‹ Œuvres complètes du roi RenéChapitre 37 sur 67 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

sainctet liault nom voire, et que cest amour te meuve de charité et depende de l’amour de Dieu. Et quant ton amour sera telle, tu n’auras ny ne pourras avoir nul courroux qui doive estre contre la volenté de Dieu ne ne murmureras contre sa souveraine majesté. Et par ainsy ceste amour sera très juste et très sainte, laquelle se peut comparer au très bel et plaisant, cler et bruiant ruisselet, qui vient de la fontaine dont naist la très saincte et parfaicte bonne eaue. Lequel gent ruisselet par les lieux où il passe rend ung doulx son estrivant 1 au gravier, et se abeuvre la prée à l’entour en telle maniéré que l’erbe en verdoye toute, et si est drue, menue et poingnant2, semée par lieux de fleurettes petites, plaisantes et belles, souef odorans qu’ilz sont, de couleurs maintes et de façons diverses qui aornent la preel 3, dont la contrée en est embellie d’ asses trop plus que de nul autre lieu de là près qui soit en nulle part pour les passans illec solacier. Tous lesquelz delices et beautez que j’ai dit cy dessuz procedent seulement de la frescheur et humidité attrempée dont est trempée la terre du beau preel. Et puiz doncques que en ce très beaul et joly ruisselet a tant de biens et de plaisirs , par plus forte raison doit estre la fontaine dont le ruisselet procede trop plus voir delittable, doulce et délicieuse, sans comparaison nulle, que n'est T eaue qui en habunde et s’en part alant hors coulant.

Or revenons doncques à celle très saincte et singulière fontaine de l’amour de Dieu qui abeuvre Famé de souveraine contentesse, laquelle amour ne peut nullement estre ditte entière ne vraye, par façon qu’elle puist faire verdir, florir ne porter fruit quel qu’il soit pour enbellir et aourner de vertuz le corps de où il pose se elle n’a en elle trois choses principales : La première si est quelle doit passer oultre toute aultre amour qui puist estre faitte, diste ne pensée. Et se aultre amour y a il convient quelle depende d’icelle seule amour comme fait le ruisseau qui part et naist entieremeut d’une fontaine seule, sur quoy te certiflie que tant plus l’ameras, plus le vouldras amer, et plus fort te plaira la saincte et delittable contemplacion que en toy prendras, laquelle ne donneroie pour

Estrivant , en s'opposant. — 2 Poingnant , piquante. — 3 Preel , prairie.

nul aultre avoir alors que bien parfaitement y auras mis ton cuer et entente. La seconde chose doit estre que tu craignes et doubtes de perdre sur toute rien plus que de perte que tu puisses faire par ta coulpe et par ton deffault l’amour de Dieu, laquelle tu dois vouloir acquire. Car se par ton deffault ne vient, de sa part ne viendra pas, de cela je t’assure veue sa bonté et doulceur et l’amour qu’il a et porte envers humain lignage , qui est si fervent et entier que plus on ne puet dire, tesmoing sa très cruelle et piteuse passion, que si doulcement et benignement, par fine amour, voult et daingna souffrir, laquelle t’est si notoire que ne le dois ignorer.

La tierce et darreniere est que à toute heure et sans delay ne sans penser qui soit, tu mettes paine et prendes garde à toy estudier sans cesser de faire les choses que tu sees et penses qui plus doivent plaire à sa majesté pour plus accroistre l’amour qu’il te porte de sa benigne grâce , car je t’advise que tousiours il rémunéré, pour ung, bien cent et plus, et si n’a en ce nul temps perdu car on ne puet mieux faire. Et se sur la première part d’amer ton créateur plus que aultre riens qui soit, veulz scavoir la façon et maniéré que tu as à tenir, vecy comment tu en pourras user.

Une similitude.

Prens qu’il fut advenu que ung charretier qui avoit une charrette atelée de deux chevaulx, de quoy il gaignoit sa vie, marchanda à un très puissant seigneur et riche, d’amener dedans sa charrette, d’un lieu à l’autre, son espouse, et lui eust promis son paiement à cent doubles plus qu’il ne desservoit. Mais ou marchie faisant avoit ung point qui estoit que se la charrette versoit ou aloit seulement cà et là hors du droit chemin , le charretier perdoit son loyer et estoit encoires en oultre très griefment pugny. Or estoient les chevaulx dudit charretier si gras que nullement ne les povoit tenir ne ne vouloient riens faire pour leur maistre, et ja, par pluseurs foys, par leur trop gay couraige et par leur regiber, avoient fait la charrette verser à terre. Car le charretier les tenoit si très chiers qu’il ne

