M. DE VASSÉ
Monsieur de Vassé fut un très bon et vaillant capitaine. Il eut ce bonheur d'avoir rompu la paix en Piedmont par le commandement du Boy, à cause de Parme, comme j'ay dict , par la prise de Sainct Damian , qu'il surprit et prit par une belle advanture ; les histoires, et mesmesM. de Montluc, en parlent. Sa valeur lut cause
m. ob Yàuà* 97
(ksoaadv«iwwmjônt;nMuâlVL le connectable en Ait bien cause aussy > lequel > quand il fut défavorise et Retiré en sa maison y Jamais M. de Vasré.ne L'abandonna, et le visitoit fort souvent; ce que ne firent forceaatnes courtisons ^ auquel ils eatçient obligez* Autey M. le connestabte, retournant à la Gqur après la mort du roy Français, l'advauça fort et luy il avoir le gouverner ment du marquisat de Sahisses, qu'il gouverna et en^ tretint fort sagement, bien qu'il fost haut à la main > callere et biaarre; dodt il me «0&vifea6«i]uau£ chevalliers de Poissy, qu*te petit roy François fit, le maistre de cérémonies, M*<de Chetaaup, oude Rode(^ les ao coupla fouadeua, JA. de >M ontluq et de Vasaé* pour aller et marcher ensemble aux cerimonies,$t masoiss à ïof* frande^ J'ouya fila M. de Gvyse dure : ;* Les yoylà bien « couplet ensemble> c*r il* $ont tyitaotbisacrea, hauts « à la main et éoûeree, que pas un de, la trouppe,<ma& « pourtant tae* braves et va&asM capitaines, » , ! . « Ce M* de Yassé ait une grand querelle centre le. ca* pitaine M optma v très vaîU&nt^tbardy capitaine. La querelle vint que Montmas ayant eu ié gouyenrenenfc d'une petite placetn^jqintànt * donf nâ met peasonvieft» du nom, par la feVeufr de M« de Y^aré;, qui, rayant» trouvé un Serviteur ou soldât de M, de; Vas«é qur guesfott awc l'accpiefeiiae tttoe bpgle ipaifcre^il le bâtit e* l'estrilla sy bien , que , ati «etipnt plaindre^ aqn mai* tfe^ i aiasy que M* deftrfsaftc,»* fKwnjflMîbpit sur 1© ponttiu Pau, voycy Mi de Vas$é qu*> collene cqmfOje, il estoit, vint à Mon tm#s et te poulsa ai rudement, qu'il le, cuyd^ .. porter dana fiJhu& StiivGo, ayant ;e8té faict le bold de Piedatont, Motitjnas , v&llant connue t'4spée, demande. :
(0 Chéraant-Errault. ( S. ) »
BtAHTOME. T. 3. 7
(J$ M. TOT VASSÉt
te coihbat, qui luy fut retiisé de M, 4e matfeâcàal ^ et ayant p*i»<Ia poste, le va demander aq roy Henry, qui hiy refusa li ! cause du* serment faiot de $91 mon oncle La Chastaigueraye. ■*
M. de Vasséyfcçaeli£nt celû^ prend aitsry la poste, vient à la Court pour se présenter ««combat, Le Roy le luy nefiise «aussy ; et, les vbuhwà accorder , il ne peut pour le premier coup, car l'un et raùtre estaient braves çtôffiniastreft. J - ' '»;• - «
En fin , un jour Je itoy 'prit M. de Vataé et iuy .dict : « Pour qui tenez: vous Montais? ^J^ te tiens, Stirc, « pour *in des bmvee et bilans tfapiWnee que vous c« ayez en yostre royaume, et contiig lequel bv fewie « bat* et lé tue, 'j^ me tiendra/ ^s» glorieux,» Leâto jr, pais apnes> fifcoette mesme demande a Mot^i*as, qnkhay fit mespaereapdnse; (Ils n'-awiettt garâe l'on m If autre de dore autrement y pour l'eKhantage de leàtr : hûnnaur . ) Alors le» prit tous; dettt et tour diot "i -<t Rais que *ous « avefc sy bonne fop^nionf un de loutre, vous, deve^ <j estre contint* ,et 'sâtlsfaiots l'un de l'autre ^Ahmnoms <t ammer poiiït ii u» combat pour «y petit su bjectquti «ne vaut pas le panleiviPar^oy je veijx Jque, mus cjî'S©yez c bopsatïiys^ * iEt aînsy tesrôï ombrafse», avec commandement» de lie s'entre <dematidep jamais rienu Mais Montmas luy dfefc qu'il n^à^vast maamik sîil ne- parlait ijfaoftaris & luy. ny le^ataoi&i ! > <i • ' • î \ - ■ j. • <
Au bout dtf q«*élqfee «efjfrpfc , >ia fcfetune voulut que Montmds, ayant eu quelque don ^Ixi {1>oy au pay^ dix May ne, près ,1a maisott- dfe-Mi de Vasstfy iLy<m*ojr» uri hbninai pour y faine /oetta affaires Ml dfcVaaaétle. soeut, auquel il fit tpes bonne elicçe r et luy asiate for* en ce cas. •.•.ûï-jti. n-'i •'*.
