TOME IV
deviser pour luy compter de mes affaires; dont se prinst Abuz à souzrir et me dist en ceste maniéré :
Abuz.
Toy cpii requiers le temps avoir, Comme souloyez plus n’y venras,
O toy ny sera plus pour voir,
Jamais en court bon temps n’auras.
Demandes tu où est le Temps Que tu souloyez avoir en court?
Pas n’es venu assez à temps,
Pour l’avoir tenu de si court ;
Il est bien loing, si tousjours court. N’en soyez ja plus esperdu ,
Car par ton engin rude et court Tu l’as passé vingt ans perdu.
L’Abuzé.
Comment perdu ! ventre Saint Jame !
Perdu dea, Abuz, et comment Est il perdu? et, sur mon ame,
Je n’entens ce cas nullement:
V eu l'accueil qu’au commancement On me list quant céans entray,
Pas n’eusse cuidé nullement Perdre le temps ainsi que j’ay.
Les motz qu’on va en court disans M’ont fait, soubz umbre de promesse,
Perdre comme je voy mon temps,
Pour quoy de souspirer ne cesse.
J’ay perdu et temps et richesse ,
Toute joye et esbateinent,
Force, beaulté, sens et jeunesse,
Pour croire trop legierement.
Si vous supply Abuz mon maistre ,
Pour moy hors de ce penser mectre , Auquel n’y a aulcun remeide qui m’aide, Dictez moy s’il y a remede,
Nen quelle euvre me fault ouvrer,
Pour povoir mon temps recouvrer,
Puis que soubz vous perdu le voy,
Où tout desesperé m’en voy.
Abuz.
Pouvre Abuzé qui demande comment Ton temps perdu recouvrer te feroye,
Je te respons que véritablement
Moy ny aultruy n’y scauroit trouver voye.
Se ton erreur et follie congnoye
Ton corps humain, par deffaulte de sens,
Requiers à Dieu qu’à ton estât pourvoye :
Aultre moyen ou remede je n’y sens.
Si le temps pers, un autre le remeuvre Si tu le quiers, un aultre l’a trouvay ; Quant folioys, ung aultre en science euvre,
Remeuvre, regagne.