les chastioit point, telle paour avoit de les gaster. Le premier desquelz chevaulx avoit une très mauvaise coustume , car il estoit si convoitteux de regarder cà et là , que tous les cops sailloit hors du chemin pour soy aler eshatre au plaisir de son veul. Et le second n’estoit pas d’aultre part moins mal conditionné, car à tout bruit qu’il ouoyt il tiroit celle part sans regarder à sentier ne à voye. Et à cestes causes le charretier pour les moins affoller les menoit voulentiers et le plus souvent qu’il povoit par le plus plain chemin qu’il scavoit trouver. Et regardant le charretier ses chevaulx estre sy desreez 1 et d’aultre part pensant au loyer qu’il gaigneroit s’il povoit droit charrier sans tumber, puis apres considerant la paine et desespoir qu’il auroit ou cas qu’il feroit faulte, n’est pas à demander se son cuer estoit en soucy et esmay. Pour lesquelles choses moult de fois il pensoit en soy quel remeide il pourroit en ce fait cy trouver. Si advint ung jour ainsy qu’il en parloit avec un sien bon amy, que ung aultre qui bien se congnoissoit ou fait de charrier et moult en estoit duit, s’approcha de lui qui ainsy se garmentoit2 à l’aultre lui disant :Dy, compains, qui as entreprins à sy droit charroyer que point ne dois verser, sces tu bien ton mestier et ce qui t’appartient à mener droit ta charrette, si que à la fois elle ne doive tomber, dy moy premier se tu congnois la condicion bien au vray de tes chevaulx? Craingnent ils le fouet quant ilz l’oyent sonner, sont ilz bien embronciez 3 , dy moy duquel fais tu le lymonnier, respons moy, je t’en prie? Car pour tout bien je te le demande. Ausquelles questions le charretier respondit ainsy: Mon amy je scay bien que voz demandes sont fondées sur raison et que tout ce appelaient à bon charretier scavoir et congnois tre. Et pour vous en dire brief la responce et vérité, l’ung des dis chevaulx convoitte ce qu’il voit, et l’autre va tousiours celle part où il oyt bruit. Et bien souvent il advient quant l’un tire à gauche que l’autre va à main droite, si font la charrette à la fois verser, par façon que suis lors si empescher que je ne scays auquel courre ou aux chevaulx qui ainsi forment se effroie ou à la charrette qui est versée à terre. Vray est que du fouet jamais je ne les touche, ne mordz je ne leur mets qui leur face

Desreez , déréglés. — 2 Garmentoit , se Iamentoit. — s Embronciez , enharnachés.

grevance , par cpioy ilz font du tout à leur vouloir, dont s’ensuit que la charrette pour les hurs qu elle en a prins est fort affoihlie. Quant l’autre entendit le charretier qui ainsy parloit il commença à soy esmerveillier de ce qu’il lui ouoit dire, si s’approcha de lui disant : Escoute moy, je te veulx enseignier comment tu chariras droit sans doubte de verser et sans faire long sermon. Entens et retiens bien mon dire, puis que ainsi marchandé as si que mieulx ne pourroit marchander nul vivant, mais que point tu ne failles. Ton loyer est moult grand, noble et merveilleux, et afhn que ne le doie perdre, croy mon conseil, car du mestier je m’ entens autant que homme qui soit en vie. Et pour bien le te monstrer, vecy que tu feras. Le cheval que tu mets le premier à tirer qui si ligierement se desrée au hu, au cry et au hamnyssement1 d’autruy, tu assourdiras du tout et qu’il n’oye désormais nullement. Et l’autre qui convoitte ce qu’il voit et regarde aussi cà et là, tu aveugleras. Et quant tu auras cecy fait, tu monteras dessus cellui qui plus ne verra et si le guideras. Et à chacun d’eulx tu mettras morz neuf plus fort d’ asses qu’ilz n’ont accoustumé. Et oultre plus ne leur donneras à maingier que le tiers seulement de la prouvende accoustumée. Et ne veulles pas tant craindre de perdre deux paillardes charongnes comme sont tes chevaulx, plus que vouloir gaignier ung si noble loyer, si riche et si grant comme est cellui que on t’a promis mettant en nonchaloir se pour ce ilz sont amagris et se tout beaul vont le pas sans eulx efïroyer. Car d’asses il vault mieux avecques deux chevaulx borgnes et sours, maigres et deffaictz, charroyer droit et saigement aler, que avecques cent destriers fortz, puissans, bienaisez, graz et bruiant, fort nourris et rebelles, per leur confusion verser du tout à terre charrette et voiture , et perdre son loyer et demeurer failly , lasse et recreant au plus fort du chemin, sans povoir perfournir le voyage entreprins que on a commencié à faire, dont puis apres on doibve souffrir griefve paine et blasme. Sy fay comme je t’ay dit et bien t’en viendra. Et sur ce poinct ne te veulx dire autre chose si non que tant plus tost feras ce que je t’ay dit et moins perdras temps. Ainsi se teut, et son chemin passa, laissant le

Hamnyssement , hennissement.

charretier à qui il avoit parlé, qui avoit bien retenu ce qu’il lui avoit dit, lequel ainsy le list et trouva que moult bien lui en print. Car sain et saulf accomply son voyage et gaigna le loyer qui lui estoit promis, dont il fut enrichy à tousiours et à jamais.