- Attboutdeqrteique au Içe temps àussy , M. do Vassé eut uoe^ffairç en Gascoigne près la maison' de Mont* mas» pour un mesme s ufe y cc t de don ; Montana* Ipy rendit la pareille à son homme j et ainsy » Vendirent les comtois jtes l'un à L'autre ; pourtant ne se parlaient jamais ....
Du depuis, Montera quicta leftedtnoot, et Ait en France maktre do qamp de l'infanterie franco Me, (m renommé pou* estre brave et vaillant, et dtghe de son esta*,, qu'il ne garda gaiqres> comme j'en parle ailleurs
Ml de Vassé le surrequit loùg temps aptes, ayant laissé après lay une brave lignée dfenfanset très v**l~ lans t desquels j'en paiir ailleurs. • r * » - • .. il rie font paipt <Joubter que si cerrietx Graves et vaillaos capitaines fussent entrez en camp , qtfïï n'y eaittfu du sangbten uespandw* -
Jtyoayfeq* ce eoinpte procèdent $ deux oaptahès trethoBnesftee etgaUnnts, qui esfcMettfc de ceteaps o» Piedinoat.
DISCOURS SOIXANT^TREIZIES^E.
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.. On parlons it teste hquse <te peibra^M; 4 e S*** voyson* q«i<a> ef trflân lOmteiqpsxu) wmyboûy vaiUnnft gage. et fortfaé c^pitpipè t|te> rDf«)lleiHraiioe ait eu, et s?ilme fastl montai togt'domeieqlfit^iiieaisti&i^ bpiu* coup paiiep det Uqryet iigorgp j*an flesplbyée, i» '• il estait tel» que , pour fes belle* et fanutes entreprises qu'il concevoir et aequfttoit, et k*> JkeHe* bhqse#^*'il
iûo jt. «B sàLvonreoif*
&îsoH> plusieurs François, Espagnols et Italiens disaient de luy , et le fcroyoient fermement^ qu'il avoit un esprit famillier qutluy dressoit tous ses memoireset des-* seins, et les luy conduisait si bien) qu'aucuns en ay je yeu en Piedmont qui ont creu et affermé que le diable le vint presser de la mort et l'emporta. Mais ce sont abus* Son gentil esprit et entendement grahdy son gça- ¥6îr, sa vigill*nee> sa promptitude, sa sagesse, son bon cœur et l>on heur > ont esté son seul vray denum et esprit famillier, et n'en eut jamais d'autres. J'en ay veu dire de mesmes et de M* l'Âdmirâl et de plusieurs autres grands capitaines, qui ont faict des choses par dessus l'ordinaire de l'humanité'; et le vulgaire ignorant va tout convertir et apropiier à cet. esprit femillier. ........ -■'".*
Pour quant à sa mort, il mourut e0mme un- autre» et:bjOB;chriestien ? mais pourtant désespéré de regret qu'il ne survivait à ses beaux desseins, qu'il eustbien voulu mettre avant mourir en bonnes exécutions, comme il pensoit et s'en assuroit, sur plusieurs villes de Lombardie, et principalement sur Pavye, qu'il alloit en jbeû. de temps empiéter parle Thesin, dont il en avoit la porte marchandée, ne s'en cachant à aucuns de ses plus privez , ains leur disant qu'il vouloit aller quérir et ravoir le chapp"eàu~ou bonnet du roy Fran*cois, qu'il y laissa après sa prise, dont aucuns disent que! ice iî^faà (Jenes, co^qu- Qnitient le plus vray;
