‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 23 sur 66 · ML LE GR4WD-PRÏEUR' DE FRANCE · texte numérisé non relu

ML LE GR4WD-PRÏEUR' DE FRANCE

Ampres qu'il fat desappoincté de sa généralité des galleres, pour raison, que j'ay dict, M. Iç grand prieur de France, de la maison de Lorraine, frère à ce grand duc de Guy se, l'eut pour sa valeur et meritte; car, ampres avoir faict son premier apprentissage de guerre soubs M- son frère au siège de Metz et à la bataille deRanty,oùilfit monstre de ce qu'il estoit et qu'il seroit un jour, s'en alla à Malte servir sa religion $ où estant, par son illustre râpe et par sa valeur et vertUj il fut faict gênerai des galleres de sa religion.

Et d'autant que la noble coustutaie est là de ng les entretenir ny de les annichiller en osivetté dans le port, ordinairement elles vont en cours, comme j'ay veu et y suis esté. Parquoy un jpur çntrç autres, ledict M. le grand prieur y estant allé a^yec quatre g^l*

leres ^eq lèvent, et ayant battu la mef long te^nps jsan? angine ^encontre,, et se façh^t d'un retour inijtilje, i\ luy prend fanfare (|ciQiatreroppiriioappurtai>t deç plu* vieux capitaines # mariniers) d'aller sg présenter, de* vaut le port de 1^ vi}le de RQjdq5, et là appeller *q combat les galleres qjûy sont pour la garde ; . IçsqueUeç apres^voir assez attendu, en voy là sortir six de pojqbsç seulement | et venir k luy,* lesquelles n'eçjtqient des pires cboisyerç, çafûs très biçn spalverades et armée» de forçaty, mariniers et soldats, janissaires et Turcp, et das n^Ue«rsi pensez qu'ils n?les ayc^pas oitf>iie*,

Saas autre temporôement l'on vient au combat, ej à s'iovest^r de telle furye, qpe la victoire de meure, ambiguë. Enfin, après grand turie et deffaicfç d'un çosté et d'autre, la victoire flep}eu?e au pryiçfc p'ay^nt eajtez pourtgrçt spparez que pour l'obpcujrité de la nui et; et sy le combat commença dépits buicj; b^urçsd]i matin a»x grands jou?s, et dpr* jusque6 àf la nujLcjt bi;pne, que rçen pe &p veqjjo}!; gpe l^s ca^nparfçs St k*$W&-: buzades.

Le pripee y perdit <fô **>n$ hoqua^ps^ de n^le* chevalliers, ay^çqpes pp£ ga}le^e des siei^es, qyi fut mise à fondz; n)ais i\ demeura victorieux par la fritte de troiç* p% une enaipenée en tripmphe e£ po^r butin, et deu* msp* JLfQ94b A9*$ l'W* Y ft# n^ par un acte très gpnereu* d^p çjie?fôljier g^ço* <liujuel j'ay oublia te nQm, jkfWttl taqspuid irçgp#, ,/tf m'pn vçiuç mal, ça* Ut 4*tfoit. estoe >cpngflw pw tput, le monde et gravé en lettre 4 ! <n%

Ce Ip-ave et Kailfept cheyaMœr ter®, $y^pt sauté dans i»e de* galferes. wpçmye,*, stop <p*çups de se* compagnons, et ayant foroé k pFQ&ë et 1* çapabade,

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et ttemeuré maistrë dti tout jusques à l'arbre, il trouva fe un renfort dé poiipe de ceux qui tiûdrent ferme, et repoussèrent aisément les nbstres, d'autant qu'ils festoient en peu de nombre; dé sorte qu'ils furent coijtraintcts 'de se retirer et réssaùter dans leur gallere. Sfeis ce "chevallier gascon, résolu et déterminé de mourir par un faict généraux, vifat au fougoûn, et là prend utf tison de feû , et soudain descend en bas daris là chambre dé la munition , et mit le feu dans les poudres; sjr qu'en se perdant il perdit et gallere él tout de qui estoit dedans , et tout alla à fonds et à tous hè diables". C'est bien un acte romain de ceux du temps passé; niais pourtant ûe s ten trouvera il pas une tlou* zarae de pareils.

