‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 20 sur 66 · X. LÉOXf STUOZZfi. l · texte numérisé non relu

X. LÉOXf STUOZZfi. l

« mette fin à ma vie et à mes misères par un cœur gène- « reux. » Et au plus bas mit encor cet escript (que ceux qui ont faict mention de sa mort ne le disent point pourtant; mais M. d'Estrozze dernier, son petit fils, ^duquel il portoit le nom de Philippe , me Ta ainsy assuré), ce vers de Virgille , prononce par Didon à l'heure de son trespas :

Exoriart atûjuis noslris ex ossibus ultdr.

C'est-à-dire,

« Qu'il puisse sortir quelque brave de mes os et de mou sang , qui « vengera ma mort. »

Ainsy que fit Ânibal long temps par ampres contre le^ Romains, descendus de leur perfide GEneas, et les mena beau jusques à sa destinée preffixe. Qu'il y en a eu depuis ce vers prononcé qui l'ont bien praticqué de pères en fils au monde ! ce qui est un des grands secrets de Dieu qui soit. De mesmes ont faict messieurs les eofans dudict seigneur Philippes sur la vengeance de sa mort, et sur tout les seigneurs Pierre et Léon

Strozze, qu'au lieu de quelques gouttes de sang qu'espandit le père ils en ont faict couler des ruisseaux, et de celuy des Espagnols, Florantïns, et de plusieurs autres leurs adversaires.

M. d'Estrozze dernier, son petit fils, pour l'amour de son jeune aage n'eut grand temps à en faire de mesmes, à cause, quand la paix fut faicte des deux roys Ghrestien et Catholique, il estoit fort jeune et peu pratiq aux armes, encor qu'il les eust un peu portées. Toutesfois ne faut douter que si les guerres eussent duré, ou survenu comme des guerres civiles, qu'il ne se

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fust espargné nullement à nuyrë à ses ennemis anciens; car il hâyssoit mortellement le grand duc Cosme, et ne luy ay veu tant désirer chose , si non deux bonnes galleres et un petit port en Provanee pour luy faire du mal et à ces costes, encor que la Reyne mère l'avoit pris en bonne amitié, et telle, tju'elle luy fit faire ses obsèques à NostreDame de Paris, toutes telles qu'on a accoustumé faire aux empereurs, aux roys et aux grands princes , comme je vis, dont M. d'Estrozze en desesperoit. Je sçay bien ce qu'il m'en dict : aussy le grand duc le craignoit autant qu'il fit jamais son père; car je le sçay. J'en parle ailleurs.

Pour parler encor de ce grand Philippe , ainsy que j'ay veu son portraict en plusieurs lieux, il avoit bien la vrayé mine de faire ce coup de sa mort, et aussy qu'il avoit la créance légère (ce disoit on) et approchante d'aucuns anciens Romains, de ces braves qui, pour immortaliser leur nom, ne craignoient de se deffairé eux mesmes. Aussy a on dict de luy et escript qu'il senloit un peu mal du paradis et de l'enfer, et se mocquoit tout ouvertement des préceptes de la foy chrestienne, et que de là on croyoït qu'il s'addonnast sans scrupulle fort à faire l'amour aux nonnains, ne faisant nulle difficulté de les débaucher. Du reste, il estoit libéral, magnifique, fort aymé de ses concitoyens, et fort sçavant; et voylà pourquoy ce grand sçavoir luy nuisist à sa créance, estant un instrument fort dangereux pour la mettre à mal si l'on ne le gouverne bien, tout ainsy qu'à un petit enfant un espée en sa main.

On dict que feu M. d'Estrozze son fils luy ressemblons un peu en cette foy ; je n'en sçay rien; mais il

M. LE BÀHOW DE LA CARDE. l37

estoit homme de bien et d'honneur. Bien est vray que la Reyne, qui l'aymoit et son amc et tout, après l'avoir souvent pressé et importuné de lire dans la BibJ) , et qu'il y trouveroit chose leans qui l'edifieroit de beaucoup, et en auroit fort grand contentement, après plusieurs refus, le tenant un jour en sa chambre, luy monstra ladicte Bible pour y lire au moins un chappitre qu'elle luy monstra, pour l'amour d'elle ; ce qu'il fit et le list : et y ayant trouvé un passage qui ne luy pleust, il ferma aussy tost le livre, et dict à la Reyne que ce passage luy faisoit perdre le goust de lire les autres. Je ne nommeray point ledict passage, de peur de scanda lie. Je l'ay ouy compter ainsy à personne de foy.

Sur ce je finis le parler de ces messieurs d'Estrozze ; aussy que j'en parle ailleurs ( T )*

DISCOURS SOIXANTE-QUINZEESME*

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