Cy est histoire comment le charretier monte sur le lymonnier, maine la Royne dedens son chariot attellé à deux chevaulx gras et gros.

Or, revenons à declairier la substance et effect de la similitude que je t’ay icy ditte. Et premièrement le charretier est prins pour l’entendement raisonnable. Le premier cheval de la charrette est prins pour les oreilles, le second pour les yeulx. La charrette pour la voulenté du cuer. Et l’espouse qui va à son espoulx est prinse pour l’ame qui va à son espoulx, c’est asscavoir à Dieu duquel elle est espouse , et le chemin est prins pour le cours de la vie. Et est asscavoir que veoir et oyr sont des cinq sens de nature les deux qui plus font mouvoir la voulenté de l’homme , soit en bien ou en mal, ainsy que chacun scet et est chose commune. Doncques se tu veules bien parfaictement amer ton créateur, il fault que tu y appliques purement, singulièrement et du tout ta voulenté, car aultrement tu n’ameroyes pas du tout ton Cuer se la voulenté n’y est entière pour ce que la voulenté est le principal sensitif du cuer, et les principaux organes de la voulenté sont les yeux et les oreilles comme j’ay dit. Ainsi ne plus ne moins comme s’il y avoit deux huys en une chambre grande et spacieuse, sans lesquels on ne pourrait entrer dedans icelle pour la resistanse matherielle de l’espesseur du mur. Et quant on serait dedans la ditte chambre , laquelle est prinse pour la voulenté, est asscavoir que le vray repos est plus ou lict que en nulle des autres pars de la chambre. Ainsi doncques fault à cellui qni entre en la chambre de la voulenté qu’il y entre par l’huys des yeux ou des oreilles. Et quant il y est entré fault qu’il repose sur le lict du cuer. Et là gist le bien ou le mal. Et pour revenir à declairer la façon d’assourdir tes oreilles et d’avugler tes yeux qu’ilz sont prins pour les chevaulx qu’ilz tirent la charrette, il se peut faire ainsi et brief: Tu dois fuir les lieux ou vrayement tu cloubtes treuver compaignies,

Paôe 30

Cy est histoire comment le charretier monte sur le lymonmer, marne la hoyne dedens son chariot

attelle à deux chevaulx ôras etôros.

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lesquelles pourroient donner occasion à tes oreilles de faire incliner ta voulenté à pechier. Et se tu penses en toy mesmes que tu feras la raison dominer sur ta voulenté tellement et par telle façon que tu n’auras garde de devoir peschier en choses que tu oyes ne en riens que tu doies veoir, je te respons sur ce que c’est plus fort chose de estre en lieu où on puet veoir et oyr faictz mondains et plains de vanitez qu’ilz tirent à pecliié sans ce que la voulenté de cellui qui les voit et oyt ne si doihve encliner, que ce n’est de mettre la main en l’eaue et la povoir retirer hors sans estre moulliée. Car dez aussitost que l’œil veoit ou l’oreille oyt quelque chose qui appelle au corps, je te dis que naturellement l’appetit sensuel y fait encliner la voulenté par façon que le cuer le convoitte. Et celle convoittise met une empreinte ou souvenir de la personne, laquelle y demeure ainsy ne plus ne moins que la ligure du scel faict en la cyre. Laquelle empreinte ne puet pas si ligierement effacié et sans grant paine. Et neantmoins qu’elle ait esté de ligier empreinte , à un cop et sans violence fault que par force d’autre nouvelle empreinte plus forte qui surmonte celle là elle soit amentie et effacié. Ainsy l’assay en est très périlleux et dampnabîe. Et vault mieulx y remedier par non le vouloir scavoir que par le vouloir oublier. Et les lieux qu’ilz par ce sont à eschever et fuir sont bien aisez à congnoistre, car l’experience du temps passé en reccordant par desplaisance les pecliiez l’ung apres l’autre te feront saige pour l’advenir. Et quant il te souviendra du pecliié, aussi il te souviendra du lieu et de la façon et de l’occasion pour quoy il fut fait. Duquel lieu de la façon et aussi de l’occasion te prendras garde quant bien y penseras par maniéré que plus n’y puisses ne doives rencheoir et les fuyras devant la main en querant occupation telle et si bonne que tes yeulx ne tes oreilles n’auront vouloir ne povoir de rapporté à ta voulenté aultre souvenir que de faire bonnes euvres et agréables à Dieu, par façon qu’elles soient et puissent estre vaillables au sauvement de ton aine. Et chacun qui vrayement et entièrement veult mettre son amour toute à amer son créateur, doit ainsi aveugler et assourdir ses yeulx et ses oreilles que cy dessus ay dit. Et doit le charretier de son entendement restraindre la pro uvende de son appetit désireux tellement qui joysse ligierement de ses chevaulx toutesfois que il verra estre de besoing. Et qu’ilz ne doyent jamais oultre passer jusques ad ce que l’entendement n’ait comprins pre-