♦Ce comte fâbulewx estjtel, que, lorsque ledit jx>jt fiit pHs^on le mena pasaerdans.Pavye, et y accourant tout le mofidie en pnessë pour le veoir, il leur dief : « Et *bi#n, messûîu«s^ que voulez vous 2 VouleE vous de h np>y >quelquë chos* TiPonr le présent je ne vous peux
M. DE SALVOTSO*. IOI
ft rien- donner que mon chappeau que voylà. Je le vous « donpe ; gardei le bien jusques à ce que je retourne , « ou que je l'envoyé quérir par quelqu'un des miens. »
Voylà pourquoy M* de Salvoyson disoit qu'il vouloit avoir le chappeau du Roy, que M. de Lautrec, lors* qu'il prit cette place, avoit oublié et ne l'avoit retiré ; mais luy n'y faudrait pas. Àussy disait il à ses soldats > quelques jours avant : « Compagnons, courage, devant « qu'il soit long temps, je vous ferayaulner le velours « avec la picque. » Le malheur fut qu'il mourut sur cette belle entreprise, et sa mort fut telle : Ampres qu'il eut pris Gazai , dont j'en parleray cy ampres, il faisoit fort la guerre aux Espagnols qui estoient aux garnisons des environs , et les endommageoit fort; sur quoy ils sadvisarent de s'assembler en grandes trouppes et d'aller fortifier une vieille ruy ne de chasteau qui avoit estéruyné autresfois, entre Vallence et f Cazal, qu'on nommoit le CasteUet , et estoit près de Cazal : ils taa? vaillarent et remuarent terre sy bien qu'en moins <$e rien ils le rendirent en deffence et seureté.
M. de Salvoyson , ne trouvant pas < bon ce voisiuage, aussy tost assemble les garnisons de Vallence, Vente et Cazal, et faict un gros, et vint trouver l'ennemy ; et avant qu'il enst loisir de se fortifier davantage força le fort et le prit d'assaut, et tua la plus grand part de ceux qui estoient dedans, et prend prisonnier le capitaine, qui estoit espagnol et s'appelloit le capitaine Fornas, qui fut fort blessé au visage. Cestoit au mois d'aoust, que les chaleurs d'esté sont là loi pins véhémentes.
M. de Salvoyson travailla et peina tant à'cettcMfac» tion, et à la retraîcte qu'il luy fallut faire à cause
IÛ» J». M SAfcVOTôOjr.
des garwsoàa d'Ast, Cressentin et autres, qai estaient assembles *t en -grandes forces pour luy donner en quelle v mfcis il se retira si bravement et sagement, qu'il mît tous ses soldats, tant François que Suisses, sous la charge du capitaine Fusberq, quelennemy ne letvr sceut rien faire, si non- qu'il y prit un gros vilain purtey (Oetunefeebvre chaude , dont il en mourut au bout de. six jours, en l'aage de trente sept ans, qui h'es-» toit que sa fleur et sa vigueur pour expïoicfcér de grandes choses.