XJne dame de Cypte, un idé ces ans après là cbnqueste fàicté par les Turcs, estant! emmenée esclave > en fit àè mesme , mettant le feû dans la gallere où elle estoit; laquelle la ; fit perdi% par ce traict généreux, phistost que d'estre à jamais : miserableûient esclave. . Voylà donc M. le grand prieur qui se retire Victorieux, mafe aVëfc uh trifcs cher marché dé' victoire, et Mèssé de deux fleschades grandement; et n'eut guierés de ses gens qui ne ftissent morts ou blessez, et ses gai 1 lerés fort percées et fracassées, et quasy^ ayant perdu fdrmé degalleresj.et fît àihsy sob entrée triomphante dans le port dé Malte : dont un chàscûn, en ayant sceu fe discours dû combat, ne peut assez le louer et admirer ; et m'éstorinë que ceux qui dût edcript de ce temps là n'ont mis cette journée très mémorable.

'Je l'ay ouye^àcdnter ainsy àM. le grand prieur, mesmfes'à force autres chevaliers qui estoient avfec luy, lesquels il feisoit beau ouyr raconter. Lors que mondit

sieur \e grand prieur tpurna de Rome, . pu il avoit mené son frère, M. le cardinal de Guysç, pour l'jeslectÎQp.du pape Pie IV, il passa k Gennes , et là prit port et terre,, car lors la pai* estoit. 11 alki vepir le seigneur André Doria A qui viyoit encor,,mais t,re& viçux; et cassé, nqn pourtant qu'il n'eust le jugement; et lu pafoll,e très bonne et belle , et la façon et touÇ. U fit un grand honneur à mondit sieur legrqjnd prieur, et le fçstina, et le loua fort de ce cqn^bat que je viens de dire, qu'il mit çn ayant exprès pour le louer et dire que c'çstoit un des beaux combatz qui s'estoit faict en ceste u^er pouj; si peu de vaisseaux qu'il y avoit, et mesmes en ait |egua plusieurs des siens beaux qu'il avoit. fa icts en son temps.

Mais. il n'allégua pas (dict ampres et à part à M. le le grand prieur un vieux capitaine de mer) la faute qu'il fict à Saincte-Maure de sa retraicte; ayant tant de fois appelle Barbe-Rousse au combat t et voyant qu'ij sortoit hors du golphe pour aller à luy , se retira à fyrcç de rames et voylles, non pourtant sans perdre quel* gués .vaisseaux (dont Ferdinand de Gonzague, lors vice-roy de Scicille, estant en cette armée, cuyda $e-, sesperer), et lors aussy qu'il fit perdre ces braves sol-. Jats espagnols dans Castel Novo, encor qu'il eust eu ces deux fois deux des plus belles armées qu'il avoit; jamais eu.

Ceux qui l'expusoient disoiçnt qu'il ne vquloit riçu hazarder, et en un coup perdre sa réputation, son avoir et celuy de l'Empereur son maistre, qui luy, avoit deflendu de ne rien hazarder que bien à propos ^ ceux qui le blasmoient disoientj qu'il y avoit quelque sourde . intelligence entre Barber ousse et le. seigneur

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André Doria, d'autant que la gloire de l'un estort ceHe de l'autre, et qu'autrement leurs maistres ne feïroient cas d'eux. * ;

Àussy, parmy leurs esclaves, le proverbe trôuroit que le corbeau ne crevoit Jamais les yeux à tirt autre corbeau, et aussy encor que carsario *k torsàrîô no ay quegannar que los barilles cfagua ; c'est-à-dire, « que « corsaire à corsaire il n'y a rien à gagner que les ba- « rife des forçatz, » comme j'ay dict ailleurs.

Voylà comme ces deux gràiïds capitaines, et lés plus grands de toute la mer de Levant, feisoient leurs affaires, l'un aux despens dés clirestiens, et l'autre des infidelles, ce disoit on alors : tant y a d'hypocrisye et de fictions au mondç !

Ce M. le grand prieur, dont je parle, ne flattoit pas airisy le dé à l'endroict des ennemis de sa religion \ car il les bayssdit mortellement. Je mé souviens qué/lôrs que le roy François l'envoya à Marseille quérir les galleres'pour venir eh la mèr Oceane, et de là taire la guerre en Escosse, je le vis cent fois màûdirë cette occasion, et cent fois aussi les guerres civiles qui Vindrent quelque temps ampres en France ; car î-1 âvoït résolu de se bannir pour un temps de la France, aller à Malte, en prendre la bandiere, et 'elecuttèf une entreprise qu'il avoit sur Rodes, et qu'il ten oit 1res 'facille ; ets'assuroit de l'emporter, à l'ouyr discourir, mails non pas qu'il en descouvrist les plus grands secretz.

