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k tout le monde soit informé de nostre raison et jus- « tice , afin que ne soyons oppresses par ceux qui a m'ont voulu deshonnorer et nuire à ma personne > « sans avoir esgard à la fidèle servitude et loyalle affec- « tion qu'ay tousjours portée au service de nostre « maistre, contre lequel je proteste n'attenter jamais « rien qui vous puisse porter dommage ny desplaisir, « ny à moy blasme ou reprehension quelconque, « J'emmaine avec moy le capitaine Mont. Ma delibe- « ration est de faire la guerre aux Infidelles pour le « service de ma religion. A Dieu, mes frères, je le prie c< de bon cœur de Vous donner en France .meilleure « fortune que la mienne. Ce xvni de décembre i55 1. » Qui lira bien cette lettre la trouvera très belle ; elle es toit en italien * Ainsy qu'il le dict là, ainsy s'en alla il à Malte, où certes il fit de belles choses contre les Turcs, quand il alloit en cours, ainsy que j'ay ouy encores compter à plusieurs braves chevalliers et soldats qui estoient avec luy, et qui le loûoient extrêmement, et porta grand proffict et richesse à sa religion, et à luy et tout : car (comme j'ay dict) il avoit si bien congneu et remarqué les terres et mers du Turc lors qu'il estoit au service de nos roys, qu'il en sceut bien faire son proffict et bonne praticque.
Par ampres la guerre de Sienne et Toscane survint, et pour ce, le Roy, le connoissant d'un très grand service, l'envoya prier de tourner à luy; lequel, oubliant tout serment et injure passée, retourna fort volontairement ; car il aymoit et honnoroit fort le Boy, non pas aucuns de ses officiers.
S'il ne fust mort sy tost, le seigneur Estrozze, son frère, et luy, eussent faict de bons services au Roy ; car
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ces dçux frères s'en tendoient, s'entreaymoient et s'entreseçondoient très bien ;• sj que la guerre s'en fust ensuivye plus heureuse qu'elle ne fut.
Ce, fait luy le premier autheur de cette forteresse du Port Hercule, qui se veoid encor aujourd'buy très belle : ajissy les Espagnols y ont un peu adjoùsté du leur. De raconter tous les beaux faicts qu'a faict ce grand capitaine, m'en seroit longue et ennuyeuse; je n'en diray. que cestuy cy entre tous ses plus beaux, lor$ qu'il faillit à prendre Barcelonne , luy estant en ch^Fgq de service du Roy.
Parquoy, un jour il part de Marseille avec quelques dix a douze galleres, faict semblant d'aller en Levant par commandement de son Roy, les chargèans des .meilleurs soldats , mariniers et capitaines qu'il peut choisir et qu'il cognoissoit bien, dist adieu pour quelques mois, affin que les espions de l'ennemy luy rapportent ainsy , et qu'il faict voylle vers la volte de Levant; mais, estant en plaine mer et hors de toute veuë, tourne prouë vers Espagne, ayant eu bon advis que dans Rarcelonne n'y avoit ny galleres ny gens de guerre que. fort peu, car tout estoit allé en une expédition ; et me semble que c estoit en celle de la ville d'Affrique, comme j'ay ouy dire, ou bien je me trompe : et pour ce , observant bien le temps et la saison que les galleres d'Espagne à plus près dévoient tourner, il accommode et desguise sy bien ses galleres à l'espagnolle, avec bandieres, armoiries et toute autre sorte d'armetnent, qu'elles ressembloient du tout galleres imperialles; et ainsy par un beau jour d'une feste vint parestre devant Barcelonne, moictie'à voyle, moictié h rame, que ceux de la ville, pensans que ce fussent
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leurs galleres, accoururent sur le port et le long de la marine , et dedans et dehors, pour leur faire la bieh venue tournans de leur guerre, ainsy qu'est la fcotaàtume. Mais le malheur fut qu'en aprochant du port et faisant bonne mine il fut recongneu et descouvert par quelque indiscret, comme il y en a tousjours; dont l'alarme s'ensuivit, le port fermé, tout le monde en deffence , sy bien que l'entreprise se faillit. Sy ne se retira il pas qu'il ne fist quelque coup et rafflade ; car aussitost, voyant son entreprise faillie, il fit jetter les esquifs et fragattes en mer, et en terre, le long de la coste, ils prindrent une infinité de cavalliers, de dames etmarchans, qui se promenoient le long de là mer et ne peurent gagner assez à temps la ville. Il garda tés prisonniers pour en tirer rançon, et, comme très honneste et courtois, il laissa aller les dames, congnoissant en son cœur généreux qu'il n'est pas bienséant de faire desplaisir aux dames.
