit escu adestré de deux blans chiens camus qu’on appelle martelé. Soubz lequel escu avoit ainsi escript comme cy s’en suit :

Telles sont les armes de Loys, duc de Bourbon , et les lectres qui desoubz escriptes esloient , disoient en ceste maniéré :

Loys duc de Bourbon suys nommé par droicture Courtois et gracieux, et degente faicture,

Qui de toute beauté et doulceur par mesure Fu assez accompli. Dieu mercy et nature Mainte dame d’honneur, si ont mise leur cure Que mon corps fust contraint d’amoureuse aventure.

Maint œil m’ont assailly de leur aspre paincture.

Mon escu ont enclos d’une doulce sainture.

Espérance est le mot, dont l’escript tousjours dure.

Mais non obstant tout ce je vous promet et jure Qu Amours m’a fait enfin, par sa labour obscure,

Mectre cy mon blason, dont voyez la figure.

Icy parle l’Acteur et dit que :

Ung petit plus hault estoit emprès de l’escu précédent ung autre escu plus grand et ung petit, lequel estoit de France, de Bourgoigne, de Bar-

bant , de Lembourc et de Flandres sur le tout. Et le premier quartier estoit d’azur semé de fleurs de lis d’or à une bordeure coponnée d’argent et de gueulles. Le second quartier estoit de Bourgoigne, de six pièces en bandes d’or et d’azur à une bordure de gueulles. Le tiers quartier estoit de Brabant, de sable à un lyon d’or armé et lempassé de gueulles. Le quart estoit de Lembourg d’argent à ung lyon de gueulles, à la coue forchue, croesée et partie en sautouer onglé et denté, et couronné d’or et lempassé d’azur. Et sur le tout pour Flandres estoit d’or à ung lyon de sable, armé et lempassé de gueulles, près duquel escu avoit tour par dehors ou tableau où estoit ledit escu assis, petitz fousilz sur pierres dont sailloient étincelles de feu, lesquelz estoient très gentement semez par lieux qui fort embellissoient le tableau qui estoit mesparty par quartier de noir et de gris seulement, et ou pré du tableau avoit lettres escriptes en vers rimez dont la teneur s’en suit :

Telles sont les armes de Phelippes duc de Bourgongne , et les motz gui desoubtz estoient escripz, disoient en ceste manière :

Je Phelippes de Bourgongne, tel est mon nom tenu Qui en amer me suis tout mon temps maintenu Où le dieu d’ Amours m’a doul cernent souslenu.

Mais en la Fin luy est de mon fait souvenu Dont force m’a esté que je soye venu Vers luy comme son serf, lequel m’a retenu Et pour ce que je scay, par estre combatu Des batailles d’Amours, que j’ay esté vaincu En plusieurs naçions , où me suys embatu.

Je me suis en présent au dieu d’Amours rendu.

Et viens à l’ospital aporter mon escu Et dessus le portai l’ay doulcement pendu.

Ici) parle l’Acteur et dit :

Ung petit plus hault non voir de guères, de ce mesme cousté, avoit

ung blazon bel et riche de nouvelle faczon , là fichie et assis , lequel estoit escartelé de France et de Millan, c’est assavoir de France à la destre d’azur à trois fleurs de lis d’or à trois lambeaux d’argent , et à la senestre pour Millau d’argent à une bize d’azur anglou tissant ung guelfe de gueulles tout formé. Et ès quartiers dudit escu estoit en bas Millan à destre, et France aux trois lambeaux d’argent à senestre, par contre des quartiers de dessus. Lequel escu estoit environné d’un camail d’argent , et à destre d’une part d’un porc-espy et de l’autre d’un loup. Et dessus ledit blazon avoit escript , en bonne lectre et bien lisible , les vers qui cv après s’en suivent :

Telles sont les armes de Charles Quint ro\j de France, et les vers qui souhz estaient escriptz, disoient ainsi :

Je Charles Quint de France roy vertueux et saige

F u filz du filz nommé Loys par droit usaige

Qu’en son temps pour sa part tint vraiment l’éritaige

D’Orléans la duchié. Voire en apasnaige

Après l’ay possidée; puis par mon hault couraige

Tins pié coy en bataille , dont souffry maint dommaige ,

Car prins fuz des Anglois et mené en servaige,

Et tant y demouray qu’en aprins le langaige,

Par lequel fus acoint de dame belle et saige,

Et d’elle si espris, qu’à Amours fis hommaige,

Dont maints beaux ditz dictie bien prisez d’avantaige,

J'ay mis mon blazon cy cloué en cest estaige.

lcy parle l’Acteur et dit :

Ung autre escu en suivant estoit d’azur à trois fleurs de lis d’or à une bande de gueulles, autour duquel escu avoit paints potz d’or cassez, dont vssoit grans flammes de feu gregeays, et le champ sur quoy lesditz potz estoient my party en quartier de noir et de bleu, soubz lequel tableau cstoient escriptz les vers qui s’en suivent.

Telles sont les armes de Charles duc de Bourbon et les vers qui soubz estoient

escriptz disoient ainsi ;

Charles de Bourbon suys, qui grant renom avoye En gracieuseté , ou temps que je régnoye.

Entre tous me trouvay joyeulx et esbatant,

Comblé de plusieurs biens que l’homme est désirant, Courtoisie, beaulté, bonté, trésor, largesce,

Sens et hounesteté, bon advis, grant prouesse.

De dames assailly, plus que mon père assez,

Dont, par l’ardeur d’ Amours, je prins comme savez Pour mon mot feu grégeoys, mais néantmoins mon feu, D’aler à l’hospital en la tin contraint fu.

Hommaige au dieu d’Amours comme les autres fis,

Et dessus le portai le mien blazon assis.

Icy parle l’Acteur et dit :

Ung autre escuavoit joignant de cestui, lequel estoit plus grant et spacieux. Ou dessus avoit une couronne d’or, lequel estoit à une souche d’or painte par semblant, là pendu, et n’ avoit ladicte souche que ung seul et vert cyon. Lequel escu estoit en chief de trois royaumes, parti de Hongrie, de Sicile et de Jérusalem. Et en pié aussi de deux duchez. C’est assavoir d’Anjou et du Bar. Et pour Hongrie, estoit fessé de huit pièces d’argent et de gueulles. Pour Sicile , d’azur semé de fleurs de lis d’or à ung rateau de gueulles. Et pour Jérusalem, d’argent à une croix d’or potencée et quatre croix d’or dedans les quatre quartiers. Et pour Anjou, cl’azur semé de fleurs de lis d’or à une bordeure de gueulles. Et pour Bar, d’azur à deux barres d’or semé de croisettes croisetées cl’or au pan fichie. Soubz lequel blazon avoit lectres en langaige francoys escriptes, qui disoient ainsi :

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