TOME IV
J’ay pascience.
Abuz.
Puisque aultre chose de responce n’avez de madame la Court, et ainsi prenez pascience , comme j’entens que force vous est , je me vueil de vous despartir, et, à mon despartement, donner ceste belle devise en signe de tout payement pour les plaisirs que faiz m’avez, car plusieurs aultres que vous ont esté de ceste belle livrée bien legierement contentez. Si la vueillez prendre bien en gré. Et lors me bailla une robe moult legiere, demye blanche et demye violée, que vestiz, et puis se partist, et sans dire adieu me laissa.
Or, aproucha assez le jour, et quant sa lueur resplendit jusques en la place où j’estoye, appellerent à la porte de mon logeis deux assez desplaisantes vielles; l une nommée Pouvreté, et l’aultre avoit nom Maladie, et estoit Abuz avecques elles. Si parla Pouvreté et clist à l’oste qui logié m avoit :
Comment Pouvreté parle à l’oste de l’Abuzé :
Où est le pouvre homme Abuzé Soubz promesse par court servir?
Où est le fol qui amusé S’est pour oyr souvent mentir?
Dictez luy qu’Abuz fait venir A son logeis icy aval Pouvreté, qui le vient quérir Pour le mener à l’ospital.
Avecques Maladie ma seur,
Qui acquite sa conscience Et est très joyeuse en son cueur, Qu’il a bien prinse en pascience.
Dictez qu’à cheminer commence, En en lieu de mulle ou cheval, Je luy aporte une potence Pour le mener à hospital.
L'Osle de l’Abuzé.
Si le vous vaiz faire venir;
Il me tarde qu’on ne le voye;
Plus n’ay de quoy le soustenir.
De vostre venue ay grant joye;
En assez pensement j’estoye Gommant, sans luy faire nul mal , Aulcun ayde je trouveroye Pour le mener à hospital.
LOste à VÀbuzé.
Sus, gallant, sus, troussez vos quilles, Et alez parler vistement ,
O trestoutez vos agoubilles A Pouvreté qui vous actent,
Et Abuz, qui legierement Vous veullent mener comme voy Logier pour vostre payement,
A hospital de par le roy.
L’Abuzé.
Face Dieu son gré du servant Qu’ en court a follement servy.
Du bien qu’ay esté cleservant Est oultre serviteur servy.
Ung chase un qui est asservi À poursuir de court le service,
Garde soy d’estre desservi Du guerdon dont pouvre serf ysse.
Or, vins à la porte de mon logeis ou feuz prins et emnené au lieu ouquel trouvé tu m’as, et en cheminant me tenoit Pouvreté par la manche et me hailla une potance en la main de l’aultre costé. Et Abuz me poursuivoit, moy monstrant par derrière o le doy, et Maladie me tenoit de ses mains la teste. Et en ce point prins pascience et partis, et nous en alasmes au repaire des serviteurs qui ont en court le vent contraire, et qui plus visent à bien servir que à leurs besoingnes. Si vueillez regarder comment je lis et en quel triumphe feuz mené au lieu, ouquel tu me trouvas.
Oi ’, as tu oy et bien veue toute ma vie au long et la vérité de mon faict, et comment je fuz mené à l’ospital pour le guerdon de mon service et la rescompence de mon temps perdu? Si vueillez toy et les aultres, qui à lire vous esbattez, mieulx penser et de meilleure heure à vostre fait que je ne feiz; et en ceste actente vous asservez, de laquelle sont peu de saiges personnes au dangier, et pour ce se garde qui se aimera.