Ceste moi 1 ! peut bien faire taire eeux qui ont dtct que le diable Tayt emporté. Je ne dicts pas que oeste fieb» vre chaude ne luy eansast force frenaisies à la teste, et beaucoup de despits , maudissant en soy et désespoir dequoy il mourait en tel aagé, et sur le poinct de faire <ie grands services au Roy; ce qui a donne' occasion k aucuns de parler sihistrement de sa mort. Jene dicte pas aussy que luy, qui estoit curieux de sçavoir tout^ «gw'ilties'aydast autant du oattirel que du supernaturel, pour mettre aflin ses hautes entreprises ; comme de vray il y a des secrets cachet* en la nature que, qui les peut descouvrir et bien sçavoir, il peut faire beaucoup de choses admirables et paroissantes impossibles au monde; et luy qui estoit ambitieux, qui, pour ériger et entretenir son ambition , ny employas* toutes les herbes de la Sainct Jean ; comme l'on dict i Yoylà poùrquoy on avoit opinion qu'il avoit un esprit jfamillier; mais de croyre qu'il se fuét donné 'an diable; c'est une vraye imposture et vray abus. Je pense que ceux qui liront ce discours riront bien dequoy je fcaeoote la mort plu tost que la vie; mais à moy tout
«,< DE SAIVQTSQB. 1*3
est' d* guerre et 1 de pawhwr, qai a»ifius profession «k coucher bien par ^scritny disp6sementyimis,ai'nsy<|*é ma mémoire , mon esprit , mon h*«eitr et ma plnaa» me pousse, "j'escris. ^ ».
Pour venir doncquesà quelques traictz de viesikidàBt M. de SahrojFson* vous devez sçavoh; -qu'en ses. jeunes ans ilrfiit dçdié à Fegiise, et tneâUie que j'ay; ouy. dire qu'il eut quelque prébende en l'église dé Gabors. il estudîa si bien aux uniVersitei , et mesmes à Tholoze, qu'il se. rendit profiond aux sciences; et a*ee ses esr tudies d ne hissa d'esire desbaudré, et k porter l'éspeé* et à rilder le patà , comme y font ordinairement lus escolîers des grandes universités : si qu'où n'eust sceu dire (te luy f ai non q-uil estait aussi bon homme, «fêeapéeqnè de. lettres, car il açavoit fort bienla pratkqne des deux» Le cours des lettres pourtant lefasdbaçt» et«e -présentant le voyage d'Escosse sonbs ftL d'fidse , il se desbaucha et s'en va en la compagnie de M. de ffcgver peIKce cheval léger, où pour Ils <cjmmaii£çiuofi£ de ses armes il se fit fort pareetre, ay bîea qu'eq un combat qui se fit un jour, il y alla si avant,, (qu'il' fut pris prisonnier des Anglois, lesquels le trouvèrent sy sufÇsaot et sy capable en toutfea lettres, et s y agréable en ses discours, qu'aucuns en firent grand *** an petit roy Edouard, qui, très sçavant prince qu'il estoit, l'envoya quérir et 4 le voulut veoir, ainsy qu'un cbascim ayme son semblable. Il Tarai sonna, et le trouva tel qu'on luy avoit dict, et sy fort à aoA gré ,. qu'il luy présenta un fort beau party s'il voulait demeurer avec luy : mais luy , s'excusa» t sur le serment et affection qu'il portait à son roy et à sa patrie r :1e anppMa dele mettre à rançon et luy donner congés et que^soniion-
io4 *• t>s sAtvtrtrso».
neur sauve > jamais il ne luy seroit' antre que très
feumble serviteur en tons endroidft qu'il luy corn*
manderait. Le Roy, ^ampres l ? en avoir remercié et
rendu la pareille en honnestesparolles, le renvoya sans
rançon.
. Partant de là, il s'en alla en Piedjnout, où il n'y fit
grand séjour qu'aussi tost il ne se fist cognoittre par
ses vertus et valeurs.
