TOME III
Emprez moy pour celle nuyt là.
Lequel de mon cry s’esveilla,
En demandant : — Vous fault-il rien?
Je lui respondis : — Oy bien.
Lors en soupirant ainsy dys :
— Ha! Très doulx Dieu de paradis,
Je crois qu Amours a desrobé Mon cuer et o luy emporté.
Car à la main mon costé sens ,
Mais de mon cuer je crois suis sens1. Sentir ne le puis nullement;
En luy n’a aulcun mouvement.
Et sy me doubte d’autre part Qu’ Amours mon costé à son dart N’ayt percié pour prendre mon cueur.
D’angoisse en suis en tressueur.
Lors se leva et apporta De la chandelle, et regarda Dans ce que plus fust délayé Mon costé s’il estoit playe,
Et vit que c’estoit tout neant.
Sy me dist tout en souzbriant Que je dormisse seurement,
Et que n’avoye nullement Pour ce mal garde de morir.
Lors par luy me fit recouvrir,
Et de honte plus mot ne dis.
Neantmoins encore toudis Estoie effrayé, et sy mis Bonne piece ains que m’endormis.
' Jeu de mois un peu obscur. Le bon Roi veut dire : — Je sens bien mon côté , mais je crois être sans mon cœur, car il n’a plus aucun mouvement.
Dont le matin .quant me leva y, le papier prins.et escript ay, .
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Dont le matin, quant me levay,
Le papier prins, et escript ay Mon songe, au plus prez que j’ay sceu , En priant à tous, s’il est leu En quelque bonne compaignie Oue l’on excuse ma follye,
Car le mal d’amer sy est telz Qu’il n’espargne jeune ne vielz.
Lequel maintez gens fait souvent Songer dormant et en veillant ,
Quant bien à son grez on n’a pas Allégement des estroitz las.
En quoy Amours tient maint de rire, Sy m’en veulx taire sans mot dire , Fors que cest livre cy fut fait Mil quatre cens cinquante sept.
L’Acteur :
Mon très chier et très amé nepveu et cousin ', ainsy doncques comme avez pu veoir et entendre par escript pareillement , sur ce povez comprendre mon piteux cas et ma grieve peine au long considérer. Laquelle m’est advenue par trop tost croyre, et de ligier fuyz au rapport de mes yeulx le plaisir de mon cuer plustost de assez que sa propre santé. Vous requérant que quant aurez bon loysir, veuilliez penser ainsy que bien scaurez pour m’en mander vostre très bon advis , et ce que à faire doresnavant auray pour singulier remede et convenant régime. Sicques sy fort ne sy souvent je ne puisse estre tempté ne ainsy tormenté de ce subtil esperit au vouloir impossible, nommé le dieu d’ Amours, qui embrase les cuers de très importun désir. Lequel fait les gens tant amer qu’ilz en meurent ou
1 Jean de Bourbon.
sy très fort languir qu’ilz n’ont ung seul bon jour. Et pour ce que je scay du tout certainement que esprouvé l’avez, ainsy je vous en parle, en vous pryant que s’il est riens que pour vous faire puisse, que le me faittes scavoir et vous me ferez très souverain plaisir. Car prest suys et seray à mon loyal povoir de tousdis accomplir voz plaisir et vouloir comme celuy qui s’y rend tenu et obligé. Pryant à Dieu qui vous doint ce que vostre cuer desire, et autant de bien et en amours de joye comme pour moy vouldroye.
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ET