niier que ce soit très bien fait. Et le son du fouet doit estre prins pour les sainctes doctrines dittes et pronunciées par les prescheurs, lequel son doit estre très souvent recordé et sonné, si que bien ilz entendent les commendementz de Dieu par le son du fouet de sainte prédication. A celle fin qu’ilz aillent quant temps sera et lieu. Car qui fera ainsi ne occupera plus ses yeulx ne ses oreilles à aultre chose nulle fors à conduire et charrier la voulenté du cuer en la droitte voye de l’amour très parfaicte, très doulce et savoureuse de son benoist créateur et sans poinct penser aillieurs plus que en cela ne avoir desirier que autre amour doibve passer celle vraye seule amour.

Et se sur la seconde part de craindre perdre l’amour de Dieu ton créateur plus que de perte que jamais puisses faire, veulx scavoir la façon et maniéré que tu as à tenir, vecy comment tu en pourras user :

Prens qu’il advint qu’une povre femme eut labouré et travaillié tout au long de l’année à faire arer son champ, puis à le semer, puis à le sarcler et nettoyer le mieulx que faire le puet et getter hors les pierres et herbes qui sont de nulles valeurs comme chardons , ronses , espines , orties et autres herbes portant graines qui gastent le bon blé. Puis en apres ou temps de recueillir eut travaillié de tout le povoir de son corps en grant sueur et par grant labeur au soleil à soyer son blé , à le mettre en gerbes, le pourter en la grange et finablement à le faire battre, en quoy faisant, comme ung chacun bien le scet, fault employer maintz jours l’ung apres l’autre sans aultre chose faire. Et fut ainsy que depuis le bled bien battu , vanné et nettoyé à l’encontre du vent et par le crible , puis passé si très à poinct qu’il n’y eut plus que le grain demeuré, la povre femme le mist en ung sac pour en debvoir faire fine farine. Et ainsy qu elle portoit sur ses espaules au molin son sac où peu de blé avoit , trouva une riviere que nullement ne puet à gré passer. Sy chercha tant hault et bas le long de l’eaue, quelle trouva ung pont non pas trop bon ne seur à son ad vis, car pieça avoit esté fait et basty et de si très longtemps que la pluspart des bois qui traversoient estoient près du tout pourris et péril eut esté à ceulx qui passer eussent voulu d’asseurer leur pied fort sur l’ung des bois qu’ilz

pourris estaient, comme dit est, pour doubte de tumber en l’eaue ou se affoler les membres ou le corps. Et se voyant la povre femme regardant le pont estre très dangereux et périlleux et très mauvais à passer, se elle fut bien esbaye n’est mie à demander, et bonne cause avoit de s’en soussier. Si se arresta pensant qu’elle pourrait faire, et tant séjourna en cest endroit qu’il fut tart, tellement que ja le jour declinoit tirant vers le vespré, et le soleil se abaissoit forment en s’en alant concilier. Lors elle, pensant à son fait, considerant et voyant la nuit estre prouchaine et que encoires n’avoit riens faict de ce quelle vouloit faire , en souspirant se lamenta si très hault que ung homme, qui près d’elle passoit, l’entreoyt, par quoy il ala là et lui demanda qu’elle fasoit et qu’elle avoit entencion de faire. A qui la povre femme en plourant respondit : Hellas! beau sire, je suis moult empeschiée, voire et si très fort que je ne scay que faire. Car il me fault par force passer par sur ce pont, se je veul de mon bled que cy je porte en ce sac sur mon col farine faire. Toutesfois se je me mets à passer ce pont, pour vray je congnois bien que en ce péril je suis de verser en l’eaue, et par ainsy perdre la personne et le labeur de toute mon année. Quant l’autre l’entendit, promptement il lui respondit ainsi : Et comment n’oseroye tu en ce cas périlleux eslire des deux maulx le moins pire pour povoir escliever le plus mal advenir. Ne t’a donné Dieu asses sens pour guyder tes faiz et ta personne semblablement. Si croys que oyl, veu que desia tu crains le péril du pont pour doubte de morir ou de perdre la charge que sur ton col tu portes. Mais ce pas ne soufïit sy te veulx dire ce que auras à faire pour seurement passer le pont qui est très périlleux comme tu voys : puis que ainsi est qu’il t’est force de le faire , ne marche pas oultre si avant que premier tu n’essayes se en cellui endroit où tu marches le bois est assez fort. Et quant tu y mettras le pied se tu sentz que le pont crie, retire le à toy et ne veulles pour celle foys marchier si avant que tu vouldroies bien faire. Car il te doit soufîîre de tout bellement passer oultre à saulveté, sans tant te hastier que tu doibves avoir peur. Laquelle chose oye de la povre femme, elle ne vouloit plus tarder, et à l’adventure son sac sur ses espaules se mist à passer oultre. Et pour non perdre sa labeur de l’année à une foys et soy mettre en perii, delibera de ne ung pas faire , que premier à bon loisir de l’un des piedz n’eust bien TOME IV. 5

