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Quant plus ne l’as, aultruy l’a recouvré;
Qui a le temps doibt estre bien gardé,
Et qui ne la, à l’avoir painne mecte.
Mais trop tart as à ton faict regardé.
Dont tu parçois ta plaisance deffaicte.
Et si tu veulx la vérité scavoir,
Si aultre ou moy à ce te secourra,
Tu peulx aler par devers la Court veoir Quel reconfort sur ce cas te donra ;
Car, s’il escliiet, quant elle te verra Et congnoistra ton service et tes euvres,
A l’aventure elle te pourvoyrra Présupposé que ton temps ne remeuvres.
Si me partis et à chemin me mis,
Pensant au temps que follement perdoye,
Et regrettant mes parens et amis Qu’au temps passé croire ne les voulloye,
Car Folle Amour soubz qui en court volloye,
M’avoit conduit, dollant et esperdu,
Et Folcuider de la Court la grant voye,
Où follement estoit mon temps perdu.
Quant j’euz cuidemment congneu que à la recouvrance de mon temps perdu n’y avoit nul autre remecle, me tiray devers la Court et luy ditz très piteusement :
Madame et maistresse chiere,
Où jadis trop abusé fuz,
En quoy est tournée la chiere,
Qui de vous première receuz ?
Que sont vos hiaulx motz devenuz ,
Par lesquelz o vous me tenoye
Par Folleboiibance et Àbuz,
Avec qui en vain m’esbatoye?
Où sont les biens et les largesses Qu’en moy debvoient estre assises ; Où sont les dons et les promesses Que tant de fois m’avez promises?
Sont les faintes en oubli mises , Soubz quoy vous m’avez amusé ,
Par vos euvres et vos faintises,
Le pouvre servant abusé.
Or tant que je vous ay servy Et creu vostre simple parolle ,
Et que je me suis asservy A actendre le tour du rolle,
Faut il que Abuz me conterolle, Tant que de vous pouvre serf ysse, Et si ay par bonbance folle Perdu mon temps et mon service ?
Pouvreté a sur moy tendu Son blet, pour prendre et deffaire Le servant qui s’est actendu Aux biens que vous luy devez faire En quoy ay je tant peu meffaire, Qu’à vous ne suis venu à temps, Pour à mon loyer satisfaire,
Sans qu’ainsi perdisse mon temps.
Quant orez pensé au despart du Serf asservy en vous servant,
J’ay apperceu le temps perdu Du très pouvre Abusé servant.
Dug cliascun qui c’est asservant Pour vous en cest estât servir,
Doibt mectre ce qu’est desservant Hors double d’ung tel desservir.
Et si faire je ne l’ay sceu ,
Et ay creu ce que vous me distes ,
Et me suis du tout actendu Aux promesses que me promistes.
Madame , quant vous vous soubzmistes A moy garder de mandier,
Puys que de vous vous y ofïristes,
Ny devez vous remedier?
La Court.
Pouvre abusé et descongneu ,
A quoy veulx tu que remedie?
N’as lu tout mon estât congneu?
Que fault il plus que je t’en die?
T’ay je nulle chose escondie 1 Que m’ayez en temps demandée?
Dessers je que nul ne mauldie Si ta char n’v est amendée?
A quelz tours penses tu que serve Les servans à moy asservis?
Ne que me chault il qui les serve, Ou s’ilz sont bien ou mal servis, Si par Abuz sont desservis
Escondie , refusée.
Par trop avoir en moy fiance Du bien de quoy sont desservis,
La figure en ont pour defïiance?
De les avertir ne m’enpesclie ,
Mais de promectre tant qu’on veult.
L’un si appouvrist, l’autre y pesche En richesse, et fait ce qu’il peult; L’un se plainct, l’autre se deust;
L’un y laisse, l’autre en emporte.
Jamais la Court aultre bruit n’eust ;
A ung cliascun je m’en rapporte.
Croyz tu que puisse à tous entendre De ceulx qui ont neccessité,
Ou à ceulx qui pevent ac tendre ,
Ou qui sont en mandicité ?
En moins d’un benedicite,
Ce que j’auray promis oublie ;
Fait d’homme non sollicité Ne vault à la court une oublie.
Plus est à mon portunité ,
Sans avoir doubte, descondire Servant plain d’importunité,
Que c il qui ne m’ose rien dire.
Doys je les offices eslire,
Pour les beaulx yeulx de mes servans Non, non, il fault prier de tire Quant on est en lieu et en temps.
Plusieurs sont à moy amusez,
En l’estât où vous vous voyez,
Et ont soubz moy leurs jours usez;
Puis les ay ainsi envoyez.
Si Abuz les a desvoyez,
Dont pouvreté vers eulx s’ encline, Ceulx sont en promesse payez Et du brouet de ma cuisine.
Prens en gré comme ta fortune Et ta follye te conduyt Souvent tourne en bas, et fortune, Cil qui soubz elle se desduyt.
Si Folcuider t a ainsi duvt Comme non garny de science ,
Pas ne es seul à qui il ennuyt;
Si prens ton mal en pascience.
L’Abuzé.
Et madame, que deviendra Le pouvre qui vous a servie?
Cbascun qui ainsi le verra Aura de s’en mocquer envye.
Au moins donnez moy, je vous prie, Pour le temps qu’ay perdu et pers, La provision de ma vie En recompensant mes depers '.
La Court. Si tu y puis vivre si y vis,
1 Depers, pertes.
Disant à toy et à tes faiz :
Faiz compte cjue tel riche y vis Qui s’en yra comme tu faiz.
Ceulx qu’en moy servant se sont faiz Sont mirouers à telz gens qu’à toy.
Si par Folcuider es deffaiz,
N’en blasme que ton fol chastoy.
L’Abuzé.
Quel chastoy voulez vous que preignc Aultre que ceulx de la maison?
Quel sens voulez vous que j’apreigne?
Pas ne respondez en raison.
Je vous ay, chascune saison.
Crainte et doublée plus que rien;
Puis me pars sans provision Et ne me faictez aulcun bien.
La Court.
Si Abuz ton prouffit efface,
Riens n’y proufFittent tes langaiges.
Quel bien veuix tu que je te face?
Assez parçois et n’es pas saiges,
Si à moy te plains de tes gaiges.
Ne t’atens que je te sequeure1 ; Pluseurs y perdent leurs messaiges, S’ilz n’y viennent de meilleur heure.
Sequeure, secoure.