Il fit entreprise sur le chasteau . êe Milan, par 1« moyen du seigneur Ludovic de Biragné, et président de Birague depuis nostre chancelier, qui estaient de la ville , mais qui , seuls depuis la perte , avoient parmy nous demeures tousjours très fidelles à la couronne de France : surquoy il me convient d'en dire ce petit mot, qu'aux premiers Estats à Blois, et encor beaucoup avant , aucuns, voire plusieurs, cri oyent qu'il falloit chasser les estrangers italiens de la France , parmy lesquels y rangeoient ledit chancellier et les Biragues» Le Boy , en devisant avec aucuns en sa chambre, dict : « Il faut donc que je quicte mou droict de la duché de « Milan y qui est mon patrimoine aussy bien que la du- * ché de Normandie, Bourgoigne» la Guyenne çt au*» « très de mon royaume) Que sy ceux de Milan sont « estrangiers , le$ autres sont de mesmes. V oylà pouiv « quôy ils ne le sont x et dois aymer et chérir les Mtr «f lonnois, les Biragues par conséquent, qui ont quitté « tous leurs biens qu'ils avoient dans Milan , pour de* « meurer en France bons et loyaux serviteurs de 4 la « couronne de France. » Etdisoitbienmieux > quesesBiragues avoient faictserraent de ne se baptiser jamais que dans Milan, quand il seroit françois. Ils en disoient de mesmes de leur postérité. G'estoit un commun dire,
*> M «ÀLVOVSOJI. lo5
et point croyable pourtant; car ils sont esté tréstons chratiens , catholicques et gens de bien*
M. de Salvoyson donoques, par la congnoissance et intelligence qu'avoient les seigneurs de Birague dans Milan, trouva moyen d y gaigner«une maison, où peu à peu y envoyoit asses fccillement armes et gens, les
uns après les autres.
Le jour de l'exécution venu, luy le premier y conduisit ses gens dans le foàsé comblé d'eau ( n'ayant esté lien sondé par un sergent siennois que Bîrague avoit gaignë) jusques à plus de.demy corps, et gaigna le pied de la muraille f là où furent cramponnez les escbelles de corde, si mal pourtant , que, quelque effort qofils fissent pour monter, elles tournoient tousjours de coaté ; sy que jamais ne s'en purent ayder, non pas seulement pour un seul soldat qui peust monter et rallier les crampons en haut : enquoy ils consommaient une si grand longueur de temps et de la naiot, que, venant à passer la ronde, elle ouyt murmurer et grenouiller dans l'eau, sy bien que, l'alarme s estant donnée grande , se sauva qui peut ( d'autres disent l'entreprise autrement que nos François ), et M. de Salvoyson fut pris dans le fossé.
Le cardinal de Trente, de la maison .grande de Madruzze en Allemagne, que j'ay veu à Rome un fort honneste et digne prélat, et bon compagnon, à mode du pays, pour faire trinque, qui estoit pour lors gouverneur del'Ëstat de Milan pour l'Empereur ( ou Ferdinand de Gonzagues ayant mesme charge, cela se peut reputer aysement), voulut avec la justice cognoistre decefaict; ^ pour ce les fit condempner et sentencier, et M. de Salvoyson et tous ceux qui furent pris avec luy , à la mort.
106 X.'JMi aA&VOVSOX.
Mais M. j4e Salvoyson, comparant devant luy en cette sentence , va débattre sa cause sy bien et sy beau , et par de sy belles et dootps raisons, par lesquelles prouvoit ny luy ny ses compagnons. n'estre dignes de mort, puis qu'ils estèrent eu guerre , et soldoyéz de leur roy pour la faire eu toutes formes, etén appella devant l'Empereur et la chambre impériale, prouva son appel sy bien, que ses dires ayant esté mis par escrit,et,ayants este poisez et admirez par M. le cardinal et son conseil* qu'ils ne procedarentplus avant, ayans remorAs de consciences, et gaignez par le beau dire, tant bien colora d'arguineng, d'exemples et de raisons, dudtct sieur Salvoyson ; et pour ce surcearent la sentence, et en envoyèrent tout le procez verbal à l'Empereur, qui, Tayaut faict voir et mo&stref à son conseil , et luy présent, trouva le plaidé de M. de Salvoyson sy beau et sy admirable pour un homme de guerre, qu'il en demeura tout ravy , et luy et son conseil ; et Ait arresté que M. de Salvoyson et ses François ne mourraient point, ouy biefe les Italiens et les consentons de la ville»
Âinsy M. de Salvoyson se sauva et les siens par son sçavoir, et en très grand estime et des nostres et des estrangers. Son sçavoir luy servit bien là au bèsoitog. Que s'il fust esté un asne, il estoit mort et pendu : à quoy doivent regarder les gens de guerre d'estre sçavans «'ils peuvent.