Il prenoit une douzaine de ses galleres, et emmenoit une infinité de très belle noblesse dé France, avec une fleur de bons soldatz. 11 m'avoit faict promettre que j'yrôis avecqués luy ; je n'avois garde d'y faillir, car je n'ay jamais aymé en mon jeune aage qu'aller.

Il avdit trouvé tine fbrt belle invention pbur armer ses gôlleres en combat, que je n*hy point veu njr oiiy parler. Bref, Il avoit là un beau dessein.

Le matin du jbur de la bataille de Dreux, ainsy qu*fl desjunôit et Wtis nous autres qui estions avec luy, je luy ouys dire que s*fl mburoit en cette bataille, qtfïl ne regrëtt6it en rien tant sa mort, sinon qu'il perdoit l'occasion de faire son entreprise de Rodes advant mourir 1 ; qu'il la pènsoit ihfailliblement emporter , et puitf , céttfe entreprise exécutée, qu'il ne se soucioit jamais fïàs dte mourir. Mais lé malheur, qu'ayant; combattu ce jottr ti*es vafllathmènt, et s'y estant pafrtrop esthàuffé, et rétduHiatit tout suant le soir qu'il faisoit un froid extrême, efc son page escarté ne l'ayant peu trouver pdufr lui donner sa ïouviere <*>, il ftit contrainct de toire arnsy sa stietir qui Se tefroidissoit sur son tforps; et potrt* ce eb engendra un feux purizy qu'il garda plus àe rf* sepmaines, dont enfin il en riiduiutt, pat un 1res grand dommage, et plus qu'on ne le fcçJauroit exprimer; car, n'ayant pas encor trente ans, ïl se fuft rendu un des grands personnages de' mer tju'ôn eust scîeu vèoir; car il y estait foraye vaillant, et hasardeux : il y estait bien aiitatft expert et très bon maritrier, Sy <\v(e bîèfri sauvant il reprenoit les meflleuVs pilottefe, comités, afgôusàlz et matteîlôts, ce que j'ây veu in&y tnésthe , et les rasseuroit et ènseignoit ;• comme j'y vis lors que, comme j'ay dict en la vie de la fôyné ffEscbsse(*)qrre nous nous approchâmes de f Ëfccfosse et que t^ grand brouillard "nous feisoit qu'oti chascun ' $*èn ëstennttft , Wjr né perdit jamais tcerur ny jugement, ra&ëiirà totft et ôphià ce qu'il faiïloit, contre l v oppi*

(O Manteau de fourrure de loup. — (») Tome V, dfetours m.

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nion des mariniers, pilotas et comittes, dont l'on se trouva bien ; et là je le vis aussy bien opiner et bien dire que le meilleur pilotte qui. fut jamais. En retournant les galbes d'Itaiye, car il estoit allé mener ,3cm Çj-erç M. l<e cardinal de, Guysç t comme fay diçt ^fleurs (0, toutes le$ galleres, et la, tienne première^ s'alloient périr , sans luy çt son adviset hazard, dans le golphe de Ligourne. De mçsmes ramenant ses galères de Levant en Ponant, elles estaient perdues, sans luy, aux asnçs de Bourde^ux, là où il courut très grantf fçrt^nç ; car il n'en voy oit jamais devant pour tenter la risque ou pas, ou l'adyanture, mais alloit tousjours lç premier devant, ainsy qu'est la cou^tumç qu'il (aut que la generalle ou la realle toujours aille devant touttes les autres : m qu'il fajct très beau^veoir certes, s#it ou à, combattre ou à faire voyage, ayecques sa belle, ban^iers ou estendar<jl général et son grand fanal, Il s'est veu par un coup commander à quarante gai? l^res, et c*e§t ce; que nos rçys de Frariçcj ont eu jaT mais de pliis en mer, ou quelques deux ou trois dar yantage; ce qui, faisoit Çort parestre leur général, en quelque part qu'il fust ou allait, pour la belle, suittç qye je luy ay veu ordinjairemept de gentils hommes, dp capitaines degalleres et de soldats, de, chevalliers et autres plusieurs honnestes gens, outre qu'il estoit très magnifique et d'une très Ipelje despense, et beau joueur, , , «

Il y.ayoit M. <Je Causes, son lieqtenàpt gçneral, qui çstoit un très sage * brave et vaillent ,; riche et nxagniffique seigneur, et beau joueur aus^i comme son gene-r rai, et qui qyoitJfeit bellp preuve de sa valeur en Pied :