De mesme courtoisie usa M. d'Estrozze son frère , au voyage d'Allemagne , à l'endroict d'une honnestte dame, femme du capitaine et gouverneur de Danvilliers; ce qu'il sceut très bien remonstrer au marquis de Marignan en la guerre de Sienne, d'autant qu'aucuns de ses chevaux légers avoient pris prisonnière une dame siennoise, gentile femme, qui s'appelloit la seignore Lucresse ; et pour ce de mesme ses soldatz avoient pris une damoiselle fleurentine, femme d'un capitaine Coroque,que soudain il avoitfaict délivrer ; et pour ce, le pria de faire délivrer de mesme cette dame siennoise, pour le respect que Ton doit aux dames, à leur user de touttes courtoisies, sans autre forme de capitulation. M. le marquis luy envoya la seignore
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Lucresse, et consent très bien avec M. d'Estrozze de ne faire point la guerre aux dames ny les rançonner aucunement; mais bien luy reprocher comment du temps du roy François, ayant son armée vers Parpignan , aucuns capitaines servans le Roy, et mesmes un seignor Francisque Vimercat, prindrent plusieurs dames espagnolles prisonnières, les devallisarent et puis les rançonnarent estrangement; ce qui ne fut beau ny honneste. Pour lors on disoit qu'aucuns de ces capitaines estoient de la suitte de M. d'Estrozze ; sur quoy il sembloit que ledict marquis l'en taxast sourdement et luy jettast cette pierre dans son jardin tout bellement ; dont M. d'Estrozze , s'en doutant , ne luy fit autre response, sinon luy mander que si cela estoit advenu du temps de ce roy François, on n'en sçauroit trouver aucune de ce règne du roy Henry qui n'eust esté traictée que très courtoisement et nullement rançonnée ; tesmoing, au voyage d'Allemagne, la damoiselle de Bourlemont, de grand maison, qui fut prise eh un chasteau et menée à la Royne pour estre lune de ses filles et y estre nourrie en sa court, où elle ayma mieux estre qu'en son pays ; et y a esté tousjours nourrye et bien traictée, comme honneste fille , belle et agréable, qu'elle estoit, et l'ay veue telle jusques à ce qu'elle fut mariée en la maison de Bonneval , grande maison de Lymosin. Je croy qu'elle vit encore.
Voylà comment ces deux grands capitaines dirent gentiment leurs raisons les uns aux autres : dont je m'cstonne que ce marquis s'allast souvenir de ces dames espagnolles et les alléguer, puis qu'il y a voit si loqg temps) de ce voyage et que cela estoit arrivé ; mais il s'en alla ce coup très bien souvenir, ]5our s'en
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servir ainsy à poinct; car quand on vient à ces choses , il feut songer toutes les raisons et argumens que Ton peut pour faire sa cause bonne.
J'ay faict cette digression sur les courtoisyes que fit aux dames de Barcelone M. le prieur de Cappuë. Il faillit aussy une fort belle entreprise à surprendre Zara en Barbarye, distante de la mer douze milles, y estant allé avec quatre galleres de la religion et deux des siennes, chargées d'une eslitc de braves chevalliers et vaiUans soldats : mais le malheur fut que le soirmesme de la nuict qu'ils allarent à Zara y arriva Salarais Turon, qui avec quelques chevaux, en chemin Élisant et passant, tirant vers Alger et y estans logez, survinrent les chevalliers , qui , estant descouverts , furent avec une grand alarme et force repoussez et perdirent leur dessein; sy bien que sans cette malencontre eussent pris la place et pillée.
Or j'achève la louange de ce grand capitaine de mer, m'estant efforcé de le louer pour les plus briefs motz que j'ay peu , et mesmes par le tombeau que luy fit M. du Bellay (comme à son frère) en latin (>), dont la substance est telle :
« Moy , ce grand capitaine Léon Strozze, je ne giz « icy dans ce vaze ; car un si petit vaze ne scauroit « comprendre un sy grand nomme : la terre ne «me comprend non plus? mais une gloire plus « grande que la terre m'a enlevé au ciel comme un bel «astre pour les nautonniers, affin que, comme jadis « les eaux ont porté et soustenu mes vaisseaux et ployé « soubs moy, maintenant il me plaist estre dieu de la
(l ) La même épitaphe se trouve en français dans un sonnet de Joach. dnBeuai, f. 3ag de ses Œuvres, Rouen, 1597. (L. D. )
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« mer. Allez donc, vous autres qui viendrez ampres « mpy et qui aurez ma charge, allez hardiment sur les « eaux, car je vous y prépare et dresse un bon cbe- « min et très seur. »
Ces deux frères eurent autres deux frères, non tant pareils aux deux premiers, mais pourtant leur approçhans, qui furent le, seigneur Robert Strozze et M» le cardinal, bans, honnestes et habiles seigneurs. Aussy tous quatre furent ils fils d'un brave père, le seigneur Philippe Strozze; lequel, £pcor qu'il n ayt .monstre par plusieurs preuyeg, comme ses deux premiers enfans, qu'il fust sy grand capitaine comme eux, sy a il esté un très babille homme, brave et très courageux, ainsy qu'il le monstra à sa mort : car, ayant esté pris durant les guerres et tumultes de Florance, ausquelles il pestoit entremis, plus par la persuasion et ^ucisy contraincte de son fils Pierre Strozze (ce disent aucuns qui en ont escript, et que je l'ay ouy dire mesme à des anciens dans Fleurance), qui estoit un homme actif, violant, mouvant et brave, et luy crypitàtoutte heure qu'il se falloit esmouvoir pour la patrie 5 mais estant, de malheur, pris sur ce faict et détenu prisonnier dans le chasteau de Fleurance, plustQSt que -d'endurer des cruelles gesnes pour confesser ses secrets à la ruyne de ses amys, et encourir une mort indigne de luy et de spn parentage, autant généreusement que patiemment se mist contre la gorge (aucuns disent contre l'estomach) une espée qu'un Espagnol de sa garde avoit laissé par mesgarde , et fut trouvéimort sur le oarreau, tout sanglant, ayant laissé sur sa table un petit billet escrit, qui disoit :*« Puis que je n'ay sceu bien vivre, « c'est bien raison que je sçache bien mourir et que je