Apres çeste entreprise faillie, il ne s'en détourna point tant qu'il ne fist celle de Versel, qu'il ne faillit pas celle là; mais il fut si fort pressé de la faire qu'il n'eut que le loisir d'y appeller M. le mareschal de Brissac ; et & il feust peu dilayer que Tarmée de l'Empereur 9e fust on peu retaillée plus loiug, l'entreprise
M. ns SAJLVOTSOH, 10^
esté do tout absolue, car il n'y eut que la ville et le chasteao qui furent pris ,• et ce fui tout ce qu'on peut Élire que de les piller et saccager à bon escient; et la 1 citadelle ne peut estre prinse, car elle fit bonne et asseunfe contenance : dont Ferdinand de Gonaague en ajant ouy le vent et pris l'alarme , car il n'estoit guieres loing de là avec ses forces , s'achemina aussi tost , mais non si-tost que M. le mareschal n'eust quelque peu de loisir, à sa teste et k sa veue, se retirer en grand capitaine, sans la perte d'un seul soldat, avec son butin de lay et les siens , qui fut beau et bon. Dans le chasteau fut butirçé <X beau et riche cabinet de M. de Savoye ; AL de Brissac eut pour sa belle part cette belle et rare corne de licorne : aucuns disent qu'il eut aussy le beau et fiche e^coffion de la duchesse, tout garny de grosses perles et pierreries; mais aucuns disent que ce fut M. de Salvoyson, comme- la raison le vouloit, puis fo'il avoit conduict l'œuvre, et qu'il eut aussy une planchette d'or (0 qui estoit à l'hasquenée de la duchesse quand elle chevauchoit dessus»
Tant y a que son butin valait bien de quarante à cinquante mille escus; et après sa mort ses héritiers partagearent cette riche despouille, qui furent le capitaine Gironde , son lieutenant, et le capitaine Melfe, «on enseigne, et un sien jeune frère cadet, qu'on appelait M% Geoffroy, qui n'estoit venu voir son frère fie six mois avant qu'il mourust; dont bien luy en prit, car les autres luy en eussent bien faict petite paît. Ils ne luy trouvarent pas d'autres plus grands biens, ny moyens, ny argent, car il esloit fort ambi-
(») Espéc* d'éirier , ou plutôt de marche-pted, sur lequtl pofoient k pied» des dames qui allaient « cheval. (.S.)
Ï0& M. DE SALVOTSOIf.
tieux, et pour entretenir son ambition il despendoit fort, et surtout en espions; et c'est ce qui feîct valoir Un grand capitaine et le pousse bien avant; aussy jamais avare capitaine ne fit beaucoup.
' Versel pris, la renommée de M. de Salvoyson voila par tout ; et pour ce le Roy luy donna une compagnie de gens de pied, qui estoit grand cas de ce temps là, car elles estoient de trois Cens hommes, et bien payées, et point communes. Mais le Roy luy fit une faveur par dessus tous, et peu ouye ny veue , car il luy donna, permission de la faire et amasser dans l'armée de M. le mareschal de Brissac, et y battre le tambour comme si c'eust esté dans les champs et villes, et congé à tous soldats de s'y venir enroller sans encourir punition des autres capitaines, ny qu'ils les en peussent empescher ny rechercher, ampres le mois achevé cela s'entendv Voilà une grand faveur ! Aussy sa réputation luy fit une si belle compagnie, qu'il eut des gens plus qu'il ne vouloït, et tous y accouroient à l'envy les uns les au-» très, et des meilleurs du Piedmont; car, soubs ce nom des entreprises de M. de Salvoyson, ils n'en pensoîent estre jamais pauvres.
Il fut gouverneur de Verue, place sur le Pau, importante à cause de Cressentin, sa prochaine voisine, que les Espagnols tenoient; et s'entrefaisoient bien la guerre: mais M. de Salvoyson emportoit tousjours le dessus, comme il le fit parestre en la surprise de la ville de Gazai, principalle ville du marquisac de Montferrât; et certe ceste entreprise et prise est par trop belle pour la taire.
-' M. de Salvoyson donc, gouverneur dudit Verrue , guieres loing dudict Gazai, avoit, par sa libéralité et