assayé bois apres aultre se le dit pont le pourroit pourter. Et quant le bois ne cryoit point pour marchier qu’elle feist, de l’autre pied dessus le bois marchoit y reposant son corps. Et neantmoins que longtemps y meist jusques au molin où elle desiroit estre, vint en passant le pont ainsi bellement marchant comme avez oy cy devant, pour doubte de verser, et tant feist que de son bled eut farine foison, tant que repeue et bien rassaisnée en fut toute sa vie.

Comment la femme monte sur le pont chargée de son bled sur son col.

Qr, revenons à declairer la vraye substance et effect de la similitude que je t’ay dicte. Et premièrement la povre femme, qui partant de temps avoit et si longuement travaillié sans avoir à aultre riens employé son année, fors à povoir gaignier se paeu de bled quelle apporta sur son col à si grant paine et travail et péril au molin, est prinse pour l’euvre de la personne, et le sac de bled est prins pour le merite. Le pont est prins pour la conscience. Les bois qui traversent sont prins pour les pensées de l’homme. Le pied de la povre femme est prins pour le propoz de la personne. La riviere pour l ire de Dieu, et le molin est prins pour la gloire de paradis.

Et pour cellui ou celle qui aime et a vouloir de faire de son bled bonne farine, c’est asscavoir le mérite de ses faiz faire venir à bonne perfection envers Dieu, doit doubter et craindre par dessus toutes aultres choses, et avoir plus que de la mort de desplaire à Dieu nostre benoist créateur, en cheant en la riviere de son ire, par façon qu’il en perde sa saincte et doulce amour. Et se tu me dis que naturellement c’est forte chose de constraindre le fraile vouloir de la personne à craindre et doubter nulle autre riens plus que la mort, je te respons sur ce en brief que l’angoisse de la mort a très peu de durée, et de tant plus en est la doulenr forte et aspre, de tant plus est courte et plus tost passée. Mais ainsi n’est pas de la mort d’enfer, laquelle on acquiert par encheoir en l’ire de Dieu. Car l’angoisse en est perdurablement sentie, et tant plus dure et tant est plus

Commet h femme mole sur le pont chargée de sontled sur son col

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douloureuse et desesperée, et ce mal là est à jamais et sans lin, duquel mal et angoisse la crainte doit précéder la double de la mort naturelle que point ne pouvons eviter ne fuyr. Ainsi ne plus ne moins que la discrétion, sens et entendement raisonnable que Dieu nous a donné, précédé ou doit précéder l’appetit brutal du désir voulentaire que souvent nous avons. Et pour ce doncques la façon de non lui desplaire est telle à tenir.

Premier, l’euvre qui est prinse pour la povre femme qui a double de cheoir de dessus le pont en la riviere , c’est asscavoir en l’ire de Dieu doit en marchant sur le pont de la conscience taster et essayer les bois de sa pensée, qu’ilz souvent sont frailes et povres, en façon que se le pont en crie, elle puisse retirer le pied à soy. C’est asscavoir son propos arriéré ains qu’elle s’y asseure pour vouloir oultre passer. Car s’il y a nul scrupule, la conscience le remordra en répugnant et contrairiant à l’euvre. Et pour faire finale conclusion, il vauit trop mieux ne soy pas tant haster d’accomplir son désir pour saouler l’affection de ses vains appetitz que tant s’avancier que tous les merites et bienfaictz soyent par pechiez perilz. Et celhii qui accouplera avec les pensées le souvenir de son offendre Dieu ayant la crainte de son amour perdu et prudence tousiours devant ses yeulx, ne pourra perillier. Ainçois passera seurement et arrivera au moîin de paradis, ouquel il treuvera que de ses merites lui sera farine perdurable, de laquelle aura pain rassasiant cl’entiere et souveraine contentesse en maniéré que jamais plus ne sera son ame familleuse ne souffraiteuse de riens que veulle ne desire avoir. Et ainsi sur ce second point de la crainte de Dieu , me passe ligierement sans autrement declairer pour non attedier de prolixité de longues parolles. Car à gens de bon entendement doit ce peu d’exemple souffre à retenir en leur cuer pour s’en debvoir aidier tousiours quant temps et lieu seroit et qu’il en sera besoing, pensant lors qu’ilz vouldront faire quelque chose, ains qu’ilz commencent à la faire, se elle se puet faire sans pechié et par façon qu’ilz n’en cheent en l’ire de Dieu et indignation de nostre créateur.