(>) Ci-dessus, page 1 4g»

ds Fiuacx. i53

ipont, commandant à deux enseigna de gens de pied, et estoit grand seigneur de moyens et de grand dépense. • * • • • ,

Les deux lieutenans de ses deux galleres estaient 5J. le chevallier de Tenance, et M. de Beaulieu-Cha$taigner, de Poictou, frère de M. Chastaigner qui avoit esté gouverneur dudict M« le grand 'prieur, augour vernement duquel il avoit eu très grand honneur; car ces deux messieurs de Tenance. et Beaylieu ççtotent fort mettables et bien choysis. • ■• * .

Il y avoit le seigneur de Basché~Mar tel, très boâ homme de mer, lequel ampres la paix le, grand dui retira à soy , et le fit gênerai de ses galleres. *

Il y avoit M. le comte Fiasque, seigneur d'honneur, de vertu et valeur, et de grande fidélité à la France, qu'il a tousjouxs inviolablement gardée , sy que , pour §es vertus, le roy Charles et le roy Henry III le firent chevallier d'honneur des reynes leurs femmes, ayant esté savant ambassadeur vers 3 cet empereur Maximilian y où il traicta le mariage de nostre tçeç illustra Isabelle d'Àustriche.

Il y avoit aussy le seigneur Coarnelio Fiasque, son parent, un très bon et gr^nd capifaiae, et vaillant.

H y avoit ausçy le capitaine Pierrebon, dict M. de Meuillpn,. très bon capitaine, qui pour sa suffisance fut gouverneur de Marseille et du fort de Nostre-Daipe die la Garde ; le capitainie Maurice «on lieutenant, fort brave.- ■ . ;. .... : .... .-'....

Il y avoit au^sy.JVl. le chevallier de C har lus, <ta très bonne et ancienne .maison d'Auvergne, qui e^st^it wa très bon , brave et vaillant homme de mer, ' et qui ^voit beaucoup yeu et retenu, • -...

Il y avoH. âussy Te capitaine Àlbtze, bon et anciçn capitaine.

Bref, ce me seroit trop grande longueur et imporiûnité sy )e touIoîs dire et spécifier tous ses capitaines des gallerefcj qui estoient tou$ gens âé mérite, qu*ïl faîsoit tous beau veoit- auprès de leur l)ràve gênerai', qui leur dontiôit toute patéiHe hieur que la Ibnè â ses estoîlles.

€e n'est pas tout ce quMl feut toottèr efo lby^ (&t , s'il estoit bon homme de mer, il estoit attèsy bbti homme V$e terre. Se trouvant en des combats, il s*èn àccjuîttoit *fie$ biën> en toutte valeur et hôiinëhr. Tl estait un très bon homme de diëval, et ^uèpett an gamète sfefet vëu qu'un homme de ièarine fust bonhomme de cheval, âîftiy que je iVjr vëu far expérience^ comme chbse plaifcàtate à vfcoir - y qtaefc&sgeitè maritimes ta ëàtéràcbfe Valet tes picquer. M. le grafad prieur y efctoît fort adrbict , de fres belle assiette et de fort belle grécë.

Jfe le vfe ùrié fois à Àmboîse, 4 un fcèufeinent de bague qu'y fit le Wy François II , la Sèëbafftrè cotitre M. de Nemours, qui estoit des rtrèriteHÙrs kô&mes dfe tfheval de France, dîx fois ï'fcn âjbrës l'autre; enfin, M. Je gtehd priéfrr l ? emj*érëâ poiflr l ? ùhziesfi*é fofe.

Ilest&iï monté stfr ad barttë-, hàbilïéfort gëhtîhtent ëft ftttwfte fcgip tiehiie » avec sou gràwd c&appëàii rond ëti èapèlinë su* là Wstte,àrë^iëhnè?& 4-dbé et cotte Wkt de *ëlotrt« et ttfffetài ïfeft I^AWRhtt : eh Sbh 'bras gauche avoit , au lieu d'un petit enfant, une petite isïn-

gësséqui ëstbït à la jr $ et plÀ^ahdè,-emttfàil!ottéecomtne trtpfctf^énftfot, qttUëftëft ^ wm^ënMftihehefeiit dhe conlthëtft, ét^tii'dtàaaftfert llïfrèiéfo* ré£à*ilahs. telle luy donna pourtant de la pey né et île HittfthttHoclitë à

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