Et se seur la tierce et darniere part de mettre paine et prendre garde à toute heure sans delay à soy estudier et sans cesser de faire les choses que

tu sces et penses qui plus doibve plaire à la majesté de ton créateur, pour plus accroistre l’amour qu’il te porte de sa benigne grâce, veulz scavoir que as à faire , vecy comment tu te y auras à conduire :

Prens qu’il fust advenu que un très grant justicier, saige et puissant capitaine d’armes teinst assiégée une cité , en laquelle auroit gens, habitans iniques et pervers, plains de voulenté sans foy, sans loy et sans justice. Lesquelz icellui grant capitaine desireroit constraindre de venir à raison et, pour ce faire, chacun jour, fort les aloit approchant et aussi pressant en façon que plus ilz ne povoient souffrir ne endurer la paine et travail que par ceulx de dehors leur estoit donnée. Car si rompuz estoient ja les murs, et si fortement froissez de grans coups de bombardes qu’ilz avoient receuz, que de jour en jour versoient souvent à terre cà et là en plusieurs et divers lieux, et tant desia de bleciez là dedens avoit que plus ou peu de deffenses y estoient en lieu propice où on les eust peu faire, et tellement que ceulx de dedans ne scavoient pour seurement combatre ou eulx tenir. Et d’aultre part, de pierres estoient comblez tous les fossez ou voirement la plus part par la grande quantité des murailles estoient versées. Si advisa le saige capitaine que temps estoit lors de donner l’assault, dont fist crier par l’ostà son de trompes, trois jours continuelz, qu’il vouloit assaillir la cité pour la prendre. Pourquoy cellui qui lors plus hardiment et mieulx feroit et qui par sa vaillance le premier entreroit en la cité, sa fille en mariage lui donnerait. Et lors chacun qui, ouy le cry du capitaince, comme mieulx puet, au jour nommé, s’arma, pensant gaingnier ung si noble pris comme dessus est dist. Si advint que ung vaillant homme d’armes entre les autres proposa et mist en sa teste que pour mourir point il ne laisserait qu’il ne deust entreprendre povoir entrer trestout le premier. Et le jour de l’assault venu pas ne failly à soy très bien armer et sur son col troussa lors une eschielle tyrant vers là où l’assault se don noit. Ainsi en cheminant trouva le capitaine, lequel lui demanda où il vouloit aler. Et il respondit que à l’assault aloit ainsy que l’un des autres. Alors le capitaine lui dit : Holà! attens et me escoute ains que ailles plus avant, car enseignier te veulz, seàtoy ne tient, comment tu gaigneras le pris de tout l’assault comme le plus vaillant. Adoncques devant son capi-

taine s’arresta l’homme d’armes en escoutant ce que dire vouloit, lequel commença à dire ainsy : Se désir as en cest assault de povoir gaignier le pris que fay donner, il te fauldra tout premièrement que regardes l’endroit le plus propice et aussy convenable à drescier ton eschielle et lui donner tel pied en Fasse urant, tellement que pour combatre que tu doibves faire dessus elle ne ployé ne ne gamchisse 1 çà ne là, en regardant bien lors que drescier l’auras et ainçois que tu y montes, que juste soit et que le pié se repose en lieu qui soit ferme et estable , pour mieulx veoir soustenir Feschielle et le faiz de ta personne armée. Et pour le plus seur te vouldroie eonseillier que le pied de Feschielle fut assis et posé sur pierre dure, si quelle n’entrast en terre, et lors les eschielons, sans toy haster, voire l’un apres l’autre, pourras monter ayans tousiours l’une des mains à Feschielle et le regart en hault pour deux raisons : L’une pour veoir comme tes ennemis te vonldront offenser et de quoy, et l’aultre aussi afïin que mieulx tu soustiengnes et puisses endurer les cops qu’ilz te donneront et le trait et les pierres qu’ilz te getteront. Et ne veulles pas plus t’avancer d’enjamber que ung eschielon à la foy, car autrement tu pourroies cheoir en bas non pas par aventure au pié de Feschielle, mais aux fossez jusques au fond. Et se tant pues faire que jusques sur les murs tu puisses venir, tes ennemis lors ne te oseront attendre ains, s’en fuyront grant erre devant toy, ne plus ne te feront travail ne nuysance, et en quelque estât ne lieu que doibves estre ayes sur toutes riens hardy courage et ferme voulenté sans estre recreant pour ennuy de destresse ou de paine que portes ne doibves endurer. Sur ses motz l’homme d’armes de là se party et print congié de son bon capitaine en le remerciant et promettant que ainsy le feroit. A quoy le capitaine respondit : Je verray moult bien se ainsy le feras, car tous ceulx qui en Feschielle seront pour ma querelle aujourd’huys combatans regarderay et tous leurs faiz aussi. Et pour ce veuilliez si bien et si vaillamment faire que clerement je congnoisse que tu ayes mieulx fait que nul des aultres qu’ilz à la cité donneront ainsi que toy l’assault. Lesquelles choses dittes, l’homme cl’armes s’en ala droit aux fossez d’icelle cité, esquelz

Gamchisse , gauchisse, remue.

il descendit, puis jusques au pié du mur monta isnelement'. Et lors qu’il y fust là, se reposa ung bien peu. Adonc dressa l’eschielle hault contre le mur. Et ce fait lui donna pied sur dure pierre et line, si que nullement decliner ne povoit d’une part ne d’autre. Puis commença à empoignier l’eschielle à une main et l’un des pieds mist sur le premier eschiellon. Alors, quant ceulx de la cité qu’ilz gardoient la muraille le apperceurent , ilz coururent celle part et soudainement commencèrent à getter grans cailloux et dures pierres dessus sa teste et dessus ses espaules, tellement que fort le grevèrent, mais pour ce ne plus ne moins, car fermement se tint à tous les escliiellons , monta l’un apres l’autre, ne pour les durs cops des pierres, ne du trait point ne perdit couraige, ains tant lit en combattant que jusques au liault monta de la muraille et vint à estre main à main avec les ennemys, lesquels lors plus ne l’ osèrent attendre, mais à une foy déguerpirent la place, et demeura seul triomphant et vray vitforieux sur tous autres, ce jour dont s’ensuit que le capitaine comme au plus vaillant luy donna sa fille à femme espousé, ainsi que promis le avoit, si en fut à honneur à jamais et sans lin.

Comment l’homme d’armes estant sur l’eschielle monté , combat contre

ceulx de la cité.

Or veulx je revenir à declairer la substance et vray elfect de la fiction et similitude que cy devant je t’ay ditte. Et premièrement la cité assiégée est prinse pour le monde, et les murailles sont prinses pour les vanitez dont le monde est si fort circui et environné, et les fossez pour la paresse de bien faire; les bourgeois, manans et habitans dedans la ditte cité sont prins pour les vins et delices du monde. Et vrayement bien s’en pevent dire et appeler les delices bourgeois et citadins , car les citadins et bourgeois d’une cité sont les principaux qui gouvernent les faiz de la cité. Ainsy sont les delices de cestui monde gouvernement des mondains non

Isnelement , promptement.

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CommcC rhomTd armes estant sur l'eschielle monté, combat cotre ceulx delà cité

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pas par regie ne justice, mais par confus et détestable desordre injuste et dampnable. Et d’autre part le saige capitaine cpii tint la cité assiégée et veult faire donner i’assault est prins pour nostre créateur doulx sauveur, clement et débonnaire rédempteur , et sa fdle est prinse pour la gloire de paradi§. La trompette qui sonne l’assault et fait la cryée du noble pris donné au plus vaillant homme qui veult aler à l’assault est prins pour la parolle de l’evangille. Et l’homme qui veult aler pour combatre est prins pour le désir du cuer. Son harnois est prins pour vraye congnoissence. Et l’esclnelle qui porte à l’assault est prinse pour parfaicte vertu, en laquelle escliielle a treize eschiellons, dont le premier est amere compunction , le second est vraye confession , le tierce deue satisfaction , le quarte mondaine repudiacon, le quinte corporelle macération, le sexte de la divine parolle audition, le septième charitable eslargition, l’octave liberale rémission, le neuvième fraternelle dilection, le dixième des connnandemens impletion1, le onzième des bienfaitz exercitation, le douzième à Dieu récognition; le treizième et derrenier est spirituelle elevacion. Et la dure pierre sur quoy est posée et affermée l eschiellc est prinse pour ferme et durable propos; aussi la main de l’homme d’annes, vray désir du cuer, dont il se doit tenir à l’eschielle est prinse pour la pensée, laquelle il doit tousiours avoir sans ailleurs la mettre c'i l’eschielle de parfaitte vertu ayant le regart de l’ueil de son principal et singulier souvenir en hault vers le ciel , affin que les cops des pierres de vaine plaisance que les vices gardans la cité de ce monde jettent en bas à si grant abundance ne facent tresbuchier de l’eschielle à terre l’homme d’armes ou fond du fossé de négligence et paresse de bien faire, par façon que plus il ne puist resmonter sus leschielle. Car ainsi comme ung grant cop fait d’une pesante pierre venant de hault estourdit l’homme quelle ataint sur la teste, et le fait cheoir en bas, pareillement ne plus ne moins ung vain plaisir desordonné selon qu'il est pesant et grevable fait estourclir et comme anichiler le bon désir que la personne a de vouloir faire quelque bien pour la salvation de son ame , dont maintesfoys quant ainsi attaint et astourdist le bon désir, il fault

Implclion , accomplissement.

qu’il laisse la main de sa pensée qu’il tient à l’eschielle de vertus et qui tumbe ou fons du fossé de négligence comme dist est, duquel fossé il ne se puet pas relever si à cop comme besoing lui fust. Car mesmement depuis qu’il est roollé ou fossé et gisant là à terre du tout à dens, c’est à entendre le visage contre terre, et à penser que maintes pierres lui cheent lors sans cesser de plus fort en plus fort sur son très meschant corps.

Mais revenons à parler comment contre les vins et delices de cestui monde et pour les destruire en vainquant le monde et le supeditant fait Dieu nostre créateur sonner l’assault par chacun jour et sans cesser, segnifiant au vaillant hommes d’armes c’est asscavoir au bon désir du cuer que qui aura bon vouloir de gaignier ung si très noble pris et si très riche, comme avoir à espouse la fille du capitaine qui est prinse pour la gloire de paradis, si aille à l’assault et esprouve son corps et monstre sa voulenté par bonnes e livres en montant les eschiellons dessus, car chacun scet que des lors il fu temps, a esté, et tousiours est encoires d’aler à l’assault depuis que les trois grosses bombardes qui abatirent les murailles et les cloustures du vain aveuglement de cestui mortel monde , dont les cops furent si grantz que les esclas en voulerent par toutes pars. C’est à entendre la bombarde de la nativité de nostre seigneur, la bombarde de sa passion et la bombarde de sa résurrection. Pour laquelle chose la trompette de la parolle de l’euvangille commença à sonner, et depuis tousiours sonne et encoires sonnera , signifiant l’assault, pour quoy qni aura vouloir et désir d’acquérir la gloire de paradis et prendre la cité du monde, de belassault il fault monter l’escliielle à treize eschiellons, dont devant t’ay parlé ainsy que tu veuls ycy dire. Et premièrement quant on aura ainsy dressié l’eschielle de vertus et bien affermée sur la pierre de ferme propos que cy devant t’ay ditte sans cliner ne cà ne là, afïin quelle ne chee en la bourbe plaine de toute ordure, car autrement ne pourroit soustenir ung grant fais. Et aussi afïin que la ditte eschielle soit assez longue pour joindre sur le mur, l’ordre et maniéré de devoir monter les eschiellons est à entendre l ong apres l’autre, c’est asscavoir le premier escliiellon qui est d’amere compunction se doit enjamber par grâce de Dieu. Le second escliiellon de vraye confession, aussi se doit enjamber par repentance. Le tierce, de

deue satisfaction se doit enjamber par réintégration. Le quarte escliiellon de mondaine repudiacion se doit enjamber par desplaisance. Le quinte escliiellon de corporelle macération se doit enjamber par penitence. Le sexte escliiellon,, qui est de la divine parolle audition, fault enjamber par aumonsnes. Le octave escliiellon, de liberalle remission, fault enjamber par pardon. Le neuvième escliiellon, qui est de fraternelle dilection, te fault enjamber par cliarité. Le dixième escliiellon, qui est des commandementz de Dieu , fault enjamber par obedience. Le onzième escliiellon , qui est de bien faiz exercitation , doit estre enjambé par continuacion. Le douzième escliiellon, de Dieu recognicion, doit estre enjambé par humilité. Le treizième et darrenier escliiellon, qui est de spirituelle elevacion, doit estre enjambé par pensée. Par quoy ainsy faisant on sault sur la muraille et gaingne l’en le pris, dont la gloire de paradis, fille legitime du très saige et souverain capitaine est donnée à femme et vraye espouse au bon vaillant homme d’armes, qui par sa prouesse l’a deuement et vrayement gaingnié et conquise. Hellas! neantmoins je me doubte que à tel assault on treuveroit aujourdliuy sans comparaison trop plus d’hommes d’armes de bon désir veoir estourdis ou fossé et gisans lasches et recreans, que on ne feroit de ceulx qui combatent pour la querelle de Dieu contre les vices dessus l’eschielle de parfaittes vertus. Si veult l’ent chacun en droit soy en ce fait penser. Car à moins voir il touche ou pourra bien touchier. Et à tant je m’en passe.

Or, considérez doncques et pensez bien à vous et parfondement à toutes heures, la maniéré de que tu as à tenir pour avoir parfaitte amour envers ton benoist créateur, ainsi qui je fai donné à entendre en brief par les trois exemples que cy devant ay mis. C’est asscavoir d’amer sur toute riens ton créateur, de craindre plus que aultre chose de lui desplaire et de faire incessamment ce que tu congnoistras estre son plaisir pour accroistre son amour à celle fin que l’amour que tu lui porteras soit entière, parfaitte et accomplye. Laquelle en brief f ay declairée espérant en Dieu que mieulx scauras congnoistre et d’asses plus au long les particularitez , branches et racines qui en dependent que ne f ay cy dit. Car consideracion de la mort advenir où il fault rendre compte aussi la desplaisance des